Le Corpus minskois de René Guénon

Année 1937

– Dans Indian Culture (vol. III, n° 4), M. Ananda Coomaraswamy étudie « La doctrine védique du silence », qu’il rattache à ce que nous avons exposé ici au sujet du « secret initiatique », ainsi que des « mythes » et des « mystères » entendus dans leur sens originel. Il s’agit donc essentiellement de l’inexprimable, qui est le « suprême » (para), tandis que la « parole » exprimée se réfère nécessairement au « non-suprême » (apara), les deux aspects apparaissant d’ailleurs comme inséparablement associés dans de nombreux textes, ainsi que dans le rituel, pour constituer ensemble la conception totale du Principe.

– Dans le Bulletin of the Museum of Fine Arts de Boston, (n° d’août), le même auteur, à propos de l’explication d’un sceau indien de l’époque « Gupta », insiste sur l’insuffisance de toute « histoire de l’art » qui, s’enfermant dans un point de vue uniquement esthétique, « considère simplement l’usage décoratif d’un motif donné, et ignore la raison d’être des éléments dont il est formé et la relation logique de ses parties » ; cette note constitue une excellente réponse à certains négateurs du symbolisme.

– La revue Action et Pensée, de Genève (n° de septembre) inaugure une partie consacrée à la « philosophie hindoue moderne », sous la direction de M. Jean Herbert ; ce dont il s’agit, dans la mesure où il est « philosophie », et aussi dans la mesure où il est « moderne », ne peut plus être vraiment « hindou », et représente simplement le produit d’une influence occidentale ; mais il faut dire aussi qu’on retrouve encore ici la confusion que nous signalons d’autre part, à propos des conférences de M. Herbert. Shrî Râmakrishna, dont il est surtout question cette fois n’a, en effet, rien d’un « philosophe », pas plus que les méthodes de « réalisation » spirituelle, qui sont bien ce qu’il y a de plus étranger et même contraire à l’esprit « moderne », ne constituent une « philosophie pratique » ; et que dire de l’avertissement de la rédaction, qui tend à assimiler ces méthodes à celles de la psychologie contemporaine, à laquelle la revue est plus spécialement consacrée, y compris la « psychanalyse », et à identifier avec « l’inconscient » ce qui est en réalité le « superconscient » ? Ce qu’il y a de plus intéressant c’est la traduction d’extraits des paroles de Shrî Râmakrishna ; mais, quel dommage que le centenaire de celui-ci ait pu servir de prétexte aux déclamations humanitaires de M. Romain Rolland ! D’autre part, une petite note de M. Masson-Oursel (qui, remarquons-le en passant, semble éprouver une curieuse répugnance à employer le mot « hindou ») montre surtout qu’il ne comprend pas comment certaines choses peuvent être des voies de « réalisation », notamment l’exercice des arts et des métiers, qu’il s’étonne au surplus de voir ne faire véritablement qu’un ; il est à souhaiter qu’il ait connaissance de l’article de M. Ananda K. Coomaraswamy dont nous venons de parler, et qui pourrait l’éclairer quelque peu sur ce sujet, sur lequel d’ailleurs, sans même qu’il soit besoin de sortir du monde occidental, le plus illettré des Compagnons en sait assurément beaucoup plus long que lui !

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