Chapitre LXXIII Le grain de sénevé1
À propos du symbolisme de la lettre hébraïque iod figurée à l’intérieur du cœur2 nous avons signalé que, dans le cœur rayonnant du marbre astronomique de Saint-Denis d’Orques, la blessure a la forme d’un iod, et cette ressemblance est trop frappante et trop significative pour n’être pas intentionnelle ; d’autre part, dans une estampe dessinée et gravée par Callot pour une thèse soutenue en 1625, on voit le cœur du Christ contenant trois iod. Que cette lettre, la première du Nom tétragrammatique et celle à partir de laquelle sont formées toutes les autres lettres de l’alphabet hébraïque, soit seule pour représenter l’Unité divine3, ou qu’elle soit répétée trois fois avec une signification « trinitaire4 », elle est toujours essentiellement l’image du Principe. Le iod dans le cœur, c’est donc le Principe résidant au centre, soit, au point de vue macrocosmique, au « Centre du Monde » qui est le « Saint Palais » de la Kabbale5, soit aussi, au point de vue microcosmique, et virtuellement tout au moins, au centre de tout être, qui est toujours symbolisé par le cœur dans les différentes doctrines traditionnelles6, et qui est le point le plus intérieur, le point de contact avec le Divin. Suivant la Kabbale, la Shekinah ou la « Présence divine », qui est identifiée à la « Lumière du Messie7 », habite (shakan) à la fois dans le tabernacle, appelé pour cette raison mishkan, et dans le cœur des fidèles8 ; et il existe un rapport très étroit entre cette doctrine et la signification du nom d’Emmanuel, appliqué au Messie et interprété comme « Dieu en nous ». Mais il y a encore, à cet égard, bien d’autres considérations à développer, surtout en partant de ce fait que le iod, en même temps que le sens de « principe », a aussi celui de « germe » : le iod dans le cœur, c’est donc en quelque sorte le germe enveloppé dans le fruit ; il y a là l’indication d’une identité, au moins sous un certain rapport, entre le symbolisme du cœur et celui de l’« Œuf du Monde », et l’on peut aussi comprendre par là pourquoi le nom de « germe » est appliqué au Messie en divers passages de la Bible9. C’est surtout l’idée du germe dans le cœur qui doit ici retenir notre attention ; elle le mérite d’ailleurs d’autant plus qu’elle est en relation directe avec la signification profonde d’une des plus célèbres paraboles évangéliques, celle du grain de sénevé.
Pour bien comprendre cette relation, il faut se reporter tout d’abord à la doctrine hindoue, qui donne au cœur, en tant que centre de l’être, le nom de « Cité divine » (Brahma-pura), et qui, chose très remarquable, applique à cette « Cité divine » des expressions identiques à quelques-unes de celles qui sont employées dans l’Apocalypse pour décrire la « Jérusalem Céleste10 ». Le Principe divin, en tant qu’il réside au centre de l’être, est souvent désigné symboliquement comme « l’Éther dans le cœur », l’élément primordial dont procèdent tous les autres étant pris naturellement pour représenter le Principe ; et cet « Éther » (Akâsha) est la même chose que l’Avir hébraïque du mystère duquel jaillit la lumière (Aor), qui réalise l’étendue par son rayonnement à l’extérieur11, « faisant du vide (thohû) quelque chose et de ce qui n’était pas ce qui est12 », tandis que, par une concentration corrélative à cette expansion lumineuse, il reste à l’intérieur du cœur le iod, c’est-à-dire « le point caché devenu manifesté », un en trois et trois en un13. Mais nous laisserons maintenant de côté ce point de vue cosmogonique, pour nous attacher de préférence au point de vue qui concerne un être particulier, tel que l’être humain, tout en ayant d’ailleurs bien soin de remarquer qu’il y a entre ces deux points de vue macrocosmique et microcosmique une correspondance analogique en vertu de laquelle une transposition de l’un à l’autre est toujours possible.
Dans les textes sacrés de l’Inde, nous trouvons ceci :
« Cet Âtmâ (l’Esprit divin), qui réside dans le cœur, est plus petit qu’un grain de riz, plus petit qu’un grain d’orge, plus petit qu’un grain de moutarde, plus petit qu’un grain de millet, plus petit que le germe qui est dans un grain de millet ; cet Âtmâ, qui réside dans le cœur, est aussi plus grand que la terre, plus grand que l’atmosphère, plus grand que le ciel, plus grand que tous ces mondes ensemble14. »
Il est impossible de ne pas être frappé de la similitude des termes de ce passage avec ceux de la parabole évangélique à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure : « Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme prend et sème dans son champ ; ce grain est la plus petite de toutes les semences, mais, lorsqu’il est crû, il est plus grand que tous les autres légumes, et il devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches15. »
À ce rapprochement qui semble s’imposer, une seule objection pourrait être faite : est-il vraiment possible d’assimiler à « l’Âtmâ qui réside dans le cœur » ce que l’Évangile désigne comme le « Royaume des Cieux » ou le « Royaume de Dieu » ? C’est l’Évangile lui-même qui fournit la réponse à cette question, et cette réponse est nettement affirmative ; en effet, aux Pharisiens qui demandaient quand viendrait le « Royaume de Dieu », l’entendant dans un sens extérieur et temporel, le Christ dit ces paroles :
« Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards ; on ne dira point : Il est ici, ou : Il est là ; car le Royaume de Dieu est au-dedans de vous, Regnum Dei intra vos est16. »
L’action divine s’exerce toujours de l’intérieur17, et c’est pourquoi elle ne frappe point les regards, qui sont nécessairement tournés vers les choses extérieures ; c’est aussi pourquoi la doctrine hindoue donne au Principe l’épithète d’« ordonnateur interne » (antar-yâmî18), son opération s’accomplissant du dedans au dehors, du centre à la circonférence, du non-manifesté à la manifestation, de telle sorte que son point de départ échappe à toutes les facultés qui appartiennent à l’ordre sensible ou qui en procèdent plus ou moins directement19. Le « Royaume de Dieu », de même que la « maison de Dieu » (Beith-El20), s’identifie naturellement au centre, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus intérieur, soit par rapport à l’ensemble de tous les êtres, soit par rapport à chacun d’eux pris en particulier.
Cela étant dit, on voit clairement que l’antithèse contenue dans le texte évangélique, la figure du grain de sénevé qui est « la plus petite de toutes les semences », mais qui devient « le plus grand de tous les légumes », correspond exactement à la double gradation descendante et ascendante qui, dans le texte hindou, exprime l’idée de l’extrême petitesse et celle de l’extrême grandeur. Il y a du reste, dans l’Évangile, d’autres passages où le grain de sénevé est pris aussi pour représenter ce qu’il y a de plus petit : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé21… » ; et ceci n’est pas sans se rattacher à ce qui précède, car la foi, par laquelle sont saisies d’une certaine manière les choses de l’ordre suprasensible, est habituellement rapportée au cœur22. Mais que signifie cette opposition suivant laquelle le « Royaume des Cieux », ou « l’Âtmâ qui réside dans le cœur », est à la fois ce qu’il y a de plus petit et ce qu’il y a de plus grand ? Il est évident que cela doit s’entendre sous deux rapports différents ; mais encore quels sont ces deux rapports ? Pour le comprendre, il suffit en somme de savoir que, lorsqu’on passe analogiquement de l’inférieur au supérieur, de l’extérieur à l’intérieur, du matériel au spirituel, une telle analogie, pour être correctement appliquée, doit être prise en sens inverse : ainsi, de même que l’image d’un objet dans un miroir est inversée par rapport à l’objet, ce qui est le premier ou le plus grand dans l’ordre principiel est, du moins en apparence, le dernier ou le plus petit dans l’ordre de la manifestation23. Cette application du sens inverse, d’une façon générale, est aussi indiquée par d’autres paroles évangéliques, tout au moins dans une de leurs significations : « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers24 » ; « Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé25 » ; « Celui qui se fera humble comme un petit enfant est le premier dans le Royaume des Cieux26 » ; « Si quelqu’un veut être le premier, il se fera le dernier de tous, et le serviteur de tous27 » ; « Celui d’entre vous qui est le plus petit, c’est celui-là qui est grand28. »
Pour nous borner au cas qui nous occupe spécialement ici, et pour rendre la chose plus facilement compréhensible, nous pouvons prendre des termes de comparaison dans l’ordre mathématique, en nous servant des deux symbolismes géométrique et arithmétique, entre lesquels il y a à cet égard une parfaite concordance. C’est ainsi que le point géométrique est nul quantitativement29 et n’occupe aucun espace, bien qu’il soit le principe par lequel est produit l’espace tout entier, qui n’est que le développement de ses propres virtualités, étant « effectué » par son irradiation suivant les « six directions30 ». C’est ainsi également que l’unité arithmétique est le plus petit des nombres si on l’envisage comme située dans leur multiplicité, mais qu’elle est le plus grand en principe, car elle les contient tous virtuellement et produit toute leur série par la seule répétition indéfinie d’elle-même. C’est ainsi encore, pour revenir au symbolisme dont il a été question au début, que le iod est la plus petite de toutes les lettres de l’alphabet hébraïque, et que pourtant c’est de lui que sont dérivées les formes de toutes les autres lettres31. À ce double rapport se rattache d’ailleurs le double sens hiéroglyphique du iod, comme « principe » et comme « germe » : dans le monde supérieur, c’est le principe, qui contient toutes choses ; dans le monde inférieur, c’est le germe, qui est contenu dans toutes choses ; c’est le point de vue de la transcendance et celui de l’immanence, conciliés dans l’unique synthèse de l’harmonie totale32. Le point est à la fois principe et germe des étendues ; l’unité est à la fois principe et germe des nombres ; de même, le Verbe divin, suivant qu’on l’envisage comme subsistant éternellement en soi-même ou comme se faisant le « Centre du Monde33 », est à la fois principe et germe de tous les êtres34.
Le Principe divin qui réside au centre de l’Être est représenté par la doctrine hindoue comme une graine ou une semence (dhâtu), comme un germe (bhija)35, parce qu’il n’est en quelque sorte que virtuellement dans cet être, tant que l’« Union » n’est pas effectivement réalisée36. D’autre part, ce même être, et la manifestation tout entière à laquelle il appartient, ne sont que par le Principe, n’ont de réalité positive que par participation à son essence et dans la mesure même de cette participation. L’Esprit divin (Âtmâ), étant le Principe unique de toutes choses, dépasse immensément toute existence37 ; c’est pourquoi, il est dit plus grand que chacun des « trois mondes », terrestre, intermédiaire et céleste (les trois termes du Tribhuvana), qui sont les différents modes de la manifestation universelle, et aussi plus grand que l’ensemble de ces « trois mondes », puisqu’il est au-delà de toute manifestation, étant le Principe immuable, éternel, absolu et inconditionné38.
Il y a encore, dans la parabole du grain de sénevé, un point qui demande une explication en rapport avec ce qui précède39 : il est dit que la graine, en se développant, devient un arbre ; or, on sait que l’arbre est, dans toutes les traditions, un des principaux symboles de l’« Axe du Monde40 ». Cette signification convient parfaitement ici : la graine est le centre ; l’arbre qui en sort est l’axe, directement issu de ce centre, et il étend à travers tous les mondes ses branches, sur lesquelles viennent se reposer les « oiseaux du ciel », qui, comme dans certains textes hindous, représentent les états supérieurs de l’être. Cet axe invariable, en effet, est le « support divin » de toute existence ; il est, comme l’enseignent les doctrines extrême-orientales, la direction selon laquelle s’exerce l’« Activité du Ciel », le lieu de manifestation de la « Volonté du Ciel41 ». N’est-ce pas là une des raisons pour lesquelles, dans le Pater, aussitôt après cette demande : « Que votre règne arrive » (c’est bien du « Royaume de Dieu » qu’il s’agit ici), vient celle-ci : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », expression de l’union « axiale » de tous les mondes entre eux et au Principe divin, de la pleine réalisation de cette harmonie totale à laquelle nous avons fait allusion, et qui ne peut s’accomplir que si tous les êtres font concerter leurs aspirations suivant une direction unique, celle de l’axe lui-même42 ? « Que tous ils soient un, dit le Christ, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, qu’eux aussi ils soient un en nous… Qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux, et vous en moi, qu’ils soient consommés en un43. » C’est cette union parfaite qui est le véritable avènement du « Royaume des Cieux », venu du dedans et s’épanouissant au-dehors, dans la plénitude de l’ordre universel, achèvement de toute manifestation et restauration de l’intégrité de l’« état primordial ». C’est la venue de la « Jérusalem Céleste à la fin des temps44 » : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes : il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu même sera avec eux comme leur Dieu45. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus46… ». « Il n’y aura plus d’anathème. Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville ; ses serviteurs le serviront ; ils verront sa face, et son nom sera sur leurs fronts47. Il n’y aura plus de nuit48, et ils n’auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les illuminera ; et ils régneront aux siècles des siècles49. »
- 1. Publié dans É. T., janv.-févr. 1949. – Cet article, qui avait été écrit autrefois pour la revue Regnabit, mais qui ne put y paraître, l’hostilité de certains milieux « néo-scolastiques » nous ayant obligé alors à cesser notre collaboration, se place plus spécialement dans la « perspective » de la tradition chrétienne, avec l’intention d’en montrer le parfait accord avec les autres formes de la tradition universelle ; il complète les quelques indications que nous avons données sur le même sujet dans L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III. Nous n’y avons apporté que très peu de modifications, pour préciser davantage quelques points, et surtout pour ajouter des références à nos différents ouvrages là où cela nous a paru pouvoir présenter quelque utilité pour les lecteurs. ↑
- 2. Cf. L’Œil qui voit tout. ↑
- 3. Cf. La Grande Triade, pp. 169-171. ↑
- 4. Cette signification existe du moins certainement quand la figuration des trois iod est due à des auteurs chrétiens, comme dans le cas de l’estampe que nous venons de mentionner ; d’une façon plus générale (car il ne faut pas oublier que les trois iod se rencontrent aussi comme forme abrégée du tétragramme dans la tradition judaïque elle-même), elle est en rapport avec le symbolisme universel du triangle, dont nous avons indiqué aussi, d’autre part, la relation avec celui du cœur. ↑
- 5. Cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. IV. ↑
- 6. Cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III. ↑
- 7. Cf. Le Roi du Monde, ch. III. ↑
- 8. Cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. VII – La résidence d’Es-Sakinah dans le cœur des fidèles est également affirmée par la tradition islamique. ↑
- 9. Isaïe, IV, 2 ; Jérémie, XXIII, 5 ; Zacharie, III, 8, et VI, 12. – Cf. Aperçus sur l’initiation, ch. XLVII et XLVIII, et aussi notre étude déjà citée sur L’Œil qui voit tout. ↑
- 10. Cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III. ↑
- 11. Cf. Le Règne de la quantité et les signes des temps, ch. III. ↑
- 12. C’est le Fiat Lux (Yehi Aor) de la Genèse, première affirmation du Verbe divin dans l’œuvre de la création ; vibration initiale qui ouvre la voie au développement des possibilités contenues potentiellement, à l’état « informe et vide » (thohû va-bohû), dans le chaos originel (cf. Aperçus sur l’initiation, ch. XLVI). ↑
- 13. Cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. IV. ↑
- 14. Chândogya Upanishad, 3e Prapâthaka, 14e Khanda, shruti 3. ↑
- 15. Saint Matthieu, XIII, 31-32 ; cf. Saint Marc, IV, 30-32 ; Saint Luc, XIII, 18-19. ↑
- 16. Saint Luc, XVIII, 21. - Rappelons à ce propos ce texte taoïste (déjà cité par nous plus complètement dans L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. X) : « Ne demandez pas si le Principe est dans ceci ou dans cela. Il est dans tous les êtres. C’est pour cela qu’on lui donne les épithètes de grand, de suprême, d’entier, d’universel, de total… Il est dans tous les êtres, par une terminaison de norme (le point central ou l’« invariable milieu ») mais il n’est pas identique aux êtres, n’étant ni diversifié (dans la multiplicité) ni limité » (Tchoang-tseu, ch. XXII). ↑
- 17. « Au centre de toutes choses, et supérieure à toutes, est l’action productrice du Principe suprême » (Tchoang-tseu, ch. IX). ↑
- 18. Cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. XV. ↑
- 19. L’action « ordonnatrice », qui fait sortir le monde du chaos (on sait que kosmos, en grec, signifie à la fois « ordre » et « monde »), s’identifie essentiellement à la vibration initiale dont nous parlions plus haut. ↑
- 20. Cf. Le Roi du Monde, ch. IX. ↑
- 21. Saint Luc, XVII, 6. ↑
- 22. On pourrait même trouver là plus particulièrement à cet égard un certain rapport avec le symbolisme de l’« œil du cœur ». ↑
- 23. Cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III. ↑
- 24. Saint Matthieu, XX, 16; cf. ibid., XIX, 30 ; Saint Marc, X, 31. ↑
- 25. Saint Luc, XVIII, 14. ↑
- 26. Saint Matthieu, XVIII, 4. ↑
- 27. Saint Marc, IX, 34. ↑
- 28. Saint Luc, IX, 48. ↑
- 29. Cette nullité correspond à ce que le taoïsme appelle le « néant de forme ». ↑
- 30. Sur les rapports du point et de l’étendue, cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. XVI. ↑
- 31. De là cette parole : « Jusqu’à ce que passent le ciel et la terre un seul iota (c’est-à-dire un seul iod) ou un seul trait (partie de lettre, forme élémentaire assimilée au iod) de la Loi ne passera pas, que tout ne soit accompli » (Saint Matthieu, V, 18). ↑
- 32. L’identité essentielle des deux aspects est représentée aussi par l’équivalence numérique des noms El Eliôn, « le Dieu Très-Haut » et Emmanuel, « Dieu en nous » (cf. Le Roi du Monde, ch. VI). ↑
- 33. Dans la tradition hindoue, le premier de ces deux aspects du Verbe est Swayambhû, et le second est Hiranyagarbha. ↑
- 34. À un autre point de vue, cette considération du sens inverse pourrait aussi être appliquée aux deux phases complémentaires de la manifestation universelle : développement et enveloppement, expiration et aspiration, expansion et concentration, « solution » et « coagulation » (cf. La Grande Triade, ch. VI). ↑
- 35. On remarquera, à ce propos, la parenté des mots latins gramen, grain, et germen, germe. En sanscrit, le mot dhâtu sert aussi à désigner la racine verbale, comme étant la « semence » dont le développement donne naissance au langage tout entier (cf. L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. XI). ↑
- 36. Nous disons « virtuellement » plutôt que « potentiellement », parce qu’il ne peut y avoir rien de potentiel dans l’ordre divin ; c’est seulement du côté de l’être individuel et par rapport à lui qu’on pourrait parler ici de potentialité. La pire potentialité, c’est l’indifférenciation absolue de la « matière première » au sens aristotélicien, identique à l’indistinction du chaos primordial. ↑
- 37. Nous prenons le mot « existence » dans son acception étymologique rigoureuse : existere, c’est ex-stare, tenir son être d’autre chose que soi-même, être dépendant d’un principe supérieur ; l’existence ainsi entendue, c’est donc proprement l’être contingent, relatif, conditionné, le mode d’être de ce qui n’a pas en soi-même sa raison suffisante. ↑
- 38. Les « trois mondes » ne sont pas mentionnés dans la parabole du grain de sénevé, mais ils sont représentés par les trois mesures de farine dans la parabole du levain, qui la suit immédiatement (Saint Matthieu, XIII, 33 ; Saint Luc, XIII, 20-21). ↑
- 39. Signalons aussi que le « champ » (kshêtra) est, dans la terminologie hindoue, la désignation symbolique du domaine dans lequel se développent les possibilités d’un être. ↑
- 40. Cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. IX. ↑
- 41. Cf. Le Symbolisme de la Croix, ch. XXIII. – Nous emploierions volontiers ici l’expression de « lieu métaphysique », par analogie avec celle de « lieu géométrique », qui donne un symbole aussi exact que possible de ce dont il s’agit. ↑
- 42. Il est à remarquer que le mot « concorde » signifie littéralement « union des cœurs » (cum-cordia) ; dans ce cas, le cœur est pris pour représenter principalement la volonté. ↑
- 43. Saint Jean, XVII, 21-23. ↑
- 44. Pour rattacher plus étroitement ceci à ce que nous venons de dire sur le symbolisme de l’arbre, nous rappellerons encore que l’« Arbre de Vie » est placé au centre de la « Jérusalem Céleste » (cf. Le Roi du Monde, ch. XI, et Le Symbolisme de la Croix, ch. IX). ↑
- 45. On pourra naturellement se reporter ici à ce que nous avons dit plus haut sur la Shekinah et sur Emmanuel. ↑
- 46. Apocalypse, XXI, 3-4. – La « Jérusalem Céleste », en tant que « Centre du Monde », s’identifie effectivement au « séjour d’immortalité » (cf. Le Roi du Monde, ch. VII). ↑
- 47. On peut voir là une allusion au « troisième œil », celui-ci ayant la forme d’un iod comme nous l’avons expliqué dans notre étude sur L’Œil qui voit tout : dès lors qu’ils seront rétablis dans l’« état primordial », ils posséderont effectivement par là même le « sens de l’éternité ». ↑
- 48. La nuit est naturellement prise ici dans son sens inférieur, où elle est assimilée au chaos, et il est évident que la perfection du « cosmos » est à l’opposé de celui-ci (on pourrait dire à l’autre extrême de la manifestation), de sorte qu’elle peut être considérée comme un « jour » perpétuel. ↑
- 49. Apocalypse, XXII, 3-5. – Cf. aussi ibid., XXI, 23 : « Et cette ville n’a pas besoin d’être éclairée par le soleil ou par la lune parce que c’est la gloire de Dieu qui l’éclairé, et que l’Agneau en est la lampe. » La « gloire de Dieu » est encore une désignation de la Shekinah, dont la manifestation est en effet toujours représentée comme « Lumière » (cf. Le Roi du Monde, ch. III). ↑