Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 14 novembre 1944

Cher Monsieur,

Voilà déjà près d’un an que je vous ai écrit, et je n’ai reçu aucune lettre de vous depuis ce temps ; nous avons su cependant par M. Pallis que ma lettre vous était parvenue. Il est vrai que j’étais resté plus longtemps encore sans vous écrire, mais maintenant les communications redeviennent un peu plus normales, et je serai heureux que vous me donniez enfin bientôt de vos nouvelles directement.

J’ai reçu il y a quelques jours vos deux articles du J.A.O.S., et je vous en remercie ; vous avez bien fait de me les envoyer c/o M. Lings, car c’est en effet l’adresse la plus commode actuellement.

J’ai enfin reçu dernièrement une lettre de M. Préau, la seule d’ailleurs qui me soit venue de France jusqu’ici ; il demande de vos nouvelles ; il est toujours à Soustons, à la même adresse qu’avant que les communications soient interrompues.

Vous avez peut-être su (je ne me souviens plus si c’est seulement depuis que je vous ai écrit qu’il en a été question) qu’on s’occupait d’éditer à Paris les deux livres que j’ai écrits il y a deux ans ; mais je ne sais pas encore ce qui a été fait, et je me demande s’ils sont actuellement à l’impression où s’il y a eu quelque retard. – Je ne sais toujours rien de précis non plus au sujet des “Études Traditionnelles” ; il paraîtrait cependant qu’elles ont pu continuer à paraître à intervalles plus ou moins irréguliers.

Les traductions anglaises de l’“Introduction générale” et de “L’Homme et son devenir”, qui auraient dû paraître dans le courant de cette année, ont été retardées jusqu’ici par les restrictions sur le papier ; j’espère pourtant que cela ne tardera plus beaucoup maintenant.

Depuis que je vous ai écrit, j’ai achevé mes “Aperçus sur l’Initiation”, auxquels je travaillais à ce moment-là ; j’ai beaucoup ajouté à mes anciens articles, de sorte que cela a fini par faire un gros volume. Je viens maintenant de terminer, il y a seulement quelques jours, un autre livre encore sur “La Grande Triade”, c’est-à-dire, comme le titre l’indique, principalement sur le symbolisme extrême-oriental.

Voilà, je crois, à peu près tout ce qu’il y a d’important depuis mon autre lettre ; il me tarde bien de voir toutes choses reprendre un cours plus régulier !

Croyez toujours, je vous prie, cher Monsieur, à mes meilleurs et bien cordiaux sentiments.

René Guénon

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