Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 6 mai 1940

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre du 1er avril, en même temps que “The Sun-Kiss” et le “Bulletin of the Museum of Fine Arts” ; merci du tout.

M. Préau, dans une lettre que j’ai reçue la semaine dernière, m’a dit avoir déjà traduit une partie de “The Sun-Kiss” ; vous l’aviez autorisé à y faire des coupures, mais il ne voit que bien peu de chose qu’on puisse retrancher sans inconvénient, et je crois qu’il a raison ; il faudra donc sans doute mieux le faire paraître en deux fois.

Merci de penser à l’article sur l’“archery” pour le nº spécial ; si vous avez sur ce sujet quelque chose concernant les Indiens d’Amérique, cela encore sera sûrement intéressant. – L’ami dont je vous avais parlé vient de me répondre qu’il n’a pas pu s’occuper jusqu’ici de la question de l’archerie française, mais qu’il a toujours l’intention de le faire ; naturellement, on ne peut pas attendre les renseignements qu’il obtiendra peut-être, puisque le nº spécial doit paraître comme toujours en août-septembre, ce qui ne laisse plus beaucoup de temps ; mais je pense que, sans cela, vous avez certainement déjà bien assez de données intéressantes pour cet article !

Sûrement, il serait exagéré d’assimiler les idées de Hocart à celles d’Evola, mais, sur la question particulière dont il s’agit, il y a tout de même une similitude, bien qu’on ne puisse pas lui attribuer les mêmes intentions “tendancieuses”. Je ne veux pas dire qu’Evola soit proprement de mauvaise foi, mais il interprète tout en conformité avec sa théorie et semble ne pas voir ce qui lui est contraire. En parlant du livre de Hocart, je n’ai pas relevé ce qui concerne les “sexes” du Sacerdoce et de la Royauté, puisque je savais que vous vous proposiez de traiter plus spécialement cette question. – Pour la citation de la p. 65 dont vous parlez, je ne vois pas non plus comment peut s’expliquer cette sorte d’interversion. – Quant à la distinction dont vous parlez entre “les cieux” et “le ciel”, cela est bien exact, mais je me demande comment on pourrait l’exprimer pour la rendre plus claire en français ; d’autre part, ne pensez-vous pas qu’elle peut avoir un rapport avec celle des deux symbolismes “polaire” et “solaire” (le Pôle = le Père, le Soleil = le Fils) ?

J’aurais une question à vous poser au sujet du terme akshamâlâ ou akshasûtra : aksha y est expliqué comme étant le nom d’une graine dont on fait des chapelets ; mais, d’autre part, le sens premier d’aksha est “axe” (c’est d’ailleurs le même mot), et cela convient très bien à la signification évidemment “axiale” du fil qui traverse les grains et les relie entre eux ; seulement, comment peut-on rattacher l’un à l’autre ces deux sens d’aksha, apparemment si différents ?

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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