Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 11 février 1936

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir votre carte du 21 janvier, en même temps que votre traduction de mon chapitre de la “Crise du Monde moderne”. Je vous remercie bien vivement pour celle-ci, que je trouve vraiment parfaite, et aussi pour la très aimable note de “présentation” dont vous l’avez fait précéder ! – Comme il ne m’est pas possible d’en parler moi-même dans le “Voile d’Isis”, parce que je suis trop directement en cause, puis-je vous demander d’avoir l’obligeance d’en envoyer un exemplaire à M. A. Préau, 42, rue Étienne Marcel, Paris (2e) ? Merci d’avance.

La phrase d’A. B. Keith est tout à fait intéressante, car l’aveu est d’une rare netteté ; et, sûrement, je ne manquerai pas de m’en servir à l’occasion... Et que votre citation de saint Augustin est bien appropriée à la circonstance !

Je lis en ce moment un livre de Mrs. Rhys Davids : “The Birth of Indian psychology and its development in Buddhism”, et j’y vois notamment ce dont vous me parliez dernièrement : cette confusion de “soul”, “spirit”, “self”, etc., est véritablement effrayante ! Et que dire de son point de vue prétendu “historique” ? Son “Sakya” me fait l’effet d’être, pour une bonne part, une imagination due tout simplement à son préjugé “antimonastique”...

Mr. John Lennard me dit qu’il vous a écrit, comme je l’y avais engagé, pour vous demander une indication au sujet d’un éditeur possible pour la traduction du “Théosophisme” en Amérique (cela paraît tout à fait introuvable en Angleterre), et que vous lui avez indiqué “The Open Court Pub. Co.”, à laquelle il doit s’être adressé dès maintenant ; espérons qu’il y aura un résultat favorable !

Croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.

René Guénon

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