Le Caire, 18 février 1936
Cher Monsieur,
Je viens de voir la personne dont je vous ai parlé dans une précédente lettre, et, malheureusement, il n’y a de ce côté aucun moyen d’arranger les choses comme je l’espérais pour Mrs. Coomaraswamy. Et je ne vois toujours, par ailleurs, aucune autre solution qui lui permettrait de se perfectionner ici dans l’étude du français ; à ce point de vue, Paris offrirait évidemment beaucoup plus de ressources... Quant à la possibilité de prendre contact avec les milieux islamiques, j’y ai encore réfléchi, et je dois dire que, ces milieux étant très fermés, je ne crois pas qu’il soit possible de faire quelque chose à cet égard pendant un séjour aussi court ; la difficulté est même, comme vous le savez sans doute, beaucoup plus grande pour une femme que pour un homme, et il lui faudrait un temps bien plus long pour être reçue, autrement du moins que comme une étrangère, ce qui assurément ne présenterait pas d’intérêt...
Croyez que je regrette bien vivement toutes ces difficultés ; mais il me semble préférable de vous dire les choses telles qu’elles sont, pour éviter une désillusion ou une perte de temps. Il est bien entendu que, si cependant il venait à se présenter quelque autre possibilité, je vous en ferais part immédiatement.
Croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon