Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 10 mars 1940

Cher Monsieur,

J’ai reçu il y a quelques jours votre lettre du 1er février ; il semble bien que vous avez dû l’écrire avant d’avoir reçu celle où je parlais justement de la question du nº spécial de cette année ; s’il en est bien ainsi, la “coïncidence” est vraiment assez étonnante ! En effet, je vous disais qu’on s’était arrêté en principe au sujet des “jeux traditionnels”, et ce que vous envisagez représente précisément une partie du même sujet. Peut-être vaut-il mieux lui laisser toute sa généralité, car, en le restreignant, on risquerait de rendre la composition du nº plus difficile ; ainsi, on ne pourrait plus y faire rentrer un article sur la “vénerie” qui nous a déjà été promis. Bien entendu, ce que vous proposez comme article conviendra très bien dans tous les cas ; je vous reparlais aussi à ce propos de l’article sur l’“archery”, que vous aviez en vue il y a déjà longtemps ; s’il vous était possible de nous donner les deux, ce serait encore mieux, mais j’ose à peine vous en demander tant...

Pour le nº spécial de l’année prochaine, ce qui est encore bien éloigné, on nous a déjà proposé comme sujet les “légendes des saints” dans les différentes traditions ; il me semble qu’il serait en effet possible de faire quelque chose d’intéressant là-dessus.

Il paraît que le livre de M. Pallis a déjà une 2e édition ; j’en suis tout étonné, car la 1e a paru à un moment qui semblait bien peu favorable. – À propos de M. Pallis, il m’a dit vous avoir parlé de la question de la traduction anglaise de mes livres ; comme il paraissait d’ailleurs assez peu au courant du point où en sont les choses, je lui ai donné quelques explications à ce sujet. Au début de la guerre, on avait ajourné toute idée d’édition, mais maintenant on pense à reprendre la chose sans plus attendre. Nous revoyons donc une dernière fois, en ce moment même, la traduction d’“Orient et Occident” et celle de la “Crise du Monde moderne”, afin que ce soit complètement prêt.

M. Préau m’a envoyé le livre du prof. Hocart sur les castes ; je pourrai donc écrire quelque chose à ce sujet. Je ne l’ai encore que parcouru, mais il m’a semblé qu’il faisait, sur les rapports du sacerdoce et de la royauté, à peu près la même erreur que vous avez relevée chez Evola ; à part cela, il y a sûrement dans ce livre beaucoup de choses intéressantes, et heureusement assez différentes de ce qu’on écrit habituellement sur ces questions.

Je pense que vous devez avoir reçu les nos de janvier et de février des “Études Traditionnelles”, qui vous auront montré que j’ai pu enfin recommencer à travailler d’une façon à peu près normale !

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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