Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 20 février 1940

Cher Monsieur,

Merci de vos deux lettres des 20 et 23 janvier, qui viennent d’arriver en même temps. – Vous avez peut-être maintenant, de votre côté, la lettre dans laquelle je vous parlais de celle de Mrs. Norman, que j’ai fini par recevoir ; quant à celle qu’elle dit m’avoir écrite l’an dernier, elle ne m’est jamais parvenue. Je vois qu’elle paraît s’être un peu contrariée de ce que vous lui avez écrit ; pourtant, il est bien certain que, s’il y a eu “malentendu”, c’est entièrement de sa faute... Elle dit avoir offert de placer l’article ailleurs ; en fait, elle m’a seulement demandé de lui indiquer une revue à laquelle je voudrais qu’elle l’envoie, comme si je pouvais savoir quelle revue, en Amérique, serait susceptible de l’accepter ! Enfin, je ne puis que vous prier encore de vouloir bien arranger vous-même toute cette affaire pour le mieux, et je vous en remercie à l’avance.

Quant à “The American Scholar”, il est donc entendu que je vous enverrai l’article directement dès que je serai enfin arrivé à l’écrire ; espérons que cela ne tardera plus trop, bien que je n’arrive pas encore à travailler autant et aussi vite que je le voudrais pour rattraper tout le temps perdu, car il faut encore que je fasse attention de ne pas trop me fatiguer pour ne pas risquer une rechute...

Merci pour le renseignement concernant le livre de S. Foster Damon sur William Blake.

J’apprends que M. Préau a reçu de vous un compte rendu du livre de Pallis ; comme de mon côté je ne l’avais pas fait encore, c’est très bien ainsi ; il me reste toujours bien des comptes rendus en retard !

À propos de Pallis, il m’a écrit dernièrement que, dans votre correspondance avec lui, vous aviez parlé de la question des traductions anglaises de mes livres et de la possibilité de les faire éditer par Luzac. On avait ajourné la chose en raison des circonstances peu favorables, mais justement on a pensé ces temps-ci à essayer de la reprendre sans attendre davantage ; je vous tiendrai au courant de ce qui en résultera. Je ne sais pas au juste ce qu’il en est en Angleterre, mais, en France, les affaires de librairie semblent avoir repris plus rapidement qu’on ne l’aurait pensé.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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