Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 10 mars 1939

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir en même temps vos trois lettres des 7, 20 et 22 février. – Tous mes remerciements pour votre nouvel article, que je trouve fort intéressant comme toujours. Il est certain que c’est là une question sur laquelle il est difficile de se prononcer sans aucune réserve, mais je pense que vous l’avez traitée avec toute la prudence requise ; et c’est sûrement un point important à fixer dans la mesure du possible.

Pour l’addition que vous m’indiquez cette fois pour votre article sur le livre de Mrs. Rhys Davids, la dernière phrase (“it is the same in the genealogia regni Dei,” etc.) étant en caractères très pâles, je me demande si cela est dû simplement à un accident de “typing”, ou si votre intention n’a pas été de l’effacer après coup ; voudrez-vous avoir l’obligeance de me dire ce qu’il en est ?

J’ai mis à sa place la note que vous m’avez envoyée en dernier lieu pour remplacer la note 1 de la p. 3 de votre article.

Merci pour la notice du livre “The Westminster of Norway” ; je vais l’envoyer tout de suite à M. Burckhardt.

La remarque au sujet du “sun-kiss” me paraît tout à fait bien fondée ; mais je me demande à ce propos si vous auriez parlé de cette question dans quelque récent article que je n’aurais pas encore reçu... D’autre part, cela me fait penser que le sujet du “héros solaire” dans les contes pourrait être intéressant à traiter pour le nº sur le folk-lore dont je vous ai parlé dans une de mes dernières lettres ; mais, bien entendu, je ne voudrais pas vous suggérer cela plus particulièrement qu’autre chose, car je pense que vous ne devez pas manquer de sujets se rapportant à cet ordre d’idées... – Je ne sais plus si je vous ai dit que M. Luc Benoist a promis pour ce nº un article sur le motif de la “queste” dans les légendes populaires. Il y a aussi un article de M. Lovinescu sur le folk-lore roumain qui a été mis en réserve pour la circonstance.

Pour le mot muni et ses connexions, ce que vous dites au sujet de l’idée de “silence” est tout à fait plausible en soi ; seulement, il y a peut-être une difficulté d’ordre linguistique : la lettre n ne doit-elle pas être considérée comme faisant partie de la racine ? Par ailleurs, il y a en tout cas, entre le “silence” et la “solitude”, un rapport assez étroit ; toute la question est de savoir laquelle de ces deux idées le mot implique en premier lieu...

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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