Le Caire, 26 février 1939
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 6 février, et je transmets tout de suite à M. Préau l’indication concernant votre article sur le Bouddhisme, car c’est lui qui l’a maintenant pour en faire la traduction.
Merci de vos explications au sujet de “shûnyavâda” ; il est bien certain que, avec cette interprétation, il n’y a rien là d’hétérodoxe ; mais est-ce celle de toutes les écoles ? N’y a-t-il pas aussi, dans certains cas, une autre application toute différente, et d’ordre “cosmologique”, dans laquelle l’idée de “shûnya” apparaît comme liée à la conception atomiste ?
Je reçois la réponse à la question que vous m’aviez posée au sujet d’un ouvrage d’astrologie ; voici ce qu’on m’écrit : “S’il s’agit d’un ouvrage qui soit dans le commerce, il n’y en a vraiment pas qu’on puisse décemment recommander ; le moins mauvais de tous est sans doute le traité de Julevno, édité par Chacornac, qui suit assez fidèlement Ptolémée et les astrologues européens de la Renaissance. S’il s’agit seulement d’un ouvrage à consulter dans une bibliothèque, on peut consulter les traductions latine, française et anglaise du “Tétrabiblos” et du “Centiloque” de Ptolémée, et les œuvres, en Latin, de Junctin, de Florence et de Morin de Villefranche. Il est à remarquer qu’en matière d’astrologie les Occidentaux ne possèdent guère que des œuvres de décadence : œuvres des derniers temps de la tradition gréco-latine, œuvres de la décadence de la tradition hermétique chrétienne à l’époque de la Renaissance ; on n’en a aucune qui date du moyen âge.”
Je viens de recevoir aussi une lettre qui m’est adressée de votre part par Mr. A. Janta, me demandant de collaborer à un nº spécial sur l’Inde de la revue polonaise “Wiadomości Literackie”. La seule difficulté est, comme toujours, de trouver le temps de rédiger un article dans le délai voulu ; mais d’autre part, comme “on ne demande aucune exclusivité sauf pour la Pologne”, je pense que mon article “L’Esprit de l’Inde”, bien qu’ayant paru deux fois en français (dans le “Monde Nouveau”, puis dans les “É[tudes] T[raditionnelles]”), pourrait peut-être faire assez bien l’affaire en cette circonstance. Je vais donc répondre en ce sens à Mr. Janta ; en même temps, je vais écrire aussi à quelqu’un qui a déjà traduit en polonais quelques articles de moi pour d’autres revues, et qui pourra d’ailleurs s’entendre directement à ce sujet avec le directeur des “Wiedomości Literackie” afin d’éviter de perdre du temps, puisqu’il faudrait que l’article soit remis d’ici un mois environ.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon