Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 1er février 1939

Cher Monsieur,

Merci de votre lettre du 5 janvier et des renseignements concernant le mot “louver” ou “luffer” et ses similaires. Je ne connaissais pas du tout l’ancien mot français “lovier”, et je ne crois pas qu’il en existe actuellement qui lui corresponde ; mais, bien entendu, je suis loin de connaître tous les dialectes et patois locaux, qui ont souvent conservé beaucoup de termes disparus de la langue “officielle”.

Les textes que vous citez en rapport avec la “soudaineté” et l’“instantanéité” sont en effet très significatifs et vont bien encore dans le sens de mes remarques à ce sujet. J’espère, d’après ce que vous me dites, que vous pourrez faire quelque chose sur cette question et celle de l’“éclair”, qui est effectivement le symbole manifeste d’une illumination soudaine.

M. Préau me dit vous avoir envoyé sa traduction de votre article “Mahâtmâ”. Dans la même lettre, à propos du symbolisme du parasol, il me dit que, dans certains textes, il est question de mondes en forme de parasol (ou de champignon, le mot “chhatra” ayant les deux sens) ; il mentionne à ce sujet le commentaire de Yogarâja sur le “Paramârtha-sâra” d’Abhinavagupta, explication du mot “bhuvana” de la 5e Kârikâ ; à quoi cela peut-il bien se rapporter exactement ?

Je pense en somme la même chose que vous pour l’“Arctic Home” de Tilak ; mais je me demande s’il s’est limité volontairement à l’interprétation concernant directement le sujet qu’il avait en vue, ou si réellement il n’a pas vu d’autre sens que celui-là dans les textes vêdiques, ce qui semblerait tout de même assez étonnant...

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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