Le Caire, 22 janvier 1939
Cher Monsieur,
Vos trois lettres des 30 décembre, 3 et 4 janvier, me sont arrivées en même temps. – Merci bien vivement pour l’article joint à la dernière, très intéressant comme toujours, et qui me paraît mettre très bien les choses au point.
Je vous remercie aussi pour la suggestion, que j’ai déjà transmise tout de suite à Chacornac, de proposer l’échange des “ É[tudes] T[raditionnelles]” avec les publications de la “Royal Asiatic Society”, qu’il y a sans doute en effet plus de chance d’obtenir ainsi que par l’intermédiaire des éditeurs ! Je pense comme vous qu’il est toujours possible de trouver, dans les publications de ce genre, des indications intéressantes au point de vue “documentaire” et pouvant servir de point de départ à d’autres considérations...
L’identité du schéma de l’“arbre triple” avec le double vajra est en effet très nette ; j’y reviendrai sans doute dans un prochain article, car, quoique je vienne d’en écrire déjà un sur l’arbre, dans lequel je parle surtout de l’étude que vous y avez consacrée, le sujet est encore bien loin d’être épuisé. J’ai aussi l’intention de traiter ensuite une autre question qui en somme s’y rattache de près, celle du symbolisme de l’échelle, dont jusqu’ici je n’ai parlé qu’incidemment dans l’“Ésotérisme de Dante”.
Pour ce qui est d’un livre donnant un exposé convenable de l’astrologie, j’avoue que je suis embarrassé, car je ne connais rien de vraiment satisfaisant à cet égard ; les auteurs modernes qui traitent de tels sujets font généralement preuve d’une incompréhension à peu près complète et interprètent tout d’après leurs propres conceptions ! Quoi qu’il en soit, j’ai posé la question, et j’espère obtenir tout de même quelque renseignement que je ne manquerai pas de vous transmettre aussitôt.
Ce que vous me citez d’Eckhart, “size without size”, me rappelle une expression arabe dont je ne pourrais d’ailleurs pas dire l’origine exacte, car on l’emploie assez couramment : “fî zamâni ghayri zamân, wa fî makâni ghayri makân” = “dans un temps sans temps, et dans un espace sans espace”.
Je suis content de savoir que Mr. Mac Iver vous a écrit et vous a envoyé des exemplaires du tirage à part.
Encore une nouvelle ennuyeuse au sujet du “Théosophisme” : Mr. Lennard m’écrit que Martin Secker a donné à son tour une réponse négative. Il se propose, dit-il, d’essayer maintenant avec Hodder and Stoughton ; je ne connais d’ailleurs pas cette maison et ne sais pas du tout quel est le genre de ce qu’elle publie. Peut-être aussi, comme il le dit, sera-t-il plus facile de faire accepter le “Théosophisme” par un éditeur quand quelque autre livre de moi aura déjà été publié en anglais... – Je ne sais si je vous ai dit que Mr. Lennard a aussi l’intention de faire une nouvelle traduction de “L’Homme et son devenir”, celle qui existe étant bien défectueuse, et d’ailleurs, paraît-il, maintenant “out of print”.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon