Le Caire, 9 décembre 1938
Cher Monsieur,
Je vous ai écrit ces jours derniers au sujet de “The Inverted Tree”, et voici que je viens de recevoir votre lettre du 21 novembre. Merci de la note qui l’accompagne ; je la transmets tout de suite aux “É[tudes] T[raditionnelles]”, de façon à ce qu’elle puisse être placée dans les comptes rendus des revues du nº de janvier. - La chose mérite en effet d’être signalée ; ce qui est seulement un peu ennuyeux à ce propos, et que vous ne savez sans doute pas, c’est que Melle Brosse est une théosophiste ; j’ai vu plusieurs fois des articles d’elle dans le “Lotus Bleu” ; mais, comme cette fois il s’agit d’un travail public dans une revue médicale (et dont j’ignorais tout à fait l’existence), il est naturellement possible d’en parler sans attirer l’attention sur cette particularité, ce qui est bien préférable...
Au sujet de la “Presse Médicale”, il m’est arrivé une assez singulière histoire il y a quelques mois : la direction de cette publication avait demandé à Chacornac mes articles sur la psychanalyse ; puis, après quelque temps, elle les lui a renvoyés en disant qu’on les lui avait signalés comme traitant la question au point de vue médical, mais que, comme il n’en était pas ainsi, il ne lui était pas possible d’en parler. Nous n’avons jamais su ce qui s’était passé en réalité, mais il est à supposer que quelques psychanalystes influents ont dû intervenir pour qu’on fasse le silence là-dessus !
De M. Filliozat, je ne connais que le nom ; qui est-ce au juste, et quel est son genre de travaux ? Je suis d’autant moins au courant de tout cela que tous les éditeurs “orientalistes”, Geuthner et autres, s’abstiennent toujours soigneusement de nous envoyer la moindre de leurs publications...
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon