Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 10 septembre 1938

Cher Monsieur,

Merci de l’envoi de la 2e partie de votre “Mediæval Æsthetic”, que je viens de recevoir aujourd’hui même.

J’apprends une bien fâcheuse nouvelle : il y a une quinzaine de jours, M. Préau a été pris subitement d’une crise d’appendicite et a dû être opéré d’urgence. On me dit qu’heureusement tout s’est bien passé et qu’il allait aussi bien que possible ; mais ce sont toujours les suites de l’opération et l’affaiblissement qui en résulte qui sont à craindre, surtout dans son cas, car, même avant cela, sa santé laissait beaucoup à désirer depuis assez longtemps déjà, de sorte que je suis assez inquiet...

La personne qui m’avait posé la question dont je vous ai parlé, sur l’origine de la communion sous la seule espèce du pain dans l’Église latine, me dit avoir trouvé dans un dictionnaire de théologie la discussion du Concile de Trente à ce sujet. Ce qu’elle m’en rapporte produit une impression plutôt lamentable : il semble que les considérations doctrinales aient été entièrement laissées de côté et sacrifiées à de simples contingences, ce qui indiquerait que, dans l’Église même, l’esprit traditionnel était déjà bien affaibli à cette époque ! D’autre part, ce qui est vraiment étrange, c’est qu’on ne trouve nulle part aucune trace d’ordonnances se rapportant à cette même question et antérieures au Concile de Trente ; c’est ce point surtout qu’il serait intéressant d’éclaircir...

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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