Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 26 août 1938

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre du 10 août, et je suis tout étonné de la rapidité avec laquelle elle est arrivée cette fois...

Merci de ce que vous me dites au sujet des empreintes de mains et de leurs différentes significations. En tant que protection contre les influences maléfiques, il existe encore actuellement ici le même usage que dans l’Inde. Quand on tue un mouton, soit pour “El-Aïd el-Kebir”, soit en toute autre circonstance comme un mariage, la construction d’une maison, etc., on trempe la main dans le sang et on l’applique sur les murs. La couleur rouge des empreintes, même quand elle est obtenue autrement, ne serait-elle pas destinée à rappeler le sang de l’animal du sacrifice ? – Quant aux processions de Muharram dont vous parlez, c’est là un usage exclusivement “shiite”, qui est inconnu ici.

Pour l’idée de “signature”, j’ai entendu dire que les anciens Arabes, pour rendre un engagement inviolable, se faisaient des entailles aux doigts, de façon à ce que le sang en coule, et appliquaient alors la main sur l’écrit ; je ne sais pas si la même chose se retrouve chez d’autres peuples...

En dehors de tout cela, il faut dire qu’il y a aussi une signification “sinistre” des empreintes de mains, en rapport avec des pratiques de magie noire : elles représentent alors surtout l’emprise des forces d’en-bas, et elles sont ainsi l’exact opposé des traces de pieds dont nous avons parlé. J’ajouterai même qu’il y a une relation très frappante, et qui n’est certainement pas “fortuite”, entre ce dernier cas et les manifestations fréquentes de mains isolées dans les phénomènes psychiques de l’ordre le plus inférieur (sorcellerie et spiritisme).

Il semble que la trépanation posthume, dans les sépultures néolithiques, soit quelque chose d’assez généralement répandu ; je sais qu’on en a trouvé aussi des exemples en Europe, notamment dans les stations préhistoriques du midi de la France ; j’avais justement l’intention de vous signaler ce fait ; son interprétation comme ouverture du “brahmarandhra” m’a d’ailleurs toujours paru tout à fait évidente.

Je vois que nous sommes tout à fait d’accord sur la signification de la forme des monnaies chinoises ; la forme circulaire de l’ouverture dans le cas des jades “pi” la confirme du reste encore.

Qu’est-ce donc que “Zalmoxis” ? Je n’avais encore jamais entendu parler de cette publication...

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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