Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 11 mars 1938

Cher Monsieur,

J’ai reçu hier vos deux lettres des 17 et 21 février. – Je vous remercie de vouloir bien communiquer le manuscrit du “Théosophisme” à un autre éditeur ; espérons que le résultat sera plus favorable cette fois ! Mr. Lennard m’a écrit dernièrement que, d’après ce que je lui avais dit, il le soumettrait à Martin Secker, mais naturellement il convient maintenant d’attendre d’abord une réponse de l’autre côté. – Pour les autres volumes, j’ai fait part à Mr. Lings et à Mr. Levy de ce que vous m’avez dit au sujet de l’édition par Luzac ; je n’ai pas encore eu d’autres nouvelles depuis lors.

Je prends note de ce que vous me dites pour le chapitre de “La Crise du Monde moderne” qu’on pourrait donner à Mrs. Norman ; il n’y a encore que quatre chapitres traduits jusqu’ici, mais Mr. Osborne paraît avancer assez vite.

Pour votre article sur le Vêdânta, il est entendu que, comme vous me le demandez, je n’en parlerai que quand il aura paru dans l’“American Scholar”.

Vous ai-je dit que je n’ai jamais reçu le manuel du “British Museum”, dont vous m’aviez annoncé l’envoi il y a un certain temps déjà ?

Je vous remercie de vouloir bien penser à de prochains articles pour les “É[tudes] T[raditionnelles]” ; bien entendu, je ne sais que trop bien par moi-même qu’il est souvent impossible d’arriver à faire quelque chose pour une date déterminée ! – Quant à l’article sur El-Khidr, j’espère que, malgré ce que vous me dites, vous voudrez bien vous décider à nous le donner tout de même ; il va de soi, d’ailleurs, qu’il ne s’agit pas de traiter la question d’une façon complète, ce qui est une chose tout à fait impossible. Je vais tâcher de voir quelles indications je pourrais vous suggérer sur certains points ; naturellement, il sera tout à fait inutile de mentionner que cela vient de moi...

Ce que vous me dites pour la Clarendon Press confirme en somme ce que nous pensions ; je vois que ce nom a pourtant été employé encore pour le livre de Miss Getty. – À propos de votre compte rendu de celui-ci, j’ai toujours eu l’idée qu’il y a quelque rapprochement à faire entre la forme de Ganesha et celle de Kuvera ; comment pensez-vous qu’on pourrait expliquer ce rapprochement, qui semblerait indiquer un lien plus étroit que le caractère général “shivaïte” commun à l’un et à l’autre ?

Pour l’Arbre du Monde inversé seulement sous le Soleil, cela me paraît en effet normal ; je serai heureux d’avoir connaissance du résultat de vos recherches sur ce sujet. Je pense que vous avez dû aussi remarquer la représentation fréquente du Soleil lui-même comme fruit de l’Arbre ; certains caractères chinois, notamment, donnent un sens très net à cet égard. Il ne semble pas que l’on puisse dire que le Paradis terrestre soit proprement “supra-cosmique”, puisqu’il est en tout cas au-dessous des Cieux ; son sommet “touche la sphère lunaire” comme le dit St Augustin entre autres ; mais si on dit qu’il est virtuellement “supra-cosmique”, en entendant par là que l’être qui est parvenu à ce sommet (lequel est en même temps le “centre” de l’état humain) est désormais soustrait aux changements d’état et peut, de là, passer “au delà du cosmos” par la voie directe et “axiale”, cela est parfaitement exact en effet.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.

René Guénon

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