Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 26 février 1938

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir vos deux lettres des 7 et 8 février, ainsi que votre article de “The Hindu”. – Tout d’abord, je vous remercie bien vivement d’avoir eu l’obligeance d’écrire tout de suite à Luzac, ce qui leur fera certainement prendre la chose en sérieuse considération ; ce que vous me dites est d’ailleurs tout à fait rassurant, et j’en fais part à Mr. Lings. C’est celui-ci, et non pas moi, qui s’est mis en rapport avec Luzac ; je n’ai d’ailleurs pas qualité pour intervenir directement, l’éditeur français ayant seul, d’après les contrats, le droit de traiter pour les traductions. – D’autre part, je reçois aujourd’hui même une lettre de Mr. John Levy, l’ami de Mr. Lings, qui me confirme encore ce que celui-ci m’avait dit quant à son intention de se charger des frais d’édition ; il semble donc décidément que tout doive s’arranger ainsi pour le mieux.

Je viens de lire votre article, que je trouve tout à fait bien ; j’admire que vous ayez pu donner cet exposé sous une telle forme, car, pour ma part, je dois reconnaître que je suis tout à fait incapable de présenter les choses d’une façon suffisamment accessible au “grand public” (c’est d’ailleurs pourquoi il m’est si difficile d’écrire dans des revues non “spécialisées”) ; et je ne vois vraiment pas ce qu’il pourrait y avoir à modifier ou à ajouter.

Je n’ai toujours aucune nouvelle de Mrs. Norman depuis que je lui ai écrit.

Ce que vous a écrit Mrs. Rhys Davids ne me surprend pas beaucoup, car les allusions qu’elle fait à ses expériences “psychiques” sont en somme assez claires ; mais il semble même que cela aille jusqu’au vulgaire spiritisme ; c’est vraiment bien fâcheux de voir que tant de gens se laissent prendre ainsi à de pareilles illusions !

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.

René Guénon

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