Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 17 février 1938

Cher Monsieur,

Merci de l’envoi de votre article sur “Janaka and Yâjnavalkya”, que j’ai reçu la semaine dernière.

Aujourd’hui me parvient votre lettre du 26 janvier, à laquelle je veux répondre un mot tout de suite. Je demanderai d’ailleurs, à la prochaine occasion, des informations plus précises à “Geticus” ; mais, sans vouloir être trop affirmatif, je crois qu’il y a une explication très simple et qu’il ne s’agit en réalité de rien d’autre que d’un titre nobiliaire, comes devant ici être traduit par comte. Il resterait à savoir ce que peuvent être les “Siculi” ; il est bien peu vraisemblable qu’il s’agisse de la Sicile (qui d’ailleurs était un royaume et non un comté) ; le nom de “Szekler” que vous me signalez, et que je ne connaissais pas, me paraît donner un sens beaucoup plus plausible ; c’est sur ce point surtout que je tâcherai d’avoir des éclaircissements.

À ce propos, le double sens du mot comes a été utilisé dans les noms ou titres pris par certains personnages ayant joué un rôle dans des organisations initiatiques. Ainsi, le nom du “comte de Saint-Germain”, qui est d’ailleurs probablement un “hiéronyme” collectif, doit se traduire par “compagnon de la Sainte Fraternité”. Je me souviens aussi d’un interrogatoire de Cagliostro, où, à une question concernant son titre de comte, il répondit d’une façon apparemment énigmatique, mais dont le sens était nettement que ce titre n’avait rien à voir avec ceux de la noblesse profane. – Mais, dans le cas dont vous me parlez, je pense qu’il ne s’agit de rien de tel, et que c’est bien un simple titre nobiliaire sans autre signification.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.

René Guénon

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