Le Caire, 6 novembre 1935
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre carte, et je vous remercie de ce que vous voulez bien me signaler. Pour ce que vous dites concernant “Kha” et “shûnya”, je suis entièrement d’accord avec vous ; je me demande seulement s’il est possible de considérer l’espace en lui-même comme une “substance”, car il ne représente en somme qu’un “contenant” (ce que montre d’ailleurs l’homogénéité même ou l’“indiscernabilité” de toutes ses parties) ; je pense qu’au fond, comme le temps, il est plutôt une condition d’existence. Naturellement, toutes ces questions seront à reprendre plus complètement si j’arrive à faire le travail que je projette depuis longtemps déjà sur les conditions de l’existence corporelle.
Vous ai-je remercié de votre dernier envoi de deux articles ? Voilà que je ne sais plus si je les ai reçus avant de vous écrire ou seulement depuis. Si donc je ne l’ai pas fait encore, veuillez m’en excuser.
M. Luc Benoist m’a écrit que vous aviez eu l’amabilité de lui faire d’intéressantes remarques au sujet de votre article sur l’art indien ; il se propose d’en tenir compte lors du tirage à part de sa série d’articles (qui n’est pas encore terminée).
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon