Le Caire, 4 juillet 1937
Cher Monsieur,
Merci de votre envoi reçu avant hier, et aussi de la façon dont vous me citez au début de votre article sur “The Vedic Doctrine of Silence”.
Le “Kitâb Dawâ El-Arwah” est très intéressant ; malheureusement, la traduction anglaise est assez défectueuse. L’auteur a d’ailleurs dû s’en rendre compte lui-même, puisqu’il la déclare “somewhat tentative” ; et il faut reconnaître que c’est très difficile à rendre en une langue européenne ; mais, surtout, il faut une “clef” qui manque forcément à quiconque n’est pas “mutaçawwuf”... Je ne connais d’ailleurs pas autrement Mr. Arberry ; pourriez-vous me dire qui il est ?
J’avais reçu précédemment le recueil de conférences “What use is Art anyway”, envoyé par l’éditeur ; il m’est arrivé juste à temps pour que je puisse le signaler dans mes comptes rendus du nº de juillet des “É[tudes] T[raditionnelles]”. – Le nº de juin doit contenir votre article sur “le folk-lore et l’art populaire” ; je dis “doit”, car je ne l’ai pas encore vu ; il paraît que l’impression était fort en retard, et on craignait même que cette fois il n’arrive pas à être prêt avant la fin du mois...
Pour le nº sur le Tantrisme (août-septembre), ainsi que je m’en doutais, il ne sera malheureusement pas possible de vous envoyer des épreuves de votre article ; mais j’ai demandé que du moins on vous communique la traduction avant l’envoi à l’impression si elle peut être prête à temps ; J’espère que les choses pourront s’arranger ainsi pour le mieux.
Allez-vous quitter Boston pour l’été comme l’an dernier ? Il me semble que, à pareille époque, vous n’y étiez déjà plus. – Quant à moi, je ne m’absenterai sans doute pas cette année ; nous venons de nous installer tout à fait en dehors de la ville, dans un endroit où on n’entend aucun bruit, mais où cependant les communications sont faciles. Je m’excuse de ce mot écrit au milieu du désordre d’un déménagement qui n’est pas encore terminé...
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.
René Guénon