Le Caire, 23 mai 1937
Cher Monsieur,
J’ai reçu en même temps vos deux envois des 30 avril et 4 mai, et je vous en remercie bien vivement. Votre article pour le nº spécial est très bien ainsi ; il est certain que le sujet pourrait donner lieu à beaucoup de développements, mais ce que vous en avez dit est en somme l’essentiel et contient tout ce qui est nécessaire pour remettre au point les interprétations partiales ou tendancieuses qui sont répandues en Occident. – Je vais demander s’il sera possible de vous envoyer une épreuve, mais je crains qu’on ne puisse en avoir en temps utile pour cela ; Chacornac me dit que maintenant, avec l’application des nouvelles lois sur le travail, on ne peut plus rien obtenir des imprimeurs, et que le nº de mai va paraître en retard. En tout cas, comme il y a encore du temps d’ici l’impression du nº spécial, le mieux sera peut-être, si la traduction est prête assez tôt, qu’on vous la communique avant l’impression comme on l’a déjà fait pour d’autres articles. – Bien entendu, j’insère à leur place les deux additions jointes à votre seconde lettre.
Merci aussi pour votre note sur saint Bernard ; on pourra très bien la faire paraître comme un petit article à part.
J’ai reçu aussi “The Secret of Ana’l-Haqq” que vous m’aviez annoncé ; sans l’avoir encore lu entièrement, je vois qu’il y a là des choses très intéressantes ; c’est seulement dommage que l’expression soit souvent assez défectueuse, et aussi que les citations arabes soient transcrites d’une façon qui les défigure terriblement...
Votre article sur “Folklore and popular art” m’est bien parvenu aussi la semaine précédente. – L’auteur de la note intitulée “The Illuministic Sufis”, qui précède la vôtre sur la vînâ, n’est-il pas un Syrien chrétien ? En tout cas, il semble accepter entièrement les vues historiques des Occidentaux, qui sont ici nettement opposées aux données traditionnelles.
Je vais faire demander par Chacornac “Cumaean Gates”, dont le sujet semble très intéressant (si toutefois il n’est pas traité d’une façon simplement “littéraire”) ; peut-être aurons-nous plus de chance cette fois que pour quelques-uns des autres livres que vous m’aviez signalés précédemment...
Les histoires de Mrs. Bailey, que je suis depuis quelque temps déjà, me paraissent bien étranges ; je me demande ce qu’il y a au juste derrière, peut-être à son insu d’ailleurs, et ce que peut bien être son soi-disant “Maître Thibétain” ; tout cela ne m’inspire pas confiance !
Je vous retourne ci-joint la brochure sur le Shamanisme, après en avoir utilisé quelques indications pour un de mes articles de juin, ainsi que vous le verrez. Ce que je dis à la fin de cet article fait allusion à l’histoire des “sept tours du Diable”, dont j’ai déjà dit quelques mots à propos du livre de W. Seabrook sur l’Arabie ; c’est là encore une de ces questions sur lesquelles il est bien difficile de s’expliquer complètement...
Encore tous mes remerciements pour le tout, et croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux.
René Guénon