Le Caire, 3 juin 1936
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 16 mai, et je vous remercie pour les indications concernant vos deux articles ; je les ai immédiatement reportées sur le texte.
Merci bien vivement de tout ce que vous voulez bien faire pour susciter de l’intérêt pour mes livres, à Harvard et ailleurs !
Espérons que Chacornac sera plus heureux pour le “Bruce Codex” qu’il ne l’a été pour le livre d’Evans Wentz...
Je pense bien comme vous que, dans le cas de Nicholson, il y a réellement des limitations à sa compréhension, dont on ne peut le rendre responsable ; si j’ajoute qu’en outre il n’est pas toujours d’une entière bonne foi, c’est d’après ce que m’ont rapporté des personnes qui ont eu l’occasion de discuter avec lui (tout en l’aidant d’ailleurs pour certaines traductions) pendant qu’il séjournait ici. Il n’en est pas moins vrai que ses traductions valent certainement encore mieux que beaucoup d’autres ; et il est bien vrai aussi, malheureusement, que les textes indiens ont toujours été plus particulièrement maltraités par les traducteurs !
J’adresse cette fois ce mot à Caratunk ; je regrette d’apprendre que ce séjour est motivé par des raisons de santé, mais je veux espérer que, avec le grand air, il vous permettra de vous rétablir complètement. – J’espère aussi que le voyage de Mrs. Coomaraswamy va s’être heureusement terminé.
Qui sait si je pourrai quelques jours aller en Amérique, ou même simplement retourner en Europe (pour peu de temps en tout cas) ? Je crois plus prudent de ne point faire de projets à longue échéance, et bien des raisons de toute sorte, dans les circonstances actuelles, ne me permettent guère d’envisager quelque voyage... Mais qui sait aussi si vous-même n’aurez pas quelque occasion de venir de ce côté ?
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.
René Guénon