Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 17 juin 1936

Cher Monsieur,

Merci de votre lettre du 2 juin, que je viens de recevoir aujourd’hui. Bien que je voie que vous n’avez pas non plus de renseignements directs et précis sur certains points, je n’en suis pas moins heureux de savoir ce que vous pensez d’Aurobindo Ghose. J’ai eu autrefois des amis qui l’avaient connu, mais cela remonte à une époque bien lointaine, et où il était encore mêlé à l’activité politique ; il a certainement beaucoup changé depuis lors... Ce que vous dites de lui, par comparaison avec certains autres “grands hommes” actuels, me paraît tout à fait juste. – Je viens d’apprendre que deux livres de lui (mais je ne sais pas lesquels) viennent d’être traduits en français, par quelqu’un que je connais d’ailleurs un peu, et qui doit aller dans l’Inde à l’automne prochain pour lui soumettre sa traduction.

Quant à Gandhi, j’ai bien eu toujours l’impression qu’une grande partie de ses idées était d’inspiration très occidentale ; mais cela se serait-il encore accentué en ces derniers temps ?

Je suis heureux de savoir que Mrs. Coomaraswamy est bien rentrée de son voyage et se trouve maintenant auprès de vous. Ce qu’elle vous a dit de l’état actuel de la mentalité dans l’Inde coïncide malheureusement avec l’impression que m’en avait donnée quelqu’un qui y a fait un séjour de quelques mois il y a deux ans environ. Il faut bien en effet, comme vous le dites, que l’obscurité s’étende partout avant que le Kali-Yuga prenne fin ; mais, depuis quelques années, cela va incroyablement vite !

Croyez, je vous prie, à mes sentiments bien cordiaux.

René Guénon

Recherche

Si vous souhaitez devenir mécène afin que
la traduction de ce texte paraisse plus tôt dans le corpus —
écrivez à l’éditeur par courriel
ou via Telegram.

Signaler une correction