Le Caire, 11 avril 1936
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir vos deux lettres des 26 et 27 mars, en même temps que Mr. Lennard me disait de son côté qu’il avait reçu aussi une lettre de vous et qu’il écrivait aussitôt à Harcourt Brace. Je vous remercie bien vivement d’avoir l’obligeance d’intervenir ainsi dans cette affaire, car je pense que personne ne peut mieux que vous trouver en Amérique un éditeur pour cette traduction du “Théosophisme”.
Je n’ai rien reçu jusqu’ici de Mrs. Coomaraswamy ; mais, si une lettre vient comme vous le pensez, je ne m’inquiéterai pas, puisque j’ai déjà l’explication.
J’ai reçu il y a une huitaine de jours l’article de Mr. Hocart ; son attitude est intéressante par le contraste qu’elle fait avec celle de la plupart des orientalistes. Il a certainement raison d’insister sur l’importance de l’élément rituel, mais, quand il parle de “priesthood” à cause de cela, c’est une interprétation inexacte : il croit, comme tous les Européens, que l’accomplissement des rites doit être uniquement le fait de “prêtres”, alors qu’en réalité il s’agit là du caractère “sacré” qu’a originairement toute fonction et même tout métier. – Je garde encore cet article pour y consacrer une note dans mes comptes rendus ; je ne manquerai pas de vous le retourner ensuite.
Votre “Buddhist Iconography” ne m’est pas arrivé encore, mais cela n’a rien d’étonnant ; je vous en remercie à l’avance.
Merci aussi pour les différentes choses que vous me signalez cette fois encore ; je demande tout de suite à Paris si on peut se procurer l’article du “Journal Asiatique”.
Je n’avais jamais entendu parler de Carl Hentze ni de ses ouvrages ; ceux-ci sont-ils publiés directement en français, ou s’agit-il de traductions ? Ce que vous me citez de l’appendice du premier est vraiment remarquable en effet ; mais je ne sais pas non plus qui est Herbert Kühn ; il faut dire d’ailleurs que je ne sais pas l’allemand... – Je vais tâcher de me procurer l’autre ouvrage : “Objets rituels, etc.”, qui vient de paraître ; mais voudriez vous m’indiquer quel en est l’éditeur ? Ce renseignement est indispensable pour que je puisse le faire demander par Chacornac.
Pour les rapprochements que vous relevez à propos de “moon”, et qui sont significatifs en effet, pensez-vous qu’il y ait lieu de faire une distinction entre deux racines mâ et man, dont les sens paraissent en tout cas bien voisins ?
J’ai bien l’intention de réunir en un volume mes articles sur les questions concernant l’initiation, quand je les aurai terminés, car il me reste encore quelques points à traiter. Il est possible aussi que je réutilise d’autres articles dans des ouvrages que j’ai en vue depuis longtemps ; malheureusement, c’est le temps qui me fait toujours défaut pour arriver à réaliser tous ces projets.
Croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon