Le Caire, 24 mai 1947
Cher Monsieur,
J’ai reçu il y a quelques jours l’envoi que vous m’aviez annoncé, contenant “Am I my Brother’s Keeper ?” et la “Review of Religion”, et je vous en remercie encore.
J’ai à vous remercier aussi d’avoir compris dans votre nouveau recueil votre étude sur mon œuvre ; je vois que vous y avez même fait quelques additions. – Pourriez-vous me dire qui est R. A. Parker, qui a écrit l’introduction et qui y parle aussi de moi ? Ce qui m’étonne un peu, après tout cela, c’est le peu d’empressement des éditions John Day à publier un de mes livres, à en juger par la lettre que vous m’avez communiquée dernièrement...
Depuis que vous m’aviez parlé de votre article “Gradation, Evolution, and Reincarnation” comme pouvant convenir pour les “É[tudes] T[raditionnelles]” et que je vous avais répondu affirmativement, je n’ai plus entendu parler de rien à ce sujet d’aucun côté, et pourtant il y a déjà longtemps de cela ; qu’en est-il donc advenu ? Je me demande si maintenant la reproduction de cet article dans le recueil ne risque pas de faire obstacle à cette publication projetée, à cause du “copyright” de l’éditeur ; vous seriez bien aimable de me faire savoir ce qu’il en est exactement. Je dois dire aussi que cette question de la publication dans les “É[tudes] T[raditionnelles]”, tant qu’elle reste ainsi en suspens, me gêne un peu pour parler du volume dans les comptes rendus, car je crois qu’il vaudrait peut-être mieux ne le faire qu’après.
Bien que le compte rendu de mes livres dans la “Review of Religion” ne soit pas de vous comme je l’avais cru, il est en somme très bien dans l’ensemble ; il y a seulement un point que je ne m’explique pas : je me demande quelles peuvent être les objections de l’auteur contre l’emploi des mots “tradition” et “métaphysique”, car il se contente de les déclarer “unhappy” sans en indiquer aucunement les raisons...
J’ai lu aussi avec intérêt, dans ce nº, votre compte rendu du livre posthume d’H. Zimmer. J’ai été surpris de voir d’autre part que celui-ci avait aussi écrit une étude sur Shrî Râmana, et que C. G. Jung s’était chargé d’en faire l’introduction, d’une façon tout à fait incompréhensive à ce qu’il semble. Je dois dire d’ailleurs que cette incompréhension ne m’étonne pas de sa part, après celle dont il avait déjà fait preuve dans le “Secret de la Fleur d’Or” !
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon