Le Caire, 5 juillet 1947
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 9 juin, et je suis bien peiné d’apprendre que vous venez d’être si sérieusement souffrant, alors que je croyais, d’après ce que vous m’aviez écrit précédemment, qu’il ne s’était agi que d’une simple indisposition passagère ; je vous adresse tous mes vœux de prompt et complet rétablissement. Vous ferez certainement mieux de vous ménager, quoique je ne comprenne que trop bien quel ennui doit être pour vous le retard qui en résulte pour vos travaux, surtout avec tout ce que vous voudriez pouvoir achever avant votre départ pour l’Inde ! – Beaucoup de personnes ont été malades ces temps-ci, et moi-même je me sens presque continuellement fatigué depuis plusieurs mois, si bien que je ne peux travailler que beaucoup plus lentement qu’à l’ordinaire...
Je vous ai accusé réception de “My Brother’s Keeper” il y a quelque temps déjà ; je vous remercie à l’avance pour les prochains envois que vous m’annoncez, et aussi pour ce que vous pourrez envoyer pour les “É[tudes] T[raditionnelles]” à M. Allar. Je n’ai jamais entendu dire que personne ait reçu “Gradation, Evolution, and Reincarnation”, que vous aviez proposé précédemment ; y avez-vous donc renoncé et préférez-vous donner autre chose ? Il aurait cependant été bon d’avoir quelque chose qui touche à la question de la réincarnation, car nous sommes souvent ennuyés par les gens qui affirment avec une incroyable assurance que cette idée entendue de la façon la plus littérale, fait partie intégrante de la tradition hindoue. Les attaques à ce sujet nous sont venues surtout, en ces dernières années, du Swâmî Siddhêshwarânanda, représentant en France de la Râmakrishna Mission, que vous connaissez peut-être, et qui d’ailleurs, d’après ce qu’on m’a rapporté, paraît vous être assez hostile également, sans que je sache au juste pour quelles raisons...
Merci de l’adresse de S. Yahya (Murray) ; je savais qu’il était maintenant en Angleterre, et je pense d’ailleurs que lui et S. Abdel-Hâdi (Kanefsky) doivent aller prochainement en Suisse pour y faire la connaissance de nos amis.
Je vois que décidément les difficultés actuelles de l’édition sont au moins aussi grandes en Amérique qu’en France, ce dont je ne me serais pas douté. Je connais depuis longtemps le nom de Harpers, et il serait sans doute très bien qu’il puisse éditer mes livres ; quel ennui seulement que, de ce côté aussi, il faille attendre si longtemps !
Je vous parlais dans ma dernière lettre du livre de H. Zimmer sur Shrî Râmana Maharshi, dont j’ai appris l’existence par la “Review of Religion” que vous m’avez envoyée. Je vais tâcher de voir si quelqu’un pourrait en faire un compte rendu pour les “É[tudes] T[raditionnelles]” ; je ne peux naturellement pas m’en charger moi-même, puisque je ne sais pas l’allemand.
Encore tous mes vœux de meilleure santé, chez Monsieur, avec mes bien cordiaux sentiments.
René Guénon