Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 4 mai 1947

Cher Monsieur,

J’ai été tout étonné en recevant votre lettre du 6 avril, alors que j’avais déjà répondu à celle du 19 ; la poste est toujours aussi irrégulière !

Je suis peiné d’apprendre que vous avez été souffrant dernièrement, mais je veux croire que votre santé est maintenant tout à fait rétablie.

J’espère recevoir bientôt l’envoi que vous m’annoncez, et dont je vous remercie à l’avance, de “Am I my Brother’s Keeper ?” (je crois comprendre qu’il s’agit d’un nouveau recueil de vos articles) et de la “Review of Religion” ; est-ce vous qui avez fait les comptes rendus de mes livres qui ont paru dans celle-ci ?

Je vous remercie pour la communication de la lettre de M. Walsh, qui malheureusement est fort peu encourageante. Je ne sais trop ce qu’il y aurait lieu de faire, mais vous pouvez vous en rendre compte beaucoup mieux que moi ; pensez-vous qu’il conviendrait, comme il le suggère d’ailleurs lui-même, de chercher dès maintenant quelque autre éditeur possible ? Puisqu’on semble craindre que la vente ne soit pas suffisante dès le début, vous pourriez peut-être signaler à l’occasion que, en France, le livre a été épuisé en moins de 2 mois, et qu’on a dû en faire aussitôt une 2e édition. – D’un autre côté, je ne sais toujours pas du tout où en est M. John Murray et si sa traduction est maintenant complètement terminée...

Ce que je ne comprends pas très bien, c’est que M. Pallis ait éprouvé le besoin de compliquer les choses en proposant de faire d’abord une édition de la “Crise du Monde moderne”. Je ne voudrais pas le lui dire, car il a naturellement d’excellentes intentions, mais je trouve que souvent il soulève bien des difficultés pour des choses qui ne me paraissent pas avoir autant d’importance qu’il leur en attribue.

Il est assez étonnant qu’on n’ait pas entendu parler directement de Gallimard, puisque, comme je vous l’ai peut-être dit précédemment, celui-ci assure avoir écrit il y a déjà plusieurs mois. C’est d’autant plus extraordinaire que M. Galvão, à qui il dit avoir écrit également vers la même époque pour la traduction portugaise de la “Crise”, n’a jamais rien reçu non plus. M. Allar a insisté pour qu’on écrive de nouveau, mais je ne sais pas si cela a été fait.

M. Préau, qui malheureusement est toujours assez fatigué, se déclare, à cause de cela, dans l’impossibilité de faire des traductions comme autrefois, car il ne peut travailler que très lentement. Je vous prierai donc de vouloir bien envoyer désormais vos articles destinés aux “É[tudes] T[raditionnelles]” à M. R. Allar, qui pourra facilement trouver quelqu’un pour les traduire, comme il l’a d’ailleurs fait déjà pour votre livre ; je crois que vous avez son adresse, mais je vous la redonne pour plus de sûreté : 12, rue Jules Moulin, Saint-Leu-la-Forêt (Seine-et-Oise). Bien entendu, si vous avez déjà envoyé quelque chose à M. Préau, celui-ci le transmettra à M. Allar, de sorte qu’il n’y a pas lieu de s’en inquiéter.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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