Le Caire, 18 février 1947
Cher Monsieur,
Votre fils est passé ici jeudi dernier avec MM. Pallis et Nicholson ; j’ai été très heureux de pouvoir les voir, mais ce n’a été que pour quelques instants seulement, et c’est bien dommage qu’il ne leur ait pas été possible de s’arrêter. Ils avaient quitté le bateau le matin à Port-Saïd, et ils sont allés le reprendre à Suez le soir même.
D’après ce que je viens d’apprendre de Paris, Gallimard dit avoir répondu il y a quelque temps déjà en envoyant ses conditions pour la traduction du “Règne de la Quantité”. Vous serez bien aimable de me faire savoir si cette réponse est bien parvenue, afin que, dans le cas contraire, on puisse faire écrire de nouveau. Je vous prierai aussi de me dire où cela en est maintenant et si les choses ont été définitivement arrangées avec l’éditeur que vous aviez en vue, car il y a longtemps que je n’ai plus rien su à ce sujet.
M. Nicholson m’a dit qu’il avait achevé la traduction d’“Autorité Spirituelle”, et que maintenant il avait commencé une nouvelle traduction de la “Crise du Monde moderne”, car il trouve que celle qui existe n’est pas très satisfaisante. Il espère pouvoir faire éditer d’abord cette traduction en Amérique (je ne sais si M. Pallis vous aura déjà parlé de cela), et aussi décider par la suite Luzac à la publier au lieu de rééditer l’ancienne traduction quand celle-ci sera épuisée. – Il paraît que la traduction d’“Orient et Occident” est déjà complètement épuisée maintenant.
Je viens d’apprendre la mort de M. Charbonneau-Lassay, survenue, juste au moment où il devait s’entendre définitivement avec Desclée pour la réimpression de son “Bestiaire” et pour l’édition du “Vulnéraire” qui doit faire suite à celui-ci. Ainsi, il n’aura malheureusement pas eu la satisfaction de voir paraître enfin ces ouvrages auxquels il avait travaillé pendant tant d’années...
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon