Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 15 juin 1946

Cher Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre du 16 mai ; j’ai dû vous récrire encore 2 ou 3 fois depuis le 10 avril.

Je suis content de savoir que vous avez reçu les 2 nouveaux volumes traduits. Je trouve la traduction de l’“Introduction” très bien ; je n’y ai relevé que quelques petites inexactitudes que j’ai signalées tout de suite à M. Pallis pour qu’il puisse les corriger en cas de réédition. Quant à “Man and his Becoming”, c’est dommage qu’il y soit resté un assez grand nombre de fautes d’impression ; surtout, l’indication des voyelles longues dans les mots sanscrits semble avoir été mise un peu au hasard.

Peut-être vous ai-je déjà dit que les “Principes du Calcul infinitésimal” sont parus ; je viens d’apprendre que la “Grande Triade” est sortie aussi, mais je ne l’ai pas encore reçue.

J’apprends aussi que Gallimard a fait connaître ses conditions pour les droits de traduction du “Règne de la Quantité” et qu’elles ont été communiquées à M. Pallis, qui devra se charger de vous en faire part ; il faut espérer qu’on arrivera facilement à une entente avec l’éditeur américain ; je vois que je ne m’étais pas trompé quant à l’identité de l’“Asia Press” et de John Day. – Dans tous les contrats qui pourront être faits, il faudra avoir bien soin de préciser que la part qui me reviendra sur les droits devra m’être envoyée directement ici, car il est absolument impossible de sortir de l’argent de France, et sans doute pour longtemps encore !

J’ai reçu le 4e nº des “É[tudes] T[raditionnelles]” ; le 5e doit être paru maintenant, car la correction des épreuves était terminée il y a déjà 3 semaines.

Merci d’avoir compris votre étude sur mon œuvre dans votre nouveau volume. – M. Pallis nous a dit dernièrement que vous aviez en préparation un travail sur les castes ; est-il contenu aussi dans le même volume, ou s’agit-il encore d’autre chose ? À propos des castes, il nous a fait part d’une remarque de vous au sujet de l’origine des Shûdras, dont il y aura lieu de tenir compte ultérieurement ; je ne peux malheureusement plus me rappeler d’où j’avais tiré la version différente que j’ai indiquée.

La dérivation étymologique et l’interprétation du Nirukta peuvent assurément coïncider, mais, pour purusha, je pensais que l’étymologie le rattachait à puru et non à pura ; il est vrai que la racine du moins est la même dans les 2 cas.

La similitude que vous signalez entre les rites de l’ordination bouddhique et ceux de l’installation royale est très intéressante. Quant à la pratique du changement de nom, elle est sûrement d’origine initiatique, mais il ne faut pas oublier qu’elle est placée quelquefois dans le domaine exotérique, notamment dans le cas des ordres religieux chrétiens. À ce propos, un point qui serait encore important à fixer est celui-ci : l’ordination bouddhique s’est-elle jamais faite publiquement, ou bien toujours en présence des seuls membres du Sangha ?

M. Pallis nous a déjà parlé plusieurs fois de votre fils, dont il fait les plus grands éloges ; d’après ce que vous dites, nous espérons que peut-être nous le verrons ici avec lui assez prochainement.

L’ignorance dont vous parlez, en Amérique, ne m’étonne pas du tout ; pour les soldats américains, on a constaté la même chose ici que dans l’Inde, et on a eu en général l’impression d’une mentalité véritablement enfantine !

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

Recherche

Si vous souhaitez devenir mécène afin que
la traduction de ce texte paraisse plus tôt dans le corpus —
écrivez à l’éditeur par courriel
ou via Telegram.

Signaler une correction