Le Caire, 24 avril 1946
Cher Monsieur,
Je viens de recevoir enfin des articles de vous, et je me demande s’il ne s’agirait pas de l’envoi annoncé depuis si longtemps et que je croyais perdu. En effet, cet envoi a bien failli ne pas m’arriver, l’adresse étant incomplète : vous aviez oublié d’inscrire Gizah, de sorte qu’on a dû chercher un peu partout, au Caire et peut-être ailleurs encore, et qu’il est finalement revenu, je ne sais au bout de combien de temps, à la poste restante où M. Lings l’a trouvé hier.
Du reste, pour que vous puissiez vous rendre compte de ce qu’il en est, voici la liste de ce que j’ai trouvé dans l’enveloppe : “Lîlâ” ; “On Being in One’s Right Mind” ; le nº du “Journal of Philosophy” contenant “Play and Seriousness” ; “On the Loathly Bride” ; “Spiritual Paternity and the Puppet-Complex”, et un autre extrait de “Psychiatry” contenant le compte rendu d’un livre de John Layard.
Ce qui me laisse pourtant un doute, c’est qu’il n’y a pas “The E at Delphi”, que, si je me souviens bien, vous m’aviez dit mettre dans le même envoi. – En tout cas, merci encore.
J’ai trouvé aussi dans l’enveloppe le papier ci-joint, dont je ne comprends pas du tout à quoi il peut se rapporter ; sans doute est-ce simplement une note qui se sera glissée là par mégarde...
Il paraît que les “Principes du Calcul infinitésimal” ne sortiront qu’à la fin de ce mois-ci ; je ne sais pas du tout quelle a pu être la raison de ce retard.
Le 4e nº des “É[tudes] T[raditionnelles]” devrait être paru, mais je ne sais encore rien à ce sujet ; du reste, il n’est venu cette semaine aucun courrier de France. – J’ai commencé, pour le 6e nº, à préparer quelque chose sur le symbolisme de la “chaîne des mondes” ; dans la suite (car ce serait trop long pour paraître en une seule fois), j’utiliserai les renseignements que vous m’aviez envoyés en 1940 au sujet d’“aksha-mâlâ”.
M. Pallis a quitté la Suisse, et, comme il ne devait s’arrêter cette fois encore qu’un seul jour à Paris, il est probablement déjà rentré maintenant à Liverpool.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.
René Guénon