Le Corpus minskois de René Guénon

Paris, le 15 octobre 1916

Mon cher ami,

J’ai bien reçu vos deux lettres contenant les billets d’Amiens et de Rennes, dont je vous remercie. Depuis la dernière liste que je vous envoyée, j’ai reçu aussi d’autre part les billets de St Dizier (50c. et 1f.) et de Nevers (50c. et 1f.).

Saint-Germain est en effet très recherché à cause de sa proximité de Paris ; en ce moment, les communications sont un peu plus difficiles qu’en temps normal, les trains mettent 1 heure au lieu de 35 minutes, mais c’est encore très faisable. Avec le métro, cela me fait 20 h. de trajet par semaine pour 12 h. de classe, mais j’aime tout de même mieux cela que d’être à Tulle, surtout pendant l’hiver qui, paraît-il, y est très rigoureux.

J’avais déjà reçu la réclame de Durville ; naturellement, le prétendu “Magnétisme Hindou” n’a absolument rien d’hindou, et tout cela n’est nullement sérieux.

La traduction de Max Müller ne comprend en effet que le texte des Upanishads sans les commentaires ; il y a bien quelques notes, mais les interprétations qui y sont données ne sont pas toujours des plus heureuses.

Le mot rich, qui vient de rig en composition, est primitivement une racine verbale qui signifie louer, exalter, et aussi briller, resplendir ; ce dernier sens peut suggérer un rapprochement avec le titre du Zohar. – Rich est aussi la racine des mots rishi et riksha ; ce dernier signifie étoile, et, plus particulièrement, sapta-riksha est le nom sanscrit de la Grande Ourse (qui est aussi, symboliquement, la demeure des rishis).

Quant à la démission de Synésius, je n’en pense pas grand’chose, sinon que sa lettre, dont Mme de Chauvigny a dû vous envoyer la copie, est de quelqu’un qui est vraiment bien malade (mentalement, bien entendu). Je ne vois aucune nécessité à lui désigner un successeur ; pour ce qui est de nommer un président à chaque réunion du Synode, il faudrait d’abord que ces réunions aient lieu, ce dont je doute fort. D’une façon générale, je ne suis pas plus que vous partisan du principe de l’élection ; mais, à mon avis, le mieux est de laisser la chose complètement “en sommeil”, et, si elle devait être reprise un jour ou l’autre, il faudrait que ce soit tout autrement que sous cette forme d’“Église” dont, pour ma part, je ne vois pas du tout la raison d’être, car ce n’est jamais sur ce terrain-là qu’on fera quelque chose de sérieux.

Excusez-moi d’avoir tardé à vous répondre à cause de mes nouvelles occupations, et recevez nos meilleurs souvenirs pour Madame Genty et pour vous.

René Guénon

P. S. : Vous ne me parlez pas de votre santé ; vos rhumatismes ne vous font-ils pas trop souffrir en ce moment ?

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