Paris, 16 septembre 1916
Mon cher ami,
Je viens en effet d’être nommé professeur de philosophie au lycée de Tulle. Il n’y a qu’un ennui à cela, c’est que cette ville est un peu éloignée de Paris, mais je pourrai peut-être trouver ensuite un autre poste plus rapproché. En tout cas, nous reviendrons toujours un peu à Paris pendant les vacances.
Si vous venez en permission pendant mon absence, comme c’est probable, et si vous voulez alors prendre l’ouvrage de l’abbé Gombault, faut-il que je le dépose chez Mme de Chauvigny ? Faut-il que je fasse la même chose pour les ouvrages de Matgioi, dans le cas où votre camarade se déciderait à les acheter ?
Vous pourrez cette fois me répondre à Paris, car nous y rentrerons mardi prochain, et nous pensons y rester une huitaine de jours avant de repartir pour Tulle.
Merci pour les billets que vous m’annoncez ; comme j’en ai eu encore quelques-uns depuis la dernière fois que je vous ai écrit, je joins à cette lettre la liste de tous ceux que j’ai actuellement.
Voici l’adresse d’un libraire à Benares, que vous m’aviez demandée :
Mr Hari Krishna Das Gupta Vidyâ-Vilâsa Press,
Benares
Pour les autres renseignements, voici la réponse que je viens de recevoir d’un professeur de l’université de Bombay : “Autant que je sache, M. Thibaut n’a jamais publié les textes des œuvres de Shankarâchârya; mais il a publié une traduction de son commentaire sur les Vedânta-Sutrâs, dans les “Sacred Books of the East series”. – Quant à une école “Shaiva”, j’ai vu le premier volume du commentaire; mais je regrette de ne pas m’en souvenir, aussi je ne peux rien dire de sa valeur. – Il y a une bonne édition de tous les ouvrages de Shankarâchârya imprimée à Vânî-Vilâsa Press, Kumbhakonam. Je crois qu’elle se compose de 25 volumes.”
Si j’ai encore d’autres renseignements, je vous les communiquerai. En tout cas, pour ce qui est de Thibaut, il semble bien qu’il n’y ait pas autre chose de lui que les volumes des “Sacred Books of the East” dont vous me parlez dans votre dernière lettre.
Dans le Sud de l’Inde, on parle toujours de 108 Upanishads, mais il y a de bonnes raisons de penser que c’est là un nombre symbolique (108 = 22 × 33).
Je crois que vous avez raison d’avoir plus de confiance dans les traductions du début du XIXe siècle, malgré leurs imperfections, que dans celles de maintenant. Quant à la traduction d’Anquetil-Duperron, outre qu’elle n’est pas faite directement sur le texte sanscrit, elle est écrite dans un latin à peu près inintelligible ; vous savez sans doute que c’est là tout ce que Schopenhauer a connu des doctrines hindoues.
Je ne me serais assurément pas douté qu’un travail sur Boehme avait pu paraître dans le “Magasin Pittoresque”. Je n’ai jamais entendu parler non plus de l’article publié sur le même sujet dans la “Revue de Paris”, et le nom de Nicolas ne me rappelle absolument rien ; j’ai donc le regret de ne pouvoir vous renseigner là-dessus.
Nos meilleurs souvenirs.
René Guénon