Le Corpus minskois de René Guénon

Champigny-sur-Vendée, 6 septembre 1916

Mon cher ami,

Merci pour les billets que vous m’avez envoyés dans votre dernière lettre. Pour l’Ille-et-Vilaine, c’est bien celui de 50 c. que j’ai ; si je vous avais dit précédemment que c’était celui de 1 f., c’est que je m’étais trompé.

D’autre part, depuis que je vous ai écrit, j’ai eu les billets suivants :

Angoulême – 1f.

Honfleur – 1f.

Limoges – 50c.

Évreux – 50c. et 1f.

La Roche-sur-Yon – 50c.

Nantes – 2f.

Lyon – 50c. et 1f.

Lorient – 2f.

Tours – 1f.

Vous serez bien aimable de penser aussi aux billets de Nice que vous m’avez promis.

Dans ce que vous me dites au sujet des emblèmes celtiques, il y a certains détails que je ne connaissais pas. Ce qui se rapporte au Dragon est très curieux et rappelle en effet beaucoup de traditions extrême-orientale ; ce rapprochement ne doit pas être purement accidentel. Pour le bleu, c’est la couleur céleste, celle des “Eaux supérieures” ; il ne doit pas y avoir d’autre raison que celle-là.

L’ouvrage de Max Müller contient la traduction de 12 Upanishads : Chhândogya, Kena, Aitareya, Kamhûtaki, Îshâ, Katha, Mundaka, Taittirîyaka, Brihad-Âranyaka, Shvetâshwatara, Prashna, Maitri. Ce sont d’ailleurs les plus importantes. Je crois que Deussen en a traduit 60.

Je ne connais pas la traduction de Röer; je sais qu’il a vécu dans l’Inde, mais ce n’est pas toujours une garantie suffisante : les Théosophistes en sont la preuve.

Je ne trouve pas la traduction des “Védânta Sûtra” dans la liste des 24 premiers volumes des “Sacred books of the East” ; elle a sans doute parue à une date plus récente. – Max Müller avait annoncé une continuation de sa traduction des Upanishads, mais elle n’a jamais paru ; il n’y a que les 2 volumes qui contiennent ce que je vous ai énuméré plus haut.

Il y a certainement dans Boehme des choses compréhensibles et intéressantes ; mais ne croyez-vous pas qu’il faut se donner bien de la peine pour arriver à les dégager ? Et y trouverait-on quelque chose de plus que ce qu’on a ailleurs plus facilement et exposé d’une façon plus nette ? Les mystiques ont le plus souvent une tendance bien fâcheuse à la divagation : voyez Swedenborg par exemple ; et puis il y a toujours chez eux quelque chose d’incomplet, sans compter que le point de vue spécial auquel ils se placent n’est pas acceptable pour tout le monde.

Je ne savais pas que Sédir avait prétendu avoir approfondi la doctrine de la Chine, de l’Inde et de l’Égypte ; je regrette pour lui qu’il ait écrit cela, car, pour celles de la Chine et de l’Inde tout au moins, et de la Chine surtout, je suis au contraire tout à fait certain qu’il n’en a qu’une connaissance fort vague. Il avait commencé à étudier l’Inde, mais il n’a pas continué, et d’ailleurs il a à cet égard un parti pris qui l’empêche de comprendre bien des choses.

Je ne vous écris pas plus longuement aujourd’hui, car je suis assez pressé, ayant pas mal de correspondance en retard. – Nous serons ici jusqu’à la fin de la semaine prochaine ; vous pourrez donc m’y écrire jusque-là.

Nos meilleures amitiés.

René Guénon

Le Portail, Champigny-sur-Vendée (Indre-et-Loire).

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