Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 2 mai 1936

Mon cher ami,

J’ai reçu votre lettre hier ; le courrier est bien irrégulier en ce moment...

Clavelle semble tout de même un peu mieux en ce moment ; mais je vois que l’état de santé n’est pas très brillant pour les uns et les autres. Cette maladie de foie de Tamos est bien extraordinaire ; ses expériences psychiques d’autrefois n’y seraient-elle pas pour quelque chose ? Clavelle m’a parlé de ses projets d’ouvrages “romancés” ; je me demande ce que cela pourra être au juste...

Je pense qu’Eckhart est en réalité tout autre chose qu’un mystique ; peut-être en est-il de même aussi de Tauler, quoique je n’en aie qu’une idée plus vague. – Je ne me doutais pas que Vergnes s’était mis à étudier Tauler ; quant à Biag., je crois bien, d’après ce que vous me dites, qu’il n’y a guère d’espoir qu’il change jamais !

Si l’histoire des “influx stellaires” vient simplement de Caslant, ce n’est pas une référence bien sérieuse au point de vue traditionnel ; mais où Caslant lui-même a-t-il pris cela, qu’il ne doit tout de même pas avoir inventé entièrement ?

Vous m’aviez dit en effet que Vulliaud préparait un ouvrage sur le Thomisme ; mais pourquoi entreprend-il tant de choses disparates ? Je ne le savais pas si malade ; y a-t-il longtemps qu’il souffre ainsi de l’estomac ?

Clavelle me dit que vous avez déjà fait une partie de votre travail pour le nº sur le Celtisme et que cela promet d’être très intéressant. Pour ma part, je n’ai pas encore eu le temps de penser à ce que je pourrai faire ; il faut toujours que je m’occupe d’abord du travail de chaque mois, et je viens seulement de commencer celui de juin...

Les articles du “Speculative Mason” sur les Culdees sont une étude purement historique ; je ne crois pas que cela puisse vous apprendre grand’chose que vous ne sachiez déjà.

Merci de vos explications sur cette extraordinaire histoire de Dermenghem, dont Clavelle m’avait en effet dit un mot ; quand cela est-il donc arrivé ? Que peut bien être ce personnage inconnu qui l’a ainsi abordé dans la rue ? Le plus beau là-dedans, c’est l’histoire de l’“empereur des Indes” ; une pareille énormité dépasse vraiment tout ce qu’on peut imaginer ! Je ne sais ce qu’il peut y avoir au juste sous cette affaire et d’où cela peut venir ; mais, en tout cas, c’est encore une preuve que les manœuvres suspectes n’ont pas cessées ! – Je ne sais pas du tout quelle est la forme d’une croix dominicaine ; en quoi ressemble-t-elle à une croix templière ?

Il est possible qu’Eugène de Beauharnais ait eu quelque parenté avec les Bourbons sans être pour cela Louis XVII ; mais qu’est-ce dont que ces histoires des Bourbons du Canada et de l’Inde ? Je ne me souviens pas d’en avoir jamais entendu parler.

Je ne sais vraiment pas si on peut tirer quelque chose du rapprochement des noms de Saint-Germain et Saint-Martin, d’autant plus que, pour le 1er tout au moins, il semble bien s’agir de quelque chose qui ne se rapporte pas exclusivement à la France. – Il est possible que la correspondance de Claude de Saint-Martin contienne des éclaircissements sur bien des points, mais où se trouve maintenant ce qui n’a pas été publié ?

Bien cordialement à vous.

René Guénon

Recherche

Si vous souhaitez devenir mécène afin que
la traduction de ce texte paraisse plus tôt dans le corpus —
écrivez à l’éditeur par courriel
ou via Telegram.

Signaler une correction