Le Caire, 2 août 1935
Mon cher ami,
Reçu avant-hier votre lettre du 18 juillet, qui s’est croisée avec la mienne du 29.
J’ai trouvé le livre de Gervais de Laprise, et, chose curieuse, j’ai l’impression de ne l’avoir jamais vu avant cela ! Je vais donc tâcher de le lire dès que j’aurai un peu de temps libre, et je vous le renverrai ensuite ; ce sera toujours plus facile que pour l’“Archéomètre”, pour lequel je ne vois pas encore de solution...
J’ai envoyé hier à Chacornac mon travail pour le nº sur l’Inde ; j’ai fait quelque chose sur la théorie des éléments, grâce à d’anciennes notes retrouvées dans mes papiers et qui étaient destinées à servir à mon travail, toujours en projet, sur les conditions de l’existence corporelle.
Ce que vous me rapportez de votre conversation avec V. semble indiquer en effet que Chacornac parle de façon différente suivant les gens ; dans ces conditions, il est bien difficile de savoir ce qu’il pense en réalité, ...si toutefois il pense quelque chose ! Il est d’ailleurs possible qu’il regrette toujours l’ancien “Voile” ; pourtant, le fait qu’il me demande de donner plus d’articles ne semble pas indiquer qu’il ait l’intention d’y revenir actuellement. Au fond, je crois qu’on ne comprendra jamais très bien ce qui se passe dans sa tête, mais que l’important est surtout de ne pas trop le laisser livré à lui-même, pour qu’il ne se forge pas un tas d’idées dont sûrement nous ne pourrions rien attendre de bon...
Je vois que Mme Britt recommence à faire des dons aux astronomes, mais bien réduits en comparaison de ceux d’autrefois ; ses moyens ne doivent plus être les mêmes non plus...
Il était bien dit en effet dans le “Symbolisme” que le manuscrit de Sédir, reproduit en fac-simile, n’était pas mis dans le commerce ; je me demande aussi quelles peuvent bien être les vraies raisons de ce procédé.
Est-ce vous qui m’aviez déjà parlé du scorpion comme symbole du peuple juif, ou ai-je vu cela ailleurs ? Cela me rappelle quelque chose que je n’arrive pas à préciser... – Quel est donc l’auteur de l’ouvrage qui a paru sur ce sujet ?
Il n’y a que dans la Maç∴ américaine qu’on donne parfois les 3 grades symb∴ en même temps ; encore le droit en est-il réservé exclusivement au G∴ M∴ ; cela s’appelle ”making Masons at sight”. Partout ailleurs, il y a des délais déterminés, mais du reste variables suivant les Obédiences.
Je me demande ce que va donner la question posée au sujet du Graal. – J’ai vu dernièrement dans une revue anglaise que l’“île de verre” serait Glastonbury, que certains identifient aussi à Avallon ; que pensez-vous de cela ?
Bien cordialement à vous.
René Guénon
P. S. En y repensant, je crois bien que c’est Préau qui m’avait parlé autrefois de quelque chose au sujet du scorpion.