Blois, 26 août 1926
74, rue du Foix
Mon cher ami,
J’ai bien reçu vos deux lettres, et, si je n’y ai pas répondu plus tôt, c’est qu’il fallait d’abord que je termine mon travail sur saint Bernard, qui devait être envoyé avant la fin du mois ; enfin, j’ai pu en venir à bout, et je l’ai expédié hier.
J’ai en effet envoyé un n° de “Regnabit” directement à Michelet comme vous le pensiez ; j’en ai aussi envoyé un à Vulliaud, puisque je l’ai cité dans mon article, et je ferai de même pour le suivant où je le cite encore.
Je pense que vous avez raison au sujet de l’ouvrage de Philalèthe ; il faudrait revoir cela de plus près. Du reste, je pense que tout le symbolisme alchimique peut s’interpréter, comme vous le dites, dans un autre sens que celui de l’alchimie minérale, ce qui, bien entendu, ne veut nullement dire qu’il faille exclure celui-ci.
Merci de m’avoir communiqué la lettre de Warrain ; sa proposition est très aimable à mon égard, mais, malheureusement, vous savez que mon temps est déjà bien pris, de sorte que je ne sais trop s’il me sera possible d’accepter. Enfin, on reparlera de cela ; il n’y a rien qui presse. Je me demande, d’après ce qu’il dit, si l’examen du thème astrologique est considéré comme une condition d’admission ; je vous avoue que, s’il en est ainsi, je trouve qu’un tel critérium est bien peu sûr en ce qui concerne la valeur intellectuelle des gens ; mais peut-être ne demande-t-on ce thème qu’à titre simplement documentaire ? – En tout cas, si vous avez l’occasion d’écrire à Warrain, vous serez bien aimable de lui donner mon adresse ; je croyais bien qu’il l’avait. Je pense que les nos de “Regnabit”, que je lui envoie régulièrement, lui parviennent toujours, bien que je les adresse à Paris. Je serais content de le revoir ; peut-être cela sera-t-il possible à la rentrée.
Merci de tous vos renseignements sur la Syrie, le mont Hermon, etc. ; tout cela est très intéressant et me servira sûrement quelque jour. Si la Syrie dont il s’agit était au-delà d’Ogygie, ne serait-elle pas identique à Tulé ? Il n’est pas étonnant que ce nom de Syrie ait pu désigner des contrées diverses, surtout s’il a un rapport avec le Soleil ; c’est comme les noms d’Héliopolis, Thèbes, etc., et je crois même que cette pluralité d’applications des mêmes désignations est quelque chose d’assez général, ce qui est bien fait pour embrouiller les géographes et les historiens.
On m’a parlé ces jours-ci d’un argument astrologique employé au moyen-âge, notamment par Guillaume d’Auvergne, pour prouver la vérité du Christianisme par la considération de certaines conjonctions planétaires, et on m’a demandé où il serait possible de trouver des explications à ce sujet. Je n’ai jamais entendu parler de cela, mais j’ai pensé que vous sauriez peut-être de quoi il s’agit.
Je n’ai jamais vu nulle part le nom de Goddé ; je ne me serais pas douté que c’était le même que Georges Montière ; lequel était son véritable nom ?
Dans le dernier n° du “Voile d’Isis”, Tamos fait allusion à un travail de Gervais de Laprise sur les correspondances numériques et alphabétiques des signes du Zodiaque ; connaissez-vous cela ?
J’ai trouvé dernièrement l’indication d’un ouvrage dont le titre a quelque chose d’assez singulier : O’Donovan, “Annals of the Kingdom of Ireland, by the Four Masters, from the earliest period to the year 1616” (2 vol. in 4°, Dublin, 1848-51). Faut-il comprendre que ces Annales auraient été rédigées par les “quatre Maîtres” eux-mêmes, et cela jusqu’à une époque si récente ?
Nous partons demain pour Loudun ; il faut que nous soyons revenus ici à la fin de la semaine prochaine, mais j’espère tout de même trouver le temps d’aller avec Charbonneau voir les signes de Chinon.
Bien cordialement à vous.
René Guénon