Le Corpus minskois de René Guénon

Chiché (Deux-Sèvres), 31 août 1925

Mon cher ami,

Votre lettre m’est parvenue ici où nous sommes pour quelques jours. Je suis fort heureux de savoir que la lecture de mon livre vous a si complètement satisfait ; tout cela était en effet assez difficile à exposer clairement. Certains trouvent que la présence des termes sanskrits peut être une gêne pour beaucoup de lecteurs ; je crois cependant qu’il n’était guère possible de ne pas les donner dans le texte même, et que d’ailleurs ils sont suffisamment expliqués pour qu’il n’y ait pas besoin de connaître la langue pour comprendre.

Ânandamaya-Kosha et Kârana-sharîra sont bien une seule et même chose, dans des répartitions différentes des éléments composant de l’être humain. D’autre part, ce que vous dites de leur identification à Buddhi est très juste aussi ; c’est bien toujours de la manifestation informelle ou supra-individuelle qu’il s’agit.

Il est certain qu’il y aurait encore bien d’autres correspondances à relever, et tout aussi intéressantes, que celles que j’ai signalées ; le sujet est sans doute presque inépuisable.

On m’a écrit ces jours-ci qu’il y avait eu un petit compte rendu dans le “Symbolisme” ; je me demande ce que Wirth a bien pu dire.

Ce que vous me dites à propos de l’angélologie est bien curieux, mais je crois qu’il y a de nombreuses variantes dans les représentations picturales et autres ; il serait intéressant de voir cela de plus près. – Non, je ne connais pas du tout cette “Kabbale des Psaumes” dont vous me parlez ; n’a-t-elle jamais existé qu’en manuscrit ? – Je ne connaissais pas non plus ce que vous me dites d’une ville appelée “Luz” ; où avez-vous trouvé ce renseignement ? C’est toujours, sous un nom ou sous un autre, la “Terre des Vivants”.

Vulliaud n’a pas tort de dire qu’il faut se défier de l’imagination ; mais, d’un autre côté, il ne faut pas confondre intuition et imagination. Ce qui risque de causer cette confusion, c’est l’abus qu’on fait de nos jours du mot intuition, qui sert à désigner n’importe quoi, sauf la véritable intuition. – Pour la doctrine traditionnelle, quand on trouve partout des indications concordantes, l’imagination n’y est pour rien.

Charbonneau m’a écrit qu’il avait reçu votre cliché, mais il paraît que la sculpture y est très petite ; j’espère qu’il pourra s’en servir tout de même. Je vais le voir très prochainement, car nous serons à Loudun jeudi et nous y passerons quelques jours avant de rentrer à Blois, où nous resterons encore jusqu’à la fin de septembre ou aux premiers jours d’octobre

Bien cordialement à vous.

René Guénon

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