1938
Prof. Léo Frobenius and Douglas C. Fox. Prehistoric Rock Pictures in Europe and Africa, from material in the archives of the Research Institute for the Morphology of Civilization, Frankfort-on-Main. (The Museum of Modern Art, New-York.) – Dans ce volume publié à l’occasion d’une exposition, ce qui est pour nous plus particulièrement digne d’intérêt, à part les nombreuses reproductions dont il est illustré, c’est l’historique des difficultés que rencontra la reconnaissance des premières découvertes de peintures préhistoriques, que les « savants » nièrent obstinément pendant des années, parce que, à leurs yeux, il ne pouvait pas avoir existé de civilisation, ni par conséquent d’art, à des époques aussi lointaines ; il y a là, un bel exemple de la force de certains préjugés ! La raison de ces négations, au fond, c’est que « la mentalité occidentale était pénétrée de la conviction que la culture de notre époque était la plus haute que l’homme ait jamais atteinte, que les cultures plus anciennes ne pouvaient en aucune façon être comparées à la grandeur de l’existence scientifique moderne, et surtout, que tout ce qui s’était développé avant le commencement de l’histoire ne pouvait être regardé que comme « primitif » et insignifiant en comparaison de la splendeur du XIXe siècle ». On ne saurait mieux dire ; et, au surplus, nous ne croyons pas que cette mentalité ait beaucoup changé depuis lors, même si, dans certains cas particuliers comme celui dont il s’agit, elle a finalement été obligée de s’incliner devant des évidences par trop incontestables. – Toute question d’appréciation « esthétique » à part, l’interprétation de ces peintures, appartenant à des civilisations sur lesquelles on n’a guère d’autres données, est naturellement fort difficile, voire même souvent tout à fait impossible, sauf dans les cas où une signification rituelle se laisse deviner plus ou moins complètement. Notons qu’une figure trouvée dans le Désert Lybique ressemble d’une façon tout à fait frappante à une représentation « typhonienne » de l’ancienne Égypte ; mais, par une curieuse méprise, elle est donnée comme étant celle du « dieu à la tête de chacal », alors que, en réalité, celui-ci est Anubis et non pas Set ; en fait, il s’agit, aussi nettement que possible, du « dieu à la tête d’âne », dont il est assez intéressant de constater ainsi la présence dès les temps préhistoriques.
H. de Vries de Heekelingen. L’Orgueil juif. (Revue Internationale des Sociétés Secrètes, Paris). – Ce livre est d’un caractère trop « politique » pour qu’il soit possible d’en parler longuement, et nous devons nous borner à formuler, à son propos, une remarque d’une portée beaucoup plus générale : c’est que ce qu’on appelle ici l’« orgueil juif » ne nous paraît pas représenter quelque chose d’aussi exceptionnel qu’on veut bien le dire ; au fond, l’attitude des Juifs vis-à-vis des Goyim est-elle bien différente de ce qu’était, par exemple, celle des Grecs vis-à-vis des « Barbares » ? En principe, d’ailleurs, tous les cas de ce genre peuvent très bien s’expliquer par la nécessité, pour éviter tout mélange illégitime entre des formes traditionnelles diverses, de donner fortement aux adhérents de chacune d’elles le sentiment d’une différence entre eux et les autres hommes ; la nature humaine étant ce qu’elle est, cette différence n’est que trop facilement prise pour une supériorité, du moins par le vulgaire qui ne peut en connaître la véritable raison profonde, ce qui amène forcément, chez celui-ci, la dégénérescence de ce sentiment en une sorte d’orgueil et il est même compréhensible que cela se produise surtout quand il s’agit d’une collectivité rigoureusement « fermée », comme celle à laquelle est destinée la tradition judaïque… Mais, au fait, pourquoi ne parle-t-on pas de l’« orgueil européen », qui est bien certainement le plus insolent de tous, et qui, lui, ne saurait trouver l’ombre d’une justification ou d’une excuse dans des considérations d’ordre traditionnel ? – Nous ajouterons seulement une observation sur un point de détail : l’auteur croit à tort (et il n’est certes pas le seul !) que le « sceau de Salomon » (appelé aussi « bouclier de David », mais non « sceau de David » comme il le dit) est un symbole spécifiquement juif, alors que, en réalité, il appartient tout autant à l’Islamisme et même à l’hermétisme chrétien qu’au Judaïsme. Il signale, à ce sujet, que, dans les armes de la ville de Privas, trois fleurs de lys auraient été remplacées récemment par « trois étoiles juives (sic) à six branches » ; nous ne savons si le fait est exact, mais, en tout cas, ce dont il est assurément bien loin de se douter et qui rend la chose vraiment amusante, c’est que les deux symboles sont fort près d’être équivalents, étant construits l’un et l’autre, de même encore que le Chrisme, sur un seul et même schéma géométrique, celui de la roue à six rayons ; et cela montre une fois de plus qu’on ferait bien de s’abstenir de toucher à certaines questions quand on ne possède pas tout au moins quelques notions élémentaires de symbolisme !
1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)