1939
Frédéric Portal. Des couleurs symboliques dans l’antiquité, le moyen âge et les temps modernes. (Éditions Niclaus, Paris). – Ce livre, qui date exactement d’un siècle, était depuis longtemps devenu à peu près introuvable ; la réédition qui vient d’en être faite est d’autant plus opportune qu’il est demeuré jusqu’à maintenant, en français tout au moins, le seul ouvrage traitant spécialement du symbolisme des couleurs. Son intérêt ne réside d’ailleurs pas uniquement dans les considérations de détail et l’abondante documentation qu’il renferme sur ce sujet ; ce qui est peut-être plus important encore, c’est qu’il se présente comme l’application d’une idée fondamentale dont la portée, ainsi que le font remarquer les éditeurs dans leur avant-propos, dépasse de beaucoup le cadre indiqué par le titre, et qui est « l’idée d’une Révélation primitive et parfaite déposée dans le berceau de l’humanité et qui aurait donné naissance à toutes les doctrines traditionnelles qui ont alimenté sa vie spirituelle au cours des âges ». C’est ce que Portal lui-même affirme de la façon la plus nette dans sa conclusion : « Un grand fait, dit-il, domine les recherches que je soumets au monde savant : l’unité de religion parmi les hommes, et comme preuve, la signification des couleurs symboliques, la même chez tous les peuples et à toutes les époques ». D’autre part, considérant que toute doctrine, en s’éloignant de la perfection originelle, ne peut qu’aller en se dégradant et en se matérialisant de plus en plus, il distingue comme trois étapes successives dans cette dégradation, et il y fait correspondre, dans la signification des symboles, trois degrés qui constituent respectivement ce qu’il appelle la « langue divine », la « langue sacrée » et la « langue profane ». La première, d’après la définition qu’il en donne tout d’abord semble être pour lui réellement primitive et antérieure à la distinction du sacerdoce et de la royauté ; la seconde « prend naissance dans les sanctuaires », à la suite de la constitution du sacerdoce proprement dit ; enfin, la dernière n’est plus que l’« expression matérielle des symboles », en connexion avec la dégénérescence « idolâtrique » due à l’incompréhension du vulgaire. Il y a toutefois quelque flottement dans l’application qu’il fait de ces principes : il semble parfois que ce soit plutôt ce qu’il rapporte à la première « langue » qui ait un caractère vraiment « sacerdotal », tandis qu’il fait rentrer dans la seconde bien des choses dont le caractère pourrait par contre être dit « royal », notamment tout ce qui concerne le blason ; et, d’autre part, tout ce qu’il qualifie de « profane » ne l’est pas strictement et ne répond pas à la définition précédente ; la distinction n’en est pas moins valable en elle-même, et il pourrait y avoir intérêt, pour quelqu’un qui voudrait faire une nouvelle étude sur le même sujet, à la reprendre d’une façon plus rigoureuse. Un autre point qui est particulièrement digne d’être noté, c’est que l’auteur a reconnu et exprimé formellement le fait que les symboles présentent en général deux significations contraires ; c’est ce qu’il appelle la « règle des oppositions », et il en montre de nombreux exemples dans l’usage qui a été fait des différentes couleurs qu’il étudie successivement. Quant aux réserves qu’il y aurait lieu de faire sur certaines de ses interprétations, elles tiennent surtout, au fond, à deux raisons principales : l’une est une information insuffisante ou inexacte sur les doctrines orientales, fort excusable d’ailleurs à l’époque où le livre a été écrit ; l’autre est une influence swedenborgienne assez fortement marquée, et, en matière de symbolisme comme à bien d’autres égards, Swedenborg est loin d’être un guide parfaitement sûr. Malgré ces défauts, un tel ouvrage, redisons-le encore, n’en est pas moins du plus grand intérêt, et même indispensable à tous ceux qui, à un titre quelconque, s’intéressent au sujet qu’il traite, puisqu’il n’en existe aucun autre qui puisse le remplacer.
Mortimer J. Adler. Saint Thomas and the Gentiles. (Marquette University Press, Milwaukee, Wisconsin). – L’auteur, qui est professeur à l’Université de Chicago, étudie l’argumentation qu’on pourrait opposer à ceux qui représentent en quelque sorte, à l’époque actuelle, l’équivalent de ceux à qui saint Thomas d’Aquin s’adressait en écrivant sa Summa contra Gentiles : ce sont d’abord les « scientistes » ou « positivistes », qui nient l’existence même d’une vraie philosophie, et ensuite ce qu’il appelle les « systématistes », qui admettent une pluralité irréductible de philosophies, les considérant comme également valables à la seule condition qu’elles constituent des constructions cohérentes en elles-mêmes. Ce qui est le plus intéressant ici à notre point de vue, c’est la protestation élevée contre l’esprit de système ; l’auteur n’hésite pas à reprocher même, avec beaucoup de raison, à certains thomistes de dénaturer la philosophie de saint Thomas en la présentant comme « un grand système de pensée », et il préférerait même renoncer au nom de « thomisme » parce que sa forme paraît suggérer l’idée d’un système spécial, représentant simplement les conceptions particulières d’une certaine individualité, c’est-à-dire « une philosophie » parmi les autres, et non une expression de la philosophia perennis ; il est seulement à regretter qu’il ne semble pas concevoir cette philosophia perennis en dehors de sa forme spécifiquement chrétienne, qui, en réalité ne peut être qu’une des multiples expressions de la vérité une.
Albert Gleizes. La Signification humaine du Cubisme. (Éditions Moly-Sabata, Sablons, Isère). – Cette brochure est la reproduction d’une conférence dans laquelle l’auteur s’est attaché à montrer que le cubisme, connu surtout comme une manifestation esthétique, a en réalité exercé une influence dans un domaine plus étendu et plus vraiment « humain », d’abord parce qu’il fut « un travail de peintre véridique, de manuel », et ensuite parce qu’il amena le peintre, pour résoudre certaines difficultés, à réfléchir « non sur les images de l’extérieur, mais sur lui-même, sur ses tendances naturelles, sur ce qu’il voulait faire, sur ses facultés agissantes ». Ce fut donc, pour certains tout au moins, un point de départ de recherches qui devaient les mener plus loin, en « réintroduisant, par la multiplicité des points de vue (substituée à l’unité perspective), le temps dans un mode d’expression humain, dans un art qui, prétendait-on, ne le comportait pas », et en faisant comprendre que « la figure géométrique était un moyen et non une fin ». Nous n’insisterons pas sur les considérations plus proprement « techniques », ni sur la théorie de l’« arc en ciel » que l’auteur a déjà exposée ailleurs ; mais nous signalerons, comme plus particulièrement intéressante, l’idée que « le cubisme a obligé à modifier la notion unilatérale sensible qui nous arrive de la Renaissance », et par là-même à se rapprocher des conceptions artistiques du moyen âge, ce qui peut faire « renaître une expression religieuse ».
L. Adams Beck. Au cœur du Japon : Zenn, Amours mystiques. Traduit de l’anglais par Jean Herbert et Pierre Sauvageot. (Éditions Victor Attinger, Paris et Neuchatel). – Nous retrouvons dans ce livre les mêmes qualités que dans l’autre roman du même auteur dont nous avons parlé précédemment, mais aussi les mêmes défauts, et qui même, il faut bien le dire, y semblent quelque peu aggravés. La façon dont des Européens sont mêlés dans ces récits à certains milieux orientaux peut être acceptable une fois, une exception n’ayant comme telle rien d’invraisemblable, mais, quand elle se répète, elle donne l’impression d’un « procédé » bien artificiel ; en outre, les conséquences de cette intervention se traduisent ici, comme l’indique le titre, par des « amours mystiques » qui sont assez difficilement conciliables avec le caractère du Zen authentique. D’autre part, l’idée d’établir des rapprochements entre une doctrine traditionnelle et les conceptions de la science occidentale moderne, et de s’appuyer sur celles-ci pour faire accepter celle-là, idée dont nous avons dénoncé si souvent la vanité, joue ici un assez grand rôle ; nous savons d’ailleurs qu’elle existe réellement chez les représentants de certaines branches du Bouddhisme japonais contemporain, où le « modernisme » sévit fâcheusement, mais nous voulons croire pourtant qu’il n’en est ainsi que dans les écoles les plus exotériques. Il y a même une contradiction assez curieuse : l’auteur dit très justement que, « lorsqu’on suit les disciplines de l’Asie, on ne va pas à la pêche aux âmes, et l’on ne se livre pas à une propagande facile » ; mais cela ne l’empêche pas d’attribuer une telle propagande à une organisation initiatique, ou qui devrait être telle, et qu’elle représente comme préparant des sortes de « missionnaires » pour les envoyer en Occident après leur avoir fait apprendre, non seulement les langues européennes, mais aussi le langage « scientifique » qui plaît aux Occidentaux. Il n’en est pas moins vrai qu’il y a, à côté de tout cela, des aperçus très intéressants et exacts sur les méthodes de développement spirituel employées par le Zen, ainsi que sur la façon dont elles se reflètent dans divers aspects caractéristiques de la civilisation japonaise ; il est pourtant à regretter encore que, comme pour le Yoga dans l’autre livre, les résultats de la « réalisation » n’apparaissent pas bien clairement, et que l’auteur semble même s’en faire une idée restreinte à quelques points de vue fort secondaires ; mais, malgré tout, cela peut assurément inciter certains à réfléchir et à essayer de pénétrer ces choses plus profondément s’ils en ont en eux-mêmes la possibilité.
Paul Radin. The Story of the American Indian. (Liviright Publishing Corporation, New-York). – Ce livre vise à donner une vue d’ensemble des anciennes civilisations de l’Amérique, en réunissant, sous une forme aisément accessible et même d’une lecture agréable, des données qui, jusque-là, étaient restées éparses dans de multiples études spéciales. Ce qui est le plus intéressant à notre point de vue c’est ce qui concerne les « mythes » et les rites, car quiconque est au courant du symbolisme traditionnel pourra y trouver matière à de nombreux rapprochements très significatifs avec ce qui se rencontre dans d’autres civilisations ; l’auteur a d’ailleurs le mérite de rapporter les faits d’une façon impartiale, sans les déformer en y mêlant les idées préconçues qui ont cours chez la plupart des « anthropologistes ». Ce qui se rapporte aux origines est plus hypothétique, et il n’y a là rien d’étonnant, car cette question demeure fort obscure à bien des égards : d’après la théorie de l’auteur, tout aurait eu pour point de départ une civilisation unique, celle des Mayas, qui serait allée en se modifiant et comme en se dégradant peu à peu à mesure qu’elle s’étendait vers le Nord d’un côté et vers le Sud de l’autre ; cela paraît assez difficile à prouver, surtout en l’absence de toute chronologie un peu sûre, et les ressemblances et les différences entre les usages des divers peuples invoquées à l’appui de cette thèse, pourraient assurément s’interpréter de bien d’autres façons. Cela ne ferait d’ailleurs, en tout cas, que reculer la difficulté, car il resterait alors à se demander d’où venait la civilisation des Mayas elle-même : tant qu’on voudra se borner à des méthodes de recherche « profane », au lieu de se référer à des indications véritablement traditionnelles qu’on traite trop facilement de « légendes » sans chercher à en approfondir le sens, une telle question demeurera toujours insoluble. Du reste, si les dates approximatives attribuées à la civilisation des Mayas doivent être admises, celle-ci serait, certes, beaucoup trop récente pour pouvoir représenter réellement une « origine », mais n’y aurait-il pas lieu de se demander pourquoi « la période qui joue le plus grand rôle dans le calendrier maya est en connexion avec un temps fort antérieur au début même de l’histoire des Mayas » ?
E. Aroux. Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste : Révélations d’un catholique sur le moyen âge. (Éditions Niclaus, Paris). – C’est une excellente idée d’avoir réédité le livre d’Aroux sur Dante, dont l’édition originale date de 1854, et qui naturellement était depuis longtemps introuvable. Aroux eut le mérite d’être un des premiers, avec Rossetti et à peu près en même temps que lui, à signaler l’existence d’un sens ésotérique dans l’œuvre de Dante ; et, malgré les travaux assez nombreux qui ont été publiés depuis lors sur ce sujet, surtout en ces dernières années, la documentation contenue dans son ouvrage n’a rien perdu de son intérêt, et il faudra toujours s’y reporter comme à une sorte d’introduction indispensable aux études plus récentes. Il est d’ailleurs bien entendu que l’interprétation d’Aroux appelle beaucoup de réserves et a besoin d’être rectifiée sur bien des points, à commencer par les imputations formulées à l’égard de Dante dans le titre même ; nous nous sommes déjà expliqué, dans L’Ésotérisme de Dante, sur ce qu’il faut penser de l’accusation d’« hérésie », qui ne repose en somme que sur une confusion entre les deux domaines exotérique et ésotérique, ou, si l’on veut, initiatique et religieux. Aroux, du reste, ignorait visiblement tout de la nature réelle de l’initiation ; aussi ne voit-il, dans l’emploi d’un langage secret et symbolique, qu’une simple précaution destinée à dissimuler ce qu’il aurait pu être dangereux de dire ouvertement, car il ne paraît concevoir les organisations initiatiques que comme de vulgaires « sociétés secrètes » à tendances plus ou moins politiques, comme il y en eut tant dans la première moitié du XIXe siècle ; la mentalité particulière de cette époque est sans doute responsable aussi de l’idée plutôt paradoxale de faire de Dante, défenseur de la conception d’une monarchie universelle que le « Saint Empire » aurait dû réaliser, un précurseur du « socialisme » et des utopies révolutionnaires de 1848. Une autre erreur singulière est celle d’après laquelle les organisations initiatiques du moyen âge, transformées en « sectes » par incompréhension de leur véritable caractère, auraient eu des doctrines « rationalistes » ; non seulement il y a là un anachronisme, mais le « rationalisme », depuis qu’il existe, a toujours été l’adversaire et le négateur le plus irréductible de tout ésotérisme, et c’est même là une des parties les plus essentielles de son rôle dans la déviation du monde moderne. Il y a d’ailleurs dans l’attitude d’Aroux, remarquons-le incidemment, quelque chose qui donne une impression un peu étrange : il semble que ses déclarations catholiques « sonnent faux » par leur exagération même, si bien qu’on est tenté de se demander de quel coté allaient réellement ses sympathies au double point de vue religieux et politique, d’autant plus que la façon dont il présente Dante coïncide en somme avec celle de Rossetti, dont les tendances apparentes étaient tout opposées ; nous ne prétendons pas résoudre cette question, faute de renseignements « biographiques » suffisants, et elle n’a au fond qu’un intérêt de pure curiosité, car il est évident que cela n’affecte en rien le contenu du livre. On pensera peut-être que, après tant de réserves, il ne doit rester de celui-ci qu’assez peu de chose ; ce serait tout à fait inexact, car il reste au contraire tout le côté documentaire, ainsi que nous l’avons dit, et c’est là ce qui importe le plus dans un ouvrage de ce genre : au surplus, tous ceux qui possèdent certaines données traditionnelles peuvent facilement rectifier eux-mêmes et « réinterpréter » correctement tout ce qui a été déformé par la « perspective » spéciale de l’auteur, et c’est même là un travail qui est loin de manquer d’intérêt.
1939 г.
Фредерик Порталь. «О символических цветах в древности, в Средние века и в Новое время» (Des couleurs symboliques dans l’antiquité, le moyen âge et les temps modernes). (Издательство Éditions Niclaus, Париж). — Эта книга вышла ровно сто лет назад и давно стала библиографической редкостью; переиздание тем более своевременно, что она до сих пор остаётся, по крайней мере на французском языке, единственной работой, специально посвящённой символизму цветов. Ценность её, впрочем, не только в частных наблюдениях и обильном материале; быть может, ещё важнее то, что вся книга развивает одну основополагающую идею, значение которой, как отмечают издатели в предисловии, далеко выходит за рамки, обозначенные заглавием: это «идея примордиального и совершенного Откровения, данного в колыбели человечества и породившего все традиционные учения, которые питали его духовную жизнь на протяжении веков». Сам Порталь самым недвусмысленным образом утверждает это в заключении: «Над исследованиями, которые я представляю учёному миру, — пишет он, — господствует один великий факт: единство религии у людей, и доказательство тому — значение символических цветов, одинаковое у всех народов и во все эпохи». С другой стороны, считая, что всякое учение, удаляясь от изначального совершенства, может лишь всё больше вырождаться и материализоваться, он различает в этом вырождении как бы три последовательных этапа и соотносит с ними три уровня значения символов, которые называет соответственно «божественным», «священным» и «профанным» языком. Первый, судя по определению, которое он даёт вначале, действительно примордиален и предшествует разделению жречества и царской власти; второй «рождается в святилищах» вслед за установлением жречества в собственном смысле; наконец, последний есть уже лишь «материальное выражение символов», связанное с «идолопоклонническим» вырождением, вызванным непониманием толпы. Однако применяет он эти принципы не вполне последовательно: порой кажется, что подлинно «жреческий» характер носит скорее то, что он относит к первому «языку», тогда как ко второму он причисляет многое, чей характер можно было бы, напротив, назвать «царским», в частности всё, что касается геральдики; с другой стороны, не всё, что он называет «профанным», является таковым в строгом смысле и отвечает приведённому выше определению; тем не менее само различение верно, и тому, кто заново взялся бы за этот предмет, стоило бы провести его строже. Особого внимания заслуживает и то, что автор признал и прямо высказал: символы, как правило, имеют два противоположных значения. Это он называет «правилом противоположностей» и приводит множество примеров из употребления цветов, которые разбирает один за другим. Оговорки же, которых требуют некоторые его толкования, связаны по существу с двумя главными причинами: одна — недостаточные или неточные сведения о восточных учениях, впрочем вполне простительные для того времени, когда книга была написана; другая — довольно сильное влияние Сведенборга, а в вопросах символизма, как и во многих других отношениях, Сведенборг далеко не вполне надёжный проводник. Несмотря на эти недостатки, такая работа, повторим ещё раз, представляет величайший интерес и даже необходима всем, кого так или иначе занимает её предмет, поскольку нет никакой другой, которая могла бы её заменить.
Мортимер Дж. Адлер. «Святой Фома и язычники» (Saint Thomas and the Gentiles). (Издательство Marquette University Press, Милуоки, Висконсин). — Автор, профессор Чикагского университета, разбирает доводы против тех, кто в наше время занимает как бы место адресатов, к которым обращался святой Фома Аквинский в своей Summa contra Gentiles: это, во-первых, «сциентисты», или «позитивисты», отрицающие само существование подлинной философии, и, во-вторых, те, кого он называет «систематистами», — они допускают несводимое множество философий и считают их одинаково значимыми при одном лишь условии, что каждая есть внутренне согласованное построение. Самое интересное здесь для нас — протест против духа системы: автор без колебаний и совершенно справедливо упрекает даже некоторых томистов в том, что они искажают философию святого Фомы, выдавая её за «великую систему мысли»; он предпочёл бы даже отказаться от слова «томизм», потому что сама его форма наводит на мысль об особой системе, выражающей лишь частные воззрения определённой личности, то есть об «одной философии» среди прочих, а не о выражении Philosophia perennis; жаль только, что он, по-видимому, не мыслит эту Philosophia perennis вне её специфически христианской формы, которая в действительности может быть лишь одним из многочисленных выражений единой истины.
Альбер Глез. «Человеческое значение кубизма» (La Signification humaine du Cubisme). (Издательство Éditions Moly-Sabata, Саблон, департамент Изер). — Эта брошюра — текст доклада, в котором автор стремился показать, что кубизм, известный главным образом как эстетическое явление, в действительности оказал влияние в более широкой и подлинно «человеческой» области: во-первых, потому, что он был «работой честного живописца, ремесленника», а во-вторых, потому, что трудности, которые приходилось разрешать, заставили живописца размышлять «не над внешними образами, а над самим собой, над своими естественными склонностями, над тем, что он хотел сделать, над своими актуальными способностями». Для некоторых, по крайней мере, он стал исходной точкой поисков, которые должны были повести их дальше, «вновь вводя через множественность точек зрения (занявшую место единой перспективы) время в человеческий способ выражения, в искусство, которое, как утверждали, его не допускало», и давая понять, что «геометрическая фигура — средство, а не цель». Не будем останавливаться на соображениях собственно «технических» и на теории «радуги», которую автор уже излагал в другом месте; но отметим как особенно интересную мысль, что «кубизм заставил изменить одностороннее чувственное понятие, доставшееся нам от Возрождения», и тем самым приблизиться к художественным воззрениям Средневековья, что может «возродить религиозное выражение».
Л. Адамс Бек. «В сердце Японии: Дзэн, мистическая любовь» (Au cœur du Japon : Zenn, Amours mystiques). Перевод с английского Жана Эрбера и Пьера Соважо. (Издательство Éditions Victor Attinger, Париж и Невшатель). — В этой книге те же достоинства, что и в другом романе того же автора, о котором мы писали прежде, но и те же недостатки, которые здесь, надо признать, даже несколько усилились. Европейцы в этих повествованиях оказываются вовлечены в жизнь восточных кругов; один раз это допустимо — в исключении как таковом нет ничего неправдоподобного, — но при повторении такой «приём» выглядит весьма искусственным; к тому же последствия такого вмешательства выражаются здесь, как указывает заглавие, в «мистической любви», которую довольно трудно примирить с характером подлинного Дзэн. С другой стороны, немалую роль играет здесь стремление сближать традиционное учение с воззрениями современной западной науки и опираться на них, чтобы сделать учение приемлемым, — затея, тщетность которой мы так часто показывали; мы знаем, впрочем, что она действительно распространена у представителей некоторых направлений современного японского буддизма, где прискорбно свирепствует «модернизм», но хотим всё же верить, что так обстоит дело лишь в самых экзотерических школах. Есть даже довольно любопытное противоречие: автор совершенно справедливо говорит, что, «следуя дисциплинам Азии, не ловят души и не предаются лёгкой пропаганде»; но это не мешает ей приписывать такую пропаганду организации инициатической (или той, что должна бы быть таковой): по её словам, там готовят своего рода «миссионеров» для Запада, обучая их не только европейским языкам, но и «научному» языку, который так нравится западным людям. И всё же наряду со всем этим здесь есть весьма интересные и верные наблюдения о методах духовного развития, применяемых в Дзэн, а также о том, как они отражаются в различных характерных сторонах японской цивилизации; жаль, однако, что, как и в случае йоги в другой книге, результаты «реализации» проступают не слишком ясно и что автор, по-видимому, даже сводит их к нескольким весьма второстепенным точкам зрения; и всё же книга, безусловно, может побудить кого-то задуматься и попытаться глубже проникнуть в эти области, если это им по силам.
Пол Радин. «История американских индейцев» (The Story of the American Indian). (Издательство Liviright Publishing Corporation, Нью-Йорк). — Эта книга даёт общую картину древних цивилизаций Америки, сводя в доступном и даже приятном для чтения изложении данные, до сих пор рассеянные по множеству специальных исследований. Самое интересное с нашей точки зрения — то, что касается «мифов» и обрядов: всякий, кто знаком с традиционным символизмом, найдёт здесь материал для многочисленных весьма показательных сближений с тем, что встречается в других цивилизациях; к тому же автор заслуживает похвалы за то, что излагает факты беспристрастно, не искажая их примесью предвзятых идей, которые в ходу у большинства «антропологов». То, что относится к истокам, более гипотетично, и ничего удивительного в этом нет, ибо этот вопрос во многих отношениях остаётся весьма тёмным: согласно теории автора, исходной точкой всего была единая цивилизация — цивилизация майя, которая постепенно видоизменялась и как бы вырождалась, распространяясь с одной стороны на север, с другой — на юг; доказать это, по-видимому, довольно трудно, особенно при отсутствии сколько-нибудь надёжной хронологии, а сходства и различия в обычаях разных народов, приводимые в подтверждение этого тезиса, безусловно, можно было бы истолковать и многими иными способами. Во всяком случае, это лишь отодвигает трудность: тогда придётся спросить, откуда взялась сама цивилизация майя; пока хотят ограничиваться «профанными» методами исследования, вместо того чтобы обратиться к подлинно традиционным указаниям, которые слишком легко объявляют «легендами», не пытаясь вникнуть в их смысл, такой вопрос навсегда останется неразрешимым. Впрочем, если принять приблизительные даты, приписываемые цивилизации майя, она, конечно, слишком молода, чтобы действительно представлять собой «исток»; но не стоит ли задаться вопросом, почему «период, играющий наибольшую роль в календаре майя, связан со временем, намного предшествующим самому началу истории майя»?
Э. Ару. «Данте — еретик, революционер и социалист: откровения католика о Средних веках» (Dante hérétique, révolutionnaire et socialiste : Révélations d’un catholique sur le moyen âge). (Издательство Éditions Niclaus, Париж). — Переиздать книгу Ару о Данте, впервые вышедшую в 1854 году и давно, разумеется, ставшую редкостью, — превосходная мысль. Заслуга Ару в том, что он одним из первых, вместе с Россетти и почти одновременно с ним, указал на существование эзотерического смысла в творчестве Данте; и, несмотря на довольно многочисленные работы, опубликованные с тех пор на эту тему, особенно в последние годы, собранный в его книге материал ничуть не утратил своего интереса, и к ней всегда придётся обращаться как к своего рода необходимому введению в более поздние исследования. Разумеется, толкование Ару требует многих оговорок и во многом нуждается в исправлении, начиная с обвинений, предъявленных Данте в самом заглавии; мы уже объяснили в «Эзотеризме Данте», что следует думать об обвинении в «ереси», которое, в сущности, основано лишь на смешении двух областей — экзотерической и эзотерической, или, если угодно, инициатической и религиозной. Ару, впрочем, явно ничего не знал о подлинной природе посвящения; поэтому в употреблении тайного и символического языка он видит лишь простую предосторожность, призванную скрыть то, что опасно было бы высказать открыто, ибо инициатические организации он, по-видимому, представляет себе лишь как заурядные «тайные общества» с более или менее политическими устремлениями, каких было так много в первой половине XIX века; особой ментальности той эпохи, несомненно, обязана и довольно парадоксальная мысль сделать Данте, защитника вселенской монархии [monarchie universelle], которую должна была осуществить «Священная империя», предтечей «социализма» и революционных утопий 1848 года. Другая странная ошибка — утверждение, будто инициатические организации Средних веков, превращённые в «секты» из-за непонимания их подлинного характера, исповедовали «рационалистические» учения; здесь не только анахронизм: «рационализм» с тех пор, как он существует, всегда был самым непримиримым противником и отрицателем всякого эзотеризма, и в этом даже состоит одна из наиболее существенных сторон его роли в отклонении современного мира. Заметим попутно, что позиция Ару производит несколько странное впечатление: его католические заявления именно своей чрезмерностью как-то «звучат фальшиво», и невольно спрашиваешь себя, на чьей стороне на самом деле были его симпатии — и в религиозном, и в политическом отношении, — тем более что то, как он изображает Данте, в сущности, совпадает с изображением у Россетти, чьи видимые устремления были прямо противоположными; мы не берёмся решить этот вопрос за недостатком «биографических» сведений, да он, в сущности, представляет интерес чистого любопытства, ибо очевидно, что на содержании книги это никак не сказывается. Могут подумать, что после стольких оговорок от книги мало что остаётся; это совершенно неверно: остаётся, как мы сказали, весь собранный в ней материал, а в работе такого рода это самое важное; к тому же все, кто располагает определёнными традиционными данными, легко могут сами исправить и верно «переистолковать» всё, что искажено особой «перспективой» автора, и такая работа отнюдь не лишена интереса.