1939
– Dans la Technique Sanitaire et Municipale (n° de juin), M. R. Humery, dans un article faisant partie d’une série intitulée L’Esthétique au Village, rappelle que « les Druides avaient choisi l’arbre pour symbole central de leur métaphysique » : l’évocation d’idées traditionnelles, dans une publication de cet ordre, est chose trop rare pour ne pas mériter d’être signalée. Un fait qui est mentionné dans ce même article appelle une réflexion importante : il paraît que les « écrivains combattants » ont créé dans les Cévennes un « bois sacré » ; l’emploi d’une semblable désignation constitue un déplorable abus de langage, comparable à celui par lequel on attribue un caractère « religieux » à toute sorte de manifestations purement profanes ; il y a là une tendance « parodique » inconsciente contre laquelle on ne saurait trop mettre en garde tous ceux qui d’une façon ou d’une autre essaient de remettre un peu d’ordre dans le chaos actuel.
– Dans la Revue Juive de Genève (n° de décembre), M. Paul Vulliaud consacre un article au Mysticisme juif ; comme il le dit, on a souvent contesté qu’il existe quelque chose à quoi puisse s’appliquer une telle désignation, et, en fait, cela dépend de ce qu’on entend par « mysticisme » ; il nous semble que lui-même prend ce mot dans un sens plutôt large et insuffisamment défini ; peut-être pourrait-on admettre qu’il convient dans une certaine mesure au Hassidisme, mais, en tout cas, la Kabbale est sûrement d’un tout autre ordre, ésotérique et initiatique. L’emploi du mot « piétiste » est aussi un exemple du danger qu’il y a à transporter certains termes d’une doctrine à une autre pour laquelle ils n’ont pas été faits : « le piétisme » est proprement une des nombreuses variétés du protestantisme, et il est presque synonyme de « moralisme » ; c’est là quelque chose qui est totalement étranger, pour ne pas dire opposé, non seulement à tout ésotérisme, mais même au simple mysticisme. À la fin de son article, M. Vulliaud proteste très justement contre l’opinion « rationaliste » (et « moderniste », ajouterons-nous) suivant laquelle la Kabbale constituerait une « hétérodoxie » dans le Judaïsme, et contre l’incompréhension des « critiques » imbus de l’esprit et des méthodes universitaires et qui vont jusqu’à qualifier le Zohar d’« ouvrage incohérent » !
– Dans l’Art et les Artistes (n° de janvier), M. Albert Gleizes, sous le titre Tradition et modernisme, expose des vues intéressantes sur la tradition considérée par rapport à l’art, et aussi au métier, car pour lui l’un et l’autre sont inséparables. Il oppose la tradition au « classicisme », qui aboutit à l’« esthétisme » ; cette opposition est aussi celle de l’« homocentrisme » et de l’« humanisme » ; l’homme de formation classique ou humaniste « ne peut atteindre l’objet, lui qui n’est entraîné qu’à disserter du sujet… C’est l’homme qui fait qui doit enseigner l’homme qui dit, car l’homme qui fait est l’homme traditionnel, quand l’homme qui dit, aujourd’hui, ce n’est que l’individu… La tradition, qui est connaissance vraie de l’univers, se traduit et se transmet par une série de modalités expérimentales qui vont de la réalité inférieure de l’homme jusqu’à sa réalité finale transcendante en passant par sa réalité intermédiaire, celle du mouvement dirigé où s’opère la transformation… D’où l’importance des métiers à la base de cette conquête par l’homme de son authentique réalité ; d’où les petits mystères du Compagnonnage, qui sont comme les préludes constants à l’initiation des grands ». Aussi « renouer avec l’humanisme, c’est une marche en arrière, quand repartir de l’homocentrisme, c’est une marche en avant » ; et « le dernier mot reviendra à la tradition invariante, centrée sur l’homme… L’artiste se régénérera tôt ou tard en redevenant un artisan, un ouvrier possédant à fond tous les secrets de son métier, en songeant moins à l’Art qu’à la perfection de tout ce qu’il accomplit dans sa vie ».
– Dans Le Symbolisme (n° de février), G. Persigout achève son étude sur Le Centre du Monde et de l’Être ; il est très vrai qu’« en toutes ses parties l’Univers porte le sceau de la dualité », puisque la polarisation de l’Être est la condition préalable et nécessaire de toute manifestation ; mais pourquoi qualifier cette dualité de « maléfique », et pourquoi la concevoir toujours sous l’aspect si spécial, et tout à fait secondaire, d’une opposition du « bien » et du « mal » ?
– Dans Atlantis (n° de mars), M. paul le cour parle de Poséidon et la Chevalerie ; que Poséidon ait joué chez les Atlantes un rôle plus ou moins comparable à celui d’Apollon chez les Hyperboréens, c’est là une chose fort plausible ; que le cheval ait été un symbole de Poséidon, c’est encore moins douteux (il y aurait d’ailleurs, à ce propos, des considérations intéressantes à développer sur le rapport de ses deux aspects, le cheval terrestre et le cheval marin) ; mais, pour croire qu’il est possible de passer directement du « Temple atlantéen de Poséidon », à… l’Ordre du Temple, il faut assurément une forte dose d’imagination ! – Nous sommes malheureusement obligé de revenir encore une fois de plus sur l’étrange façon dont M. paul le cour dénature (inconsciemment, nous voulons le croire) tout ce que nous disons ; donnons-lui acte, tout d’abord, que la note signée « X. » nous visant et que nous avons relevée en son temps avait été copiée par lui dans un journal, et faisons-lui simplement remarquer qu’il aurait dû tout au moins en indiquer la provenance, si peu « reluisante » fût-elle. Nous ne lui avons d’ailleurs rien « fait parvenir », car, à la distance où nous sommes, cela nous serait un peu difficile ; mais il nous semble qu’il n’a pas à se plaindre si la direction des Études Traditionnelles estime devoir lui envoyer ce qui le concerne afin qu’il en soit loyalement informé et que même il ne ferait pas mal, de son coté, de prendre exemple sur cette façon d’agir. Quant au changement de titre des Études Traditionnelles, il est dû à leur directeur et non à nous qui n’avons aucune qualité pour cela, étant uniquement un des collaborateurs et rien de plus ; par surcroît, nous avions toujours cru jusqu’ici qu’une revue avait bien le droit de prendre le titre qui lui convenait, sans que le public soit appelé à donner son avis et à apprécier si c’est un « titre » ou un « sous-titre » ! Pour en venir au fond, ce qui est absolument stupéfiant, c’est que, pour M. paul le cour, déclarer « n’être pas orientaliste » équivaut à « renier l’Orient », alors que pour nous c’est exactement le contraire, un Oriental ne pouvant certes pas être un orientaliste ; du reste, nous expliquerons peut-être quelque jour à quoi servent réellement les orientalistes, mais le moment n’est pas encore venu… Pour ce qui est de l’affirmation que nous n’avons jamais rien écrit sur la « philosophie hindoue », M. paul le cour, pour pouvoir la qualifier à son aise d’« inattendue et audacieuse » (comme si nous ne l’avions pas déjà formulée explicitement à maintes reprises, et avant tout dans nos ouvrages mêmes qui traitent des doctrines hindoues !) se garde bien de la faire suivre de la raison que nous en donnions, et qui est tout simplement qu’il n’existe pas de « philosophie hindoue », si ce n’est dans les conceptions déformées des Occidentaux. D’autre part, si nous ne pensions pas que nos exposés sont suffisamment « clairs et intelligibles » pour que certains puissent en tirer profit, et aussi qu’il n’en existe pas d’autres avec lesquels ils fassent double emploi, nous ne les aurions jamais fait paraître, car nous ne sommes pas de ceux qui écrivent pour le plaisir d’écrire, et nous ne réussissons pas à voir quel sujet de « reproche » il peut y avoir là ; que d’ailleurs M. paul le cour trouve ces exposés « indigestes », c’est son affaire, mais cela ne prouve rien d’autre que son incompétence ; manifestement, la « littérature » doit être plus à son goût et à sa portée… mais ce n’est pas tout : parler actuellement de « la civilisation européenne gravement menacée par les conquêtes asiatiques », c’est vraiment dépasser toutes les bornes permises ; quand on se recommande d’une « civilisation » qui ne vise qu’à détruire toutes les autres et à dominer le monde entier, on devrait tout au moins avoir l’élémentaire pudeur de ne pas prétendre renverser la situation ! Enfin, M. paul le cour a grand tort de nous attribuer une « fougueuse ardeur combative » dont personne ne saurait être plus complètement dépourvu que nous ; si lui-même n’avait pas éprouvé le besoin de nous harceler sans la moindre raison et avec une insistance incompréhensible, nous ne nous serions jamais occupé de lui, et nous aurions peut-être même toujours ignoré son existence ; c’est vraiment bien dommage que les « Européens » de sa sorte ne veuillent pas comprendre que tout ce que nous leur demandons, c’est de nous… laisser la paix, à nous et à l’Orient. – Encore une remarque : essayant de répondre à ce que nous avions dit de son assimilation des Arabes à la « race de Cham », M. paul le cour prend la mère d’Ismaël pour… son épouse, ce qui est plutôt amusant ; et ce qui ne l’est guère moins, c’est qu’il paraît croire sérieusement qu’en tout cela il s’agit de « races » au sens littéral et physique de ce mot, alors qu’il ne s’est jamais agi en réalité que de filiations traditionnelles.
1939 г.
(перевод на русский язык отсутствует)