1934
– Le numéro de septembre-octobre d’Atlantis porte le titre général de Racisme ; cette question est actuellement « à la mode ». Il y a là des articles somme toute raisonnables, bien que certaines des idées qu’ils contiennent puissent prêter à discussion ; mais il y a aussi hélas ! M. paul le cour, qui se livre comme toujours à une débauche de linguistique à sa façon, prend l’upsilon pour un gamma, croit trouver une similitude entre âryen et Aryane (qui, malheureusement pour lui, ne s’est jamais écrit autrement qu’Ariane ou Ariadne), réédite son mauvais calembour sur le labyr-inthe ou « labeur intérieur », s’imagine découvrir son fameux Aor-Agni dans les noms les plus variés (y compris celui du cap Gris-Nez), et, pour comble, confond l’orientaliste Adolphe Pictet, inventeur de la « race âryenne », avec… le chimiste Raoul Pictet ! Il consacre en outre une note au swastika, dans lequel il s’entête à voir le « symbole de la force », et qu’il identifie bizarrement au marteau de Thor (alors que celui-ci, en réalité, n’est autre que le vajra) ; et il ne manque pas de parler à ce propos de Shiva, « le destructeur », suivant l’habituel cliché occidental, tout en assurant que « l’Inde ne connut que tardivement » le swastika comme s’il pouvait bien en savoir quelque chose !
– L’Illustration (numéro du 4 novembre) publie aussi un article sur « la svastika » (sic), sous ce titre : D’où vient la croix gammée ? On y retrouve donc la confusion habituelle, et il semble décidément que personne ne sache ce qu’est en réalité la « croix gammée » (appelée gammadion en grec, et non pas en français) ; cette confusion n’est d’ailleurs pas la seule, car, dans une énumération de prétendus synonymes, nous voyons ici notamment la « croix pattée », qui, en héraldique, est encore tout autre chose. Le principal intérêt de l’article est dans les figures qui l’accompagnent ; quant à la thèse qui y est soutenue, elle consiste essentiellement à prétendre que le swastika est venu d’Asie Mineure et s’est répandu de là, par des « migrations » successives, jusque dans les contrées les plus éloignées ; ceci est appuyé par une « chronologie » qui ne peut, cela va de soi, être qu’ultra-fantaisiste, et l’appel à l’autorité de Goblet d’Alviella n’est certes guère fait pour nous rassurer sur sa valeur. Nous pensions que la manie de tout faire sortir de l’Asie Mineure avait enfin disparu ; il faut croire qu’il n’en est rien, puisque, ici, on va jusqu’à affirmer qu’elle fut la patrie d’origine des Ibères eux-mêmes ! Il est vrai qu’il s’agit surtout, en réalité, de nier à tout prix l’origine nordique du swastika, uniquement par opposition aux conceptions hitlériennes ; quand la politique s’en mêle, le souci de la vérité risque fort de passer au dernier plan !
– Le n° d’Atlantis de mars-avril est intitulé L’Alchimie et l’Atlantide ; mais, en fait d’Atlantide, M. paul le cour y parle surtout de Bourges… Notre archimiste s’obstine d’ailleurs à confondre métaphysique et cosmologie ; ne parle-t-il pas de « connaissances d’ordre métaphysique basées sur l’unité de la matière, sur les rapports de la lumière et de la vie » ? – D’autre part, il éprouve le besoin de se livrer contre nous à une nouvelle attaque, à laquelle nous répondrons ceci : nous sommes, quant à nous, purement oriental, et nous l’avons toujours affirmé aussi nettement que possible ; mais cela ne nous enlève nullement le droit de comprendre les traditions occidentales et d’en signaler les rapports avec les autres formes traditionnelles ; au surplus, en fait d’« hybridisme monstrueux » (sic), nous ne pensons pas qu’on puisse trouver quelque chose de mieux qu’Aor-Agni ! Quant à ce à quoi nous sommes ou ne sommes pas « parvenu », ce n’est certes pas M. paul le cour qui a la compétence voulue pour l’apprécier, et d’ailleurs cela ne le regarde pas ; mais nous espérons bien ne jamais « parvenir » à ce qui ne peut être, à nos yeux, qu’extravagance et folle imagination ; et nous n’avons point d’« opinions », mais seulement quelques connaissances que nous exprimons de notre mieux à l’intention de ceux qui sont capables d’en profiter, ce qui n’est sans doute pas son cas. Il s’amuse aussi à relever des fautes d’impression dans nos articles ; se figure-t-il donc que, à la distance où nous sommes, il nous est possible d’en corriger les épreuves ? Pour ce qui est de « l’existence de l’ésotérisme chrétien au moyen âge », nous maintenons notre phrase, qui dit exactement ce que nous avons voulu dire : quand nous disons qu’une forme traditionnelle existe, cela signifie qu’elle existe effectivement, avec une organisation susceptible d’en assurer la transmission régulière ; en l’absence d’une telle transmission, tout le reste n’est que rêverie ou curiosité archéologique… Enfin, nous prions M. paul le cour de ne pas renverser les rapports : c’est à nous de lui demander de « vouloir bien ne pas plus s’occuper de nous que nous ne nous occupons de lui » ; s’il pense autrement, c’est qu’il a vraiment la mémoire courte ! Nous ne nous serions d’ailleurs jamais soucié de remettre à sa place un personnage de si mince importance si nous ne savions trop bien ce qui le meut, probablement sans qu’il s’en rende compte lui-même ; nous l’avertissons charitablement que, dans son propre intérêt, il est préférable de ne pas insister.
1934 г.
(перевод на русский язык отсутствует)