1947
P.-J. Gonnet. Arûpa (Paul Derain, Lyon). – C’est un livre assez singulier, qui donne une impression plutôt confuse et désordonnée, mais qui ne justifie guère son titre, car il y est surtout question de choses appartenant à un ordre tout à fait « formel ». Il y a notamment beaucoup de considérations sur la chimie, qui sont manifestement en rapport avec les préoccupations professionnelles de l’auteur ; il y a même une longue dissertation sur le « lait maternel », qui ferait peut-être un bon article dans une revue spéciale de médecine ou d’hygiène, mais qui n’est vraiment pas à sa place dans un ouvrage qui a par ailleurs la prétention de toucher à l’ésotérisme et aux idées traditionnelles. Il y touche en effet, dans une certaine mesure, par des vues sur les nombres qui ne sont pas sans intérêt, mais qui sont malheureusement exprimées d’une façon fort peu claire ; les informations qui y ont été utilisées sont d’ailleurs loin d’être toutes également sûres. Il y a aussi des pages qui présentent une disposition typographique des plus bizarres, et dont certaines ne contiennent que quelques mots qui, pour nous tout au moins, sont parfaitement incompréhensibles. Quant au récit que fait l’auteur, dans son préambule, au sujet d’une « révélation » qu’il aurait eue dans une sorte d’« état second », et d’après laquelle l’Univers serait entré le 1er décembre 1944 dans une période de « résorption », nous voulons croire qu’il ne s’agit là que d’une simple fiction littéraire, car, s’il en était autrement, ce serait plutôt inquiétant…
R.-M. Gattefosse. Les Sages Écritures, Essai sur la philosophie et les origines de l’écriture (Paul Derain, Lyon). – L’idée qui est au point de départ de ce livre est excellente, puisqu’il s’agit d’établir la valeur symbolique des caractères de l’écriture, ainsi que leur origine « préhistorique », conformément aux anciennes traditions de tous les peuples. Malheureusement, la façon dont l’auteur a traité ces questions et les résultats auxquels il croit être parvenu dans ses recherches sont bien loin de répondre réellement à ses intentions ; et, tout d’abord, il y aurait déjà des réserves à faire sur la concordance qu’il envisage entre les données traditionnelles sur les périodes cycliques et la chronologie hypothétique des géologues modernes. Ensuite, probablement du fait de certaines circonstances particulières où il s’est trouvé, il paraît avoir été en quelque sorte fasciné par les « tifinars », c’est-à-dire l’ancienne écriture berbère, ainsi que par la langue « tamachèque » que les Touaregs parlent encore actuellement, au point de vouloir en tirer un schéma qu’il s’efforce d’appliquer à tout. Ce schéma, appelé par lui « couronne de tifinars », convient peut-être au cas spécial de l’alphabet en question ; mais, comme les lettres de cet alphabet sont au nombre de dix, il cherche à découvrir partout des ensembles de dix principes qu’il puisse faire correspondre à ces lettres en les disposant de la même façon ; dans la Kabbale avec les dix Sephiroth, dans les Triades bardiques, dans la mythologie scandinave avec le « cycle des Ases », dans l’hermétisme, dans la philosophie d’Aristote avec ses dix catégories, et jusque dans les théories de la physique moderne ! Le moins qu’on puisse dire de ces arrangements est qu’ils sont tout à fait artificiels et souvent bien « forcés » ; et il y a aussi là, sur les doctrines de l’Inde et de la Chine, quelques considérations dans lesquelles il est impossible d’apercevoir le moindre rapport avec ce qu’elles sont en réalité… Les correspondances planétaires et zodiacales des lettres hébraïques, d’ailleurs bien connues, sont presque la seule chose qui soit ici conforme à une donnée authentiquement traditionnelle, mais précisément elles ne reproduisent plus la « couronne de tifinars » ; quant à celles des runes scandinaves, si elles sont vraiment exactes, comment se fait-il qu’il reste trois planètes auxquelles ne correspond aucun caractère ? Nous ne voulons pas insister davantage sur tout cela ; mais que dire aussi du soi-disant « lexique tamachèque » placé à la fin de l’ouvrage, et où sont rassemblés des mots appartenant aux langues les plus diverses, qui n’ont certainement rien à voir avec le « tamachèque », et dont l’interprétation témoigne plus en faveur de l’imagination de l’auteur que de ses connaissances linguistiques ?
Paul Le Cour. Hellénisme et Christianisme (Éditions Bière, Bordeaux). – Certains avaient déjà voulu rattacher le Christianisme au Mazdéisme et même au Bouddhisme, et cela pour nier la filiation traditionnelle, pourtant évidente, qui le relie au Judaïsme ; voici maintenant une nouvelle théorie qui, avec les mêmes intentions, prétend le rattacher directement à l’Hellénisme. C’est dans celui-ci qu’il aurait eu réellement sa « source », et le Judaïsme ne serait intervenu qu’après coup pour en altérer le caractère primitif, en y introduisant certaines idées parmi lesquelles celle du « géocentrisme » paraît, nous ne savons trop pourquoi, prendre ici une importance toute particulière. Les raisons invoquées à l’appui de cette thèse sont assez nombreuses, mais elles n’en sont pas plus probantes pour cela, sauf peut-être aux yeux de ceux qui préfèrent la quantité à la qualité ; nous n’entreprendrons certes pas de les examiner une à une, mais nous devons tout au moins remarquer que l’auteur traite d’« interpolations » tout ce qui y est contraire dans les Évangiles, ce qui est toujours un moyen fort commode pour se débarrasser des textes gênants, et aussi que les fantaisies linguistiques qui lui sont coutumières jouent encore un certain rôle là-dedans. À ce dernier point de vue, nous signalerons plus spécialement certaines considérations sur le nom d’Hélène, qui voudrait dire « le neuf sacré », un rapprochement entre le Johannisme et l’école ionienne, une prétendue étymologie grecque du nom de Jérusalem, destinée à soutenir l’assertion que le Judaïsme lui-même aurait fait des emprunts à l’Hellénisme, et enfin l’idée au moins curieuse de faire du grec la « langue sacrée » par excellence ! Ajoutons encore, pour terminer, que nous retrouvons dans ce livre la légende faisant remonter aux premiers temps du Christianisme la médaille dite « de Boyer d’Agen », qui ne date manifestement que de la Renaissance ; il serait bien temps d’en finir une fois pour toutes avec cette histoire, d’autant plus que les fins pour lesquelles elle fut répandue jadis dans le public ne semblent pas avoir été entièrement désintéressées.
Paul Le Cour. Dieu et les Dieux (Éditions Bière, Bordeaux). – Ce livre, destiné à faire suite au précédent, porte, ainsi que l’auteur le reconnaît d’ailleurs lui-même, un titre emprunté à Gougenot des Mousseaux, mais son contenu n’a rien de commun avec l’ouvrage que celui-ci consacra au culte des pierres. Nous retrouvons, dans beaucoup de ses chapitres, des choses que nous avons déjà vues autrefois dans des articles d’Atlantis et dont nous avons parlé en leur temps, ce qui nous dispensera d’y revenir en détail ; il n’y a même pas beaucoup de fantaisies nouvelles, mais plutôt des répétitions de celles que nous connaissons, si bien qu’il semblerait que l’imagination si fertile de l’auteur commence à s’épuiser quelque peu, ce qui serait vraiment dommage… Il envisage une « hiérarchie des Dieux », à la tête de laquelle est le « Dieu suprême » ; au-dessous de celui-ci sont ce qu’il appelle les « Dieux solaires » ; dont le principal est pour lui le « Démiurge », et c’est un des aspects de celui-ci, le « Médiateur », qui se serait incarné dans le Christ ; il y a aussi des « Dieux plurisolaires », des « Dieux planétaires », des « Génies protecteurs », et peut-être d’autres catégories encore. Au fond, c’est là renouveler tout simplement l’erreur qui consiste à prendre, littéralement et non symboliquement, les aspects ou les attributs divins pour des êtres distincts et même plus ou moins indépendants, erreur qui est celle-là même qui a donné naissance à toutes les déviations « polythéistes » partout où il s’en est produit ; et, à vrai dire, cela n’est pas pour nous surprendre outre mesure de la part d’un tel admirateur de l’Hellénisme. Ce qui est plus étonnant, c’est qu’il puisse croire cette conception conforme au Christianisme ; il est vrai qu’il a sur celui-ci des idées bien spéciales, et aussi que, dans sa pensée, il s’agit probablement surtout de ce que devra être « la future forme religieuse chrétienne de l’Ère du Verseau », sur laquelle on peut assurément se permettre toutes les rêveries qu’on voudra !
Jean Malfatti de Montereggio. Études sur la Mathèse, ou Anarchie et Hiérarchie de la Science. Traduction de Christien Ostrowski. Introduction de Gilles Deleuze (Éditions du Griffon d’Or, Paris). – Cette réédition, qui reproduit avec quelques légères modifications la traduction française parue en 1849, n’était certes pas inopportune, car ce livre est de ceux dont on parle souvent, mais que bien peu ont lu. Quant à sa valeur propre, nous devons dire qu’il nous semble présenter surtout un intérêt de curiosité, car la vérité est qu’il « date » terriblement, et cela non pas seulement en ce qui concerne les considérations biologiques et médicales, qui portent assurément la marque de leur époque, mais où se trouvent des vues ingénieuses et qui mériteraient peut-être d’être reprises sous une autre forme ; il « date » aussi, et même plus encore, par ce qui s’y rapporte à la tradition hindoue. Celle-ci était bien peu connue à cette époque en Europe, où on n’en avait que des notions tout à fait fragmentaires et souvent peu exactes ; de plus, c’était le temps où certains avaient inventé une « symbolique » qui ne suppléait que fort mal à leur ignorance du véritable symbolisme, et dont l’influence est ici très visible. Rassemblant des principes assez hétéroclites et dont le choix n’est pas moins arbitraire que l’ordre dans lequel il les range, l’auteur a voulu y voir une correspondance avec les nombres, et, partant de cette idée, il s’est ingénié à découvrir dans les figurations qu’il avait à sa disposition des choses qui n’y sont certainement pas ; il est à peine besoin d’ajouter que, par contre, toute signification d’ordre métaphysique lui échappe complètement. Au lieu de donner la place principale à de semblables fantaisies, il aurait beaucoup mieux fait de présenter simplement ses spéculations sur les nombres comme d’inspiration pythagoricienne, ce qui eût été plus justifié ; elles restent d’ailleurs, dans leur ensemble, plutôt vagues et obscures, et il est difficile de voir nettement comment il en tire certaines applications. Ce qui est peut-être le plus digne de remarque, à un point de vue qu’on pourrait dire « historique », c’est le rôle considérable que cet ouvrage et d’autres du même genre ont joué dans la constitution de l’occultisme de la fin du XIXe siècle ; reposant sur des informations aussi peu sûres et les mettant à la place des données traditionnelles authentiques qui lui faisaient entièrement défaut, est-il étonnant que celui-ci n’ait jamais été qu’un assemblage de rêveries sans la moindre solidité ? Mais il est bon qu’on puisse s’en rendre compte en se reportant aux sources, et, au fond, c’est peut-être là ce qui fait le principal intérêt d’une réédition comme celle-là.
Jean Mallinger. Les Secrets ésotériques dans Plutarque (Éditions Niclaus, Paris). – Ce livre est du même genre que celui dont nous venons de parler, et on pourrait en somme, d’une façon générale, en dire à peu près la même chose ; peut-être même les tendances occultistes s’y montrent-elles d’une façon encore un plus accentuée. Après avoir esquissé la biographie de Plutarque et signalé la « difficulté de l’homme moderne à comprendre certaines vérités ésotériques », en quoi il a certes bien raison, l’auteur expose d’abord les « secrets du feu vivant » ; il nous paraît prendre d’une façon trop littérale les affirmations, qui auraient besoin d’une transposition symbolique, suivant lesquelles « le feu est un être animé » et constitue la « nourriture des Dieux » ; sur le rôle rituel du feu comme élément purificateur et comme agent du sacrifice, il y aurait assurément bien d’autres choses à dire ; et ce chapitre se termine par un rapprochement quelque peu inattendu entre Plutarque et saint François d’Assise. Ensuite viennent les « secrets des statues animées », au sujet desquels sont surtout utilisés les travaux des égyptologues ; en fait, il s’agit là des rites par lesquels des statues ou d’autres objets étaient en quelque sorte « vivifiés » pour devenir des supports d’influences spirituelles ; mais l’auteur envisage surtout, dans les effets de ces rites, la production de certains phénomènes qui n’avaient en tout cas qu’une importance très secondaire. Un chapitre assez court, et qui au fond n’éclaircit pas grand-chose, est consacré aux théories « cosmosophiques » attribuées à un mystérieux Erythréen dont il est question dans le traité De defectu oraculorum, théories qui, en somme, ne paraissent pas différer de celles des Pythagoriciens. Sur les « arcanes de l’Hadès » et le « périple de l’âme », le sens du symbolisme exposé n’est pas nettement dégagé, et il semble bien que l’auteur admette une interprétation « réincarnationniste » dans l’acception la plus littérale de ce mot. Enfin, les « secrets du Sage », dont il est question dans le dernier chapitre, se réduisent en somme à des préceptes pratiques qui peuvent être excellents en eux-mêmes, mais dans lesquels, sauf peut-être en ce qui concerne le rappel de la « loi du silence », il serait bien difficile de découvrir un ésotérisme quelconque ; et, quand on voit quelle place les préoccupations « sociales » tiennent dans la pensée de M. Mallinger, on peut se demander jusqu’à quel point il a suivi lui-même le conseil qu’il donne à ses lecteurs de « se libérer de tout préjugé contemporain ».
Robert Ambelain. Adam, Dieu rouge (Éditions Niclaus, Paris). – Le titre de ce livre est assez étrange, et d’autant plus qu’il ne s’y trouve en somme rien qui explique ou justifie la « divinité » ainsi attribuée à Adam ; mais ce qui est peut-être encore plus singulier, c’est que le chapitre par lequel il débute est nettement en contradiction avec les suivants. Ce premier chapitre, en effet, n’est qu’un exposé des opinions les plus dissolvantes de la « critique » moderne concernant la Genèse, sans la moindre réflexion qui puisse faire supposer tout au moins que l’auteur ne les adopte pas entièrement ; or, il va de soi que ces opinions impliquent nécessairement la négation formelle de tout ésotérisme dans la Bible, tandis que, dans la suite, il affirme au contraire l’existence de cet ésotérisme, quelle que soit d’ailleurs la conception qu’il s’en fait et la qualité de ce qu’il présente comme tel. On pourrait se demander s’il n’y a pas là l’effet d’une sorte de « mimétisme » lui permettant d’exposer indifféremment n’importe quoi comme s’il s’agissait de ses propres idées ; s’il en était ainsi, cela prouverait en tout cas qu’il n’a pas de convictions bien arrêtées… Quoi qu’il en soit, l’ésotérisme qu’il a en vue ici est surtout celui qu’il attribue aux Ophites ; mais, comme on ne sait en somme rien de bien précis sur ceux-ci, non plus d’ailleurs que sur la plupart des autres sectes dites « gnostiques », cela permet de parler un peu de tout à leur propos : Kabbale, hermétisme, et bien d’autres choses encore, et aussi de prétendre y rattacher directement ou indirectement tout ce qui, dans le monde judéo-chrétien, se présente avec quelque caractère ésotérique, depuis les Esséniens jusqu’aux Rose-Croix ! Nous ne tenterons certes pas de débrouiller ce chaos ; ce qui s’en dégage le plus clairement, c’est que, dans la pensée de l’auteur, il s’agit d’une « doctrine luciférienne », qu’il conçoit apparemment comme un « dualisme », car il affirme notamment que « la croyance à deux dieux adverses procède d’un ésotérisme réel » ; il donne d’ailleurs comme « lucifériens », des symboles qui n’ont aucunement ce caractère. Il serait bien difficile de deviner quelles ont pu être exactement ses intentions ; mais le moins qu’on puisse dire est qu’il témoigne d’un goût fort prononcé pour l’hétérodoxie, et même pour les pires formes de celle-ci, puisqu’il va jusqu’à s’efforcer de les retrouver là même où il n’y en a pas la moindre trace. Dans la dernière partie, qui est soi-disant consacrée à la « doctrine rosicrucienne », il n’y a en réalité, rien de spécifiquement rosicrucien ; mais l’idée même de vouloir établir un lien entre le Rosicrucianisme et la « doctrine luciférienne » nous paraît extrêmement suspecte, ainsi que certaines réflexions au sujet de la Maçonnerie, ou la fréquente association des mots « luciférien » et « initiatique », ou encore telle phrase sur l’Islam où nous retrouvons cette bizarre obsession de la couleur verte que nous avons déjà eu l’occasion de signaler ; en présence de pareilles choses, on ne saurait assurément être trop méfiant…
Robert Ambelain. Au pied des Menhirs (Éditions Niclaus, Paris). – Dans cet autre ouvrage, il s’agit cette fois de la tradition celtique, sujet certainement plus « sympathique » que le précédent ; l’exposé qui en est fait n’apporte en somme rien de bien nouveau, mais l’auteur a éprouvé le besoin d’y mêler des considérations tirées de la science moderne et qui font là un assez curieux effet. Comme cette tradition n’est connue que très imparfaitement, on comprend d’ailleurs qu’il ait été quelque peu embarrassé pour remplir ce volume, et, dans la dernière partie, la façon dont il s’en est tiré est d’une assez ingénieuse fantaisie : après avoir reproduit les Triades bardiques, il n’a rien trouvé de mieux que de les compléter… par les Vers d’Or pythagoriciens ! Le livre se termine par quelques informations sur le « mouvement celtique » contemporain, qui ne sont pas sans intérêt, si toutefois elles sont bien sûres ; ce qui malheureusement fait naître quelque doute à cet égard, c’est qu’il est dit qu’il s’agit en partie de « renseignements inédits, venant d’archives privées, qu’il nous sera possible de préciser un jour » ; et, comme ils ne contiennent en somme rien qui paraisse être de nature à justifier une telle réserve, cela nous rappelle involontairement certains procédés dont les occultistes ne sont que trop accoutumés de se servir… En tout cas, nous pouvons y relever une affirmation bien étonnante et inattendue, suivant laquelle « le rituel maçonnique anglais repose tout entier sur des traditions celtiques » : voilà une assertion qu’il serait difficile d’appuyer, non pas seulement par quelques similitudes comme il s’en rencontre entre les formes traditionnelles les plus différentes, mais par des arguments vraiment sérieux. Au surplus, si les auteurs de la déviation « spéculative » avaient été réellement des « initiés celtiques », cela ne donnerait pas une bien haute idée des connaissances que ceux-ci ont conservées ; et puis dans tout cela, que fait-on de l’ancienne Maçonnerie opérative ?
Jean Mallinger. Notes sur les Secrets ésotériques des Pythagoriciens (Éditions Niclaus, Paris). – Nous avons déjà vu précédemment un ouvrage du même auteur sur Pythagore ; il continue ses études dans le même sens, mais le résultat, il faut bien le dire, en est plutôt décevant. Ici, il s’agit des akousmata pythagoriciens, préceptes qui sont regardés comme ayant un caractère ésotérique et qui devaient l’avoir en effet, car ils sont généralement revêtus d’une forme énigmatique ou symbolique qui ne s’expliquerait guère autrement ; mais alors il devait y avoir là autre chose que ce qu’y a vu M. Mallinger, car les interprétations qu’il en donne n’ont rien de bien ésotérique ni de vraiment profond. Ainsi, sur le « secret des fèves », il a rassemblé quelques données plus ou moins curieuses, mais dont il ne se dégage aucune conclusion définie ; et, si d’autre part il a du moins compris que le « pain » représente la doctrine traditionnelle, ses commentaires à ce propos ne dépassent pas un niveau très élémentaire ; mais nous retrouvons là une allusion à la « chaîne apostolique des traditions occultes », dont nous voudrions bien savoir comment il l’entend exactement… Une grande partie du livre est consacrée à des questions se rapportant à la naissance et à la mort, d’après des « sources » diverses ; on y sent souvent l’influence des modernes idées occultistes, et aussi une vive préoccupation des phénomènes « métapsychiques » ; en somme, les citations assez abondantes des auteurs anciens sont ce qu’il y a de plus intéressant là-dedans. Nous avons aussi relevé au passage quelques détails plutôt amusants : ainsi, l’auteur reproduit sans examen, au sujet des « portes zodiacales », la méprise de M. Carcopino que nous avons signalée ici autrefois : il paraît croire que les Hindous sont des Bouddhistes, et il va même jusqu’à donner, en parlant de l’enseignement bouddhique, une référence au Rig-Véda ! N’oublions pas de noter encore que, en terminant, il n’a pas pu s’empêcher de reparler de l’« état ancien et primitif », dont nous avons donné l’explication « ésotérique », si l’on peut dire, à propos de son précédent ouvrage ; à notre avis, il ferait sûrement beaucoup mieux de le laisser « en sommeil ».
1947 г.
(перевод на русский язык отсутствует)