Année 1949
– Dans la revue Études (n° de décembre 1948), le R. P. Jean Daniélou a publié un article intitulé Le yogi et le Saint, à propos de différents ouvrages concernant les doctrines hindoues, parmi lesquels les nôtres : nous devons dire franchement que, d’après ce que nous avions eu l’occasion de voir de lui précédemment sur d’autres sujets, nous nous serions attendu à plus de compréhension de sa part. Il est vrai que, au début, il a soin de marquer une différence entre la doctrine traditionnelle authentique telle que nous l’exposons et « l’hindouisme moderne, nous dirions presque moderniste », que d’autres s’attachent à présenter, et cela est assurément très bien ; mais, par la suite, il ne maintient guère rigoureusement cette distinction essentielle, si bien qu’on ne sait plus toujours très exactement à qui ou à quoi s’adressent ses critiques et ses objections, et qu’en définitive elles aboutissent malheureusement à une méconnaissance complète de l’idée même de la tradition. Il renouvelle la confusion qui consiste à parler de « mystique » au sujet de l’Inde, et il éprouve même le besoin de ressusciter la conception d’une soi-disant « mystique naturelle » lancée jadis par quelques philosophes « néo-scolastiques » dans les Études carmélitaines, qui elles-mêmes en sont d’ailleurs arrivées maintenant, comme on a pu le voir par ce que nous en avons dit récemment, à adopter une nouvelle attitude assez différente de celle-là… Nous n’entrerons pas dans le détail des erreurs d’interprétation qui, pour la plupart, ne sont que des conséquences plus ou moins directes de cette équivoque : ainsi, pour en donner un exemple, le Yoga n’est nullement assimilable à l’« union mystique », et toute comparaison qu’on prétendra établir en partant d’une telle assimilation sera nécessairement faussée par là-même. Nous ne comprenons d’ailleurs pas comment l’auteur, écrivant que « la mystique hindoue est une mystique de l’unité impersonnelle » a pu mettre en note une référence pure et simple à un de nos ouvrages, ce qui risque fort de faire croire à ses lecteurs que nous-même avons dit cela ou quelque chose d’équivalent ; un semblable procédé nous paraît pour le moins étrange, et il est difficilement concevable aussi qu’on puisse pousser l’incompréhension jusqu’à qualifier de « subtil syncrétisme » l’affirmation de l’unité transcendante de toutes les formes traditionnelles ! Mais ce qui est peut-être le plus curieux, c’est ceci : tout ce que le P. Daniélou dit des insuffisances de toute « sagesse humaine » est parfaitement juste en soi, et non seulement nous sommes entièrement d’accord avec lui là-dessus, mais nous irions même volontiers encore plus loin que lui en ce sens ; seulement, nous ne saurions trop protester contre l’application qu’il veut en faire, car, lorsqu’il est question de la tradition hindoue, et d’ailleurs également de toute tradition quelle qu’elle soit, ce n’est aucunement de cela qu’il s’agit, la tradition n’étant précisément telle qu’en raison de sa nature essentiellement supra-humaine. Les intentions les plus « conciliantes », si elles n’impliquent pas la reconnaissance de ce point fondamental, tombent en quelque sorte dans le vide, puisque ce à quoi elles s’adressent n’a rien de commun avec ce qui existe en réalité, et elles ne peuvent même qu’inciter à quelque méfiance ; une allusion à une tentative poursuivie actuellement pour créer une mystique chrétienne de structure « hindouiste » donne en effet à penser que certains n’ont pas renoncé aux visées « annexionnistes » que nous avons dénoncées autrefois. Quoi qu’il en soit, la conclusion qu’il nous faut surtout tirer nettement de tout cela, c’est qu’aucune entente n’est réellement possible avec quiconque a la prétention de réserver à une seule et unique forme traditionnelle, à l’exclusion de toutes les autres le monopole de la révélation et du surnaturel.
– La Revue de l’Histoire des Religions (n° de juillet-décembre 1948) contient un article de M. Mircea Eliade intitulé Le « dieu lieur » et le symbolisme des nœuds ; il s’agit en premier lieu de Varuna, mais, dans l’Inde vêdique elle-même, celui-ci n’est pas le seul « dieu lieur », et, d’autre part, on trouve dans les traditions les plus diverses des concepts qui répondent au même « archétype », et aussi des rites qui utilisent le symbolisme du « liage », en l’appliquant d’ailleurs dans les domaines multiples et très différents les uns des autres. M. Eliade remarque très justement que ces similitudes n’impliquent pas nécessairement une filiation « historique » comme celle que supposent les partisans de la « théorie des emprunts », et que tout cela est loin de se laisser réduire exclusivement à une interprétation « magique » ou même « magico-religieuse » et est en connexion avec toute une série d’autres symboles, tels que « le tissage du Cosmos, le fil de la destinée humaine, le labyrinthe, la chaîne de l’existence, etc. » , qui en définitive se rapportent à la structure même du monde et à la situation de l’homme dans celui-ci. Il nous paraît particulièrement important de noter ici le rapport du symbolisme des nœuds avec celui du tissage, et d’ajouter que, au fond, tous ces symboles se rattachent plus ou moins à celui du sûtrâtmâ dont nous avons souvent parlé ; en ce qui concerne le symbolisme « labyrinthique », nous rappellerons notre article intitulé Encadrements et labyrinthes (n° d’octobre-novembre 1947) et l’étude d’A. K. Coomaraswamy à laquelle il se référait et que mentionne aussi M. Eliade ; il est d’ailleurs possible que nous ayons encore à revenir sur cette question.
– Un article de M. E. Lamotte sur La légende du Buddha est surtout, en réalité, un exposé des vues discordantes qui ont été soutenues sur ce sujet par les orientalistes, et notamment des discussions entre les partisans de l’explication « mythologique » et ceux de l’explication « rationaliste » ; d’après ce qui est dit de l’état actuel de la question, il semble qu’on ait fini par reconnaître généralement l’impossibilité de séparer les éléments authentiquement biographiques des éléments légendaires. Cela n’a sans doute pas une bien grande importance au fond, mais ce doit être plutôt pénible pour des gens aux yeux desquels le point de vue historique est à peu près tout ; et comment pourrait-on faire comprendre à ces « critiques » que le caractère « mythique » ou symbolique de certains faits n’exclut pas forcément leur réalité historique ? Ils en sont réduits, faute de mieux, à comparer les textes pour tâcher d’en dégager les « états successifs » de la légende et les divers facteurs qui sont censés avoir contribué à son développement.
– Dans le deuxième n° d’une revue intitulée Hind, qui semble accueillir indistinctement des choses fort disparates (il paraît que cela s’appelle être « objectif »), mais dont la tendance dominante est visiblement très « moderniste », un orientaliste, M. Louis Renou, a donné, sous le titre L’Inde et la France, une sorte d’historique des travaux sur l’Inde faits en France depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Cela ne présente évidemment, dans son ensemble, aucun intérêt spécial à notre point de vue ; mais il s’y trouve un paragraphe qui mérite d’être reproduit intégralement (il s’agit de l’utilité qu’il peut y avoir à « conserver un certain contact avec cette masse anonyme de lecteurs au sein desquels peut surgir un jour une vocation », et qui n’est sans doute pas autre chose que ce qu’on appelle communément le « grand public ») : « ce contact ne doit pas, cependant, être recherché au détriment de la vérité. Il y a toujours quelque abus de pouvoir à trancher dans l’arène de questions délicates, surtout pour un domaine comme l’indianisme où tant de problèmes attendent leur solution. Mais tout est une question de mesure. Ce qui est franchement malhonnête, c’est d’utiliser l’Inde et la spiritualité indienne pour bâtir d’ambitieuse et vaines théories à l’usage des Illuminés d’Occident. Par le foisonnement des systèmes, par l’étrangeté de certaines conceptions, la pensée indienne donnait ici, il faut l’avouer, quelque tentation. C’est en partant de notions et d’images indiennes, plus ou moins déformées, que sont nées les sectes néo-bouddhistes, les mouvements théosophiques qui ont pullulé en Occident. Le succès des élucubrations d’un René Guénon, ces soi-disant révélations sur la Tradition dont il se croit le détenteur, montrent assez le danger. On veut distinguer à côté de l’indianisme officiel ou universitaire, voué, comme on nous dit, à la grammaire, un indianisme qui seul atteint à l’essence des choses. En réalité, un indianisme de voyageurs superficiels, de journalistes, quand ce n’est pas celui de simples exploiteurs de la crédulité publique, qui se flattent d’instruire un public ignorant sur le Vêdânta, le Yoga ou le Tantrisme ». Tous ceux qui ont la moindre connaissance de notre œuvre sauront apprécier comme il convient l’« honnêteté » du procédé qui consiste à placer la phrase qui nous vise, et dont ils pourront admirer par surcroît l’exquise politesse, entre la mention des théosophistes et celle des voyageurs et des journalistes ; si incompréhensif que puisse être un orientaliste, il n’est tout de même guère possible qu’il le soit au point de n’avoir aucunement conscience de l’énormité de pareils rapprochements. Nous souhaiterions à M. Louis Renou, ou à n’importe lequel de ses confrères, d’avoir fait seulement la millième partie de ce que nous avons fait nous-même pour dénoncer la malfaisance de ceux qu’il appelle les « Illuminés d’Occident » ! D’un autre côté, nous n’avons assurément rien de commun avec les voyageurs, superficiels ou non, ni avec les journalistes, et nous n’avons jamais fait, fût-ce occasionnellement, ni l’un ni l’autre de ces métiers ; nous n’avons jamais écrit une seule ligne à l’intention du « grand public », dont nous ne nous soucions nullement, et nous ne pensons pas que personne puisse pousser plus loin que nous le mépris de tout ce qui est « vulgarisation »). Ajoutons que nous ne prétendons être le « détenteur » de quoi que ce soit, et que nous nous bornons à exposer de notre mieux ce dont nous avons pu avoir connaissance d’une façon directe, et non point à travers les « élucubrations » déformantes des orientalistes ; mais évidemment, aux yeux de ceux-ci, c’est un crime impardonnable de ne pas consentir à se mettre à leur école et de tenir par-dessus tout à garder son entière indépendance pour pouvoir dire « honnêtement » et « sincèrement » ce qu’on sait, sans être contraint de le dénaturer pour l’accommoder à leurs opinions profanes et à leurs préjugés occidentaux. Maintenant, que nous en soyons arrivé à être considéré comme un « danger » à la fois par les orientalistes « officiels ou universitaires » et par les « Illuminés d’Occident », théosophistes et occultistes de toute catégorie, c’est là une constatation qui ne peut certainement que nous faire plaisir, car cela prouve que les uns et les autres se sentent atteints et craignent de voir sérieusement compromis le crédit dont ils ont joui jusqu’ici auprès de leurs « clientèles » respectives… Nous noterons encore que l’article en question se termine par un éloge de Romain Rolland, ce qui est un trait bien significatif en ce qui concerne la mentalité de certaines gens ; après l’attaque encore plus ridicule qu’odieuse que M. Louis Renou a trouvé bon de lancer contre nous, sans même essayer de la justifier par l’ombre d’une critique tant soit peu précise, nous éprouvons une certaine satisfaction à le voir déclarer qu’il « ne pouvait mieux clore cette étude qu’en évoquant la mémoire » de ce personnage dont le sentimentalisme niais s’apparente d’assez près à celui des théosophistes et autres « néo-spiritualistes » et a d’ailleurs tout ce qu’il faut pour plaire au « public ignorant » qui se laisse prendre aux racontars des journalistes et des voyageurs. Enfin, détail vraiment amusant, l’article est accompagné, en guise d’illustration, de la photographie d’un fragment de manuscrit sanscrit dont le cliché a été mis à l’envers ; ce n’est sans doute là qu’un accident de mise en pages, mais qui n’en a pas moins en quelque sorte une valeur de symbole, car il n’arrive que trop souvent aux orientalistes d’interpréter les textes à l’envers !
– Dans Atlantis (n° de septembre 1948), M. Paul Le Cour (il s’est décidé pour cette fois à signer d’une façon « normale »), se mettant À la recherche d’une doctrine, la commence par un prétendu exposé du Brahmanisme, qui, comme on pouvait s’y attendre de sa part, n’en est en réalité qu’une odieuse caricature ; outre les fantaisies habituelles sur la « race aryanne » ou « arganne » et sur Aor-Agni, il y a là à peu près autant d’erreurs que de mots, et il y en a même par surcroît quelques-unes qui ne se rapportent pas au Brahmanisme, témoin cette assertion vraiment énorme que « les Soufis sont les tenants du Mazdéisme » ! Le but principal de ce beau travail semble être, non seulement de dénigrer l’Inde une fois de plus, mais plus particulièrement de persuader à ses lecteurs qu’elle a tout emprunté à l’Occident, surtout à la Grèce et… au Christianisme nestorien : il n’en est évidemment pas à un anachronisme près. Tout cela ne mérite certainement pas qu’on s’arrête à le relever en détail, et ce serait franchement risible si, au fond, il n’était pas plutôt triste de voir s’étaler ainsi tant de haineuse incompréhension. En ce qui nous concerne, nous devons constater que, malgré toutes nos rectifications, il s’obstine à nous attribuer, pour la vingtième fois peut-être, une phrase, toujours la même, que nous n’avons jamais écrite ; dans ces conditions, est-il encore possible d’admettre qu’il le fait avec une entière bonne foi ? Au surplus, nous devons encore lui signifier expressément que nous n’avons jamais entendu nous faire le « propagateur » de quoi que ce soit, et aussi que nous n’avons jamais eu aucun « disciple ». Dans un compte rendu dérisoire du livre de notre collaborateur F. Schuon (il s’est encore amusé, suivant son habitude, à compter les mots de certaines phrases) il a laissé échapper une affirmation qu’il est bon d’enregistrer : il écrit que « l’intuition intellectuelle, c’est l’esprit d’invention, la technique, l’instinct des insectes, des castors » (combien cela est « intellectuel » en effet !), ce qui revient à dire que, en dépit de toutes nos explications précises, il la confond purement et simplement avec l’intuition Bergsonienne, ou qu’il confond le supra-rationnel avec l’infrarationnel ; cela seul ne suffit-il pas à donner assez exactement la mesure de la compréhension dont il est capable ? Voilà quelqu’un qui est vraiment bien qualifié pour dénoncer chez les autres de prétendues « erreurs »… qui n’en sont que pour ceux qui, comme lui, ignorent totalement le véritable sens des doctrines traditionnelles !
– Dans Atlantis, M. Paul Le Cour, s’étant mis À la recherche d’une doctrine, avait commencé ce qu’il lui plaît d’appeler une « étude objective » par une pitoyable diatribe contre le Brâhmanisme dont nous avons parlé en son temps (voir n° de janvier-février 1949), et il a continué en s’occupant du Bouddhisme. Nous n’avons pas eu connaissance du n° qu’il a consacré au Bouddhisme en général, mais seulement du suivant (n° de janvier 1949), dans lequel il est plus spécialement question du Lamaïsme ; naturellement, on y retrouve la plupart des opinions qui traînent un peu partout en Occident : déclamations contre les « pratiques grossières et superstitieuses », ce qui vise surtout le Tantrisme ; confusion qui fait prendre les mantras pour des « formules magiques » ; attribution d’un caractère « mystique » à ce qui est tout autre chose en réalité, allant même jusqu’à parler d’une « initiation mystique », qu’il faudrait d’ailleurs distinguer d’une « initiation ésotérique » ayant simplement pour but de « procurer les pouvoirs » ! Laissons là ce beau gâchis, et constatons seulement que l’auteur énonce triomphalement, dans ses conclusions, que le Lamaïsme « ne remonte qu’au VIIe siècle de notre ère », comme si jamais personne avait prétendu le contraire ; il est vrai que cela permet de supposer sans trop d’invraisemblance qu’il a été « influencé par le Christianisme », ce qui explique sa satisfaction ; à part cela, nous ne trouvons guère, comme digne d’être noté, que le reproche bien amusant qui est fait au Bouddhisme de « ne pas se préoccuper du démiurge » ! En ce qui nous concerne, M. Paul Le Cour nous traite encore de « propagandiste de l’Hindouisme » ; nous devons donc lui signifier une fois de plus que nous n’avons jamais été le « propagandiste » de quoi que ce soit, et que, étant donné tout ce que nous avons écrit aussi explicitement que possible contre la propagande sous toutes ses formes, cette assertion constitue une calomnie bien caractérisée.
P. S. – On nous a signalé que, dans une Histoire de la Littérature française publiée récemment par M. Henri Clouard, il y avait un passage nous concernant ; nous en avons été fort étonné, car notre œuvre n’a assurément, à aucun point de vue, rien de commun avec la littérature. Cela était pourtant vrai, et ce passage témoigne d’ailleurs d’une assez remarquable incompréhension ! Comme il n’est pas très long, nous le reproduisons intégralement pour que nos lecteurs puissent en juger : « René Guénon, savant auteur d’une Introduction à l’étude des doctrines hindoues (1921), et qui estime avoir trouvé dans l’Orient de Tagore et même de Gandhi le seul refuge possible d’une intellectualité désintéressée et pure (Orient et Occident, 1924), a construit dans Les États multiples de l’être une métaphysique de l’ascension à Dieu par une série d’épurations qui équivaut à une longue expérience mystique. Le lecteur a le droit de se demander si le Dieu de Guénon est autre chose qu’un état subjectif de sérénité ; il accepte en tout cas de voir traiter en dangereuses idoles Science et Progrès ; il se laisse enseigner une philosophie du détachement. Mais il se rappelle avec scepticisme et mélancolie ces premières années de l’entre-deux-guerres où l’on écoutait l’Allemagne défaite vaticiner sur le déclin de l’Occident, où la traduction du livre anglais de Fernand (sic) Ossendowski Bêtes, Hommes et Dieux (1924), faisait fureur, et où l’Europe parut s’abandonner aux appels pernicieux des pays ancestraux d’Asie, si fidèles à eux-mêmes, si mystérieux et d’où peut toujours surgir à nouveau Gengis-Khan ». – D’abord, nous ne nous sommes jamais occupé que de l’Orient traditionnel, qui est assurément fort éloigné de « l’orient de Tagore et de Gandhi » ; celui-ci ne nous intéresse pas le moins du monde, et aucun de nos ouvrages n’y fait la moindre allusion. Ensuite, nous ne voyons pas trop bien ce que peut vouloir dire « une métaphysique de l’ascension à Dieu », ni comment ce qui est métaphysique pourrait équivaloir à une « expérience mystique » ; nous n’avons d’ailleurs rien « construit », puisque nous nous sommes toujours borné à exposer de notre mieux les doctrines traditionnelles. Quant au Dieu qui serait un « état subjectif », cela nous paraît entièrement dépourvu de sens ; après que nous avons si souvent expliqué que tout ce qui est « subjectif » ou « abstrait » n’a pour nous absolument aucune valeur, comment peut-on bien nous attribuer une pareille absurdité ? Nous ne savons à quoi tendent au juste les rapprochements de la fin, mais ce que nous savons bien, c’est qu’ils ne reposent sur rien ; tout cela est bien peu sérieux… Enfin, nous nous demandons ce qui a déterminé le choix des trois livres qui sont mentionnés de préférence à tous les autres, à moins que ce ne soient les seuls que M. Clouard ait eu l’occasion de lire ; en tout cas, les amateurs de « littérature » qui s’en rapporteront à lui seront vraiment bien renseignés !
1949
– В журнале Études (№ за декабрь 1948 г.) преподобный Жан Даниэлу опубликовал статью под названием Le yogi et le Saint [Йог и святой], в которой речь идёт о различных работах, посвященных индусским учениям, в том числе и о наших: мы должны честно сказать, что, исходя из того, что мы имели возможность ранее видеть его работы по другим темам, мы ожидали от него большего понимания. Правда, вначале он старается провести различие между подлинным традиционным учением, которое мы излагаем, и «современным, или даже модернистским индуизмом», который другие стремятся представить, и это, безусловно, очень верно; но впоследствии он скорее не придерживается строго этого важного различия, так что не всегда ясно, к кому или к чему относятся его критические замечания и возражения, и в конечном итоге они, к сожалению, приводят к полному непониманию самой идеи традиции. Он возобновляет смешение, заключающееся в том, что говорит о «мистике» в отношении Индии, и даже испытывает потребность возродить концепцию так называемой «естественной мистики», выдвинутой некогда некоторыми философами «неосхоластиками» в Études carmélitaines, которые сами, впрочем, теперь пришли, как можно было заметить из того, что мы недавно говорили об этом, к принятию новой позиции, довольно сильно отличающейся от прежней... Мы не будем вдаваться в подробности ошибок интерпретации, которые в большинстве являются лишь более или менее прямыми следствиями этой двусмысленности: так, например, Йога никоим образом не может быть приравнена к «мистическому союзу», и любое сравнение, которое будет установлено исходя из такого отождествления, обязательно будет искажено самим этим фактом. Мы также не понимаем, как автор, написав, что «индусская мистика – это мистика безличного единства», мог поместить в сноске простую ссылку на одну из наших работ, что может заставить его читателей поверить, что мы сами сказали это или что-то равнозначное; подобный прием кажется нам, по меньшей мере, странным, и трудно представить, чтобы можно было дойти до непонимания, назвав утверждение о трансцендентном единстве всех традиционных форм «тонким синкретизмом»! Но, пожалуй, самое любопытное в следующем: все, что отец Даниэлу говорит о недостатках любой «человеческой мудрости», само по себе совершенно справедливо, и мы не только полностью согласны с ним в этом, но и с удовольствием пошли бы ещё дальше в этом направлении; только мы не можем не возражать против его толкований, потому что, когда речь идёт об индусской традиции, а также о любой другой, речь идёт совсем не об этом, поскольку традиция является собой именно в силу своей сущностно сверхчеловеческой природы. Самые «примирительные» намерения, если они не подразумевают признания этого основополагающего момента, некоторым образом повисают в воздухе, поскольку то, к чему они обращаются, не имеет ничего общего с существующим в реальности, и они могут лишь вызвать некоторое недоверие; намек на попытку, предпринимаемую в настоящее время для создания христианской мистики «индуистской» структуры, действительно наводит на мысль, что некоторые не отказались от «аннексионистских» взглядов, которые мы когда-то осуждали. Как бы то ни было, вывод, который мы должны прежде всего чётко извлечь из всего этого в том, что никакое согласие не является действительно возможным с тем, кто претендует на сохранение за одной-единственной традиционной формой монополии на откровение и сверхъестественное, исключая все остальные.
– Журнал La Revue de l’Histoire des Religions (выпуск за июль-декабрь 1948 года) содержит статью г-на Мирчи Элиаде под названием Le « dieu lieur » [«Бог-связыватель»] и символизм узлов. Речь идёт, прежде всего, о Варуне, но в ведической Индии он не единственный «бог-связыватель», и, с другой стороны, в самых разных традициях встречаются понятия, которые соответствуют одному и тому же «архетипу», а также ритуалы, использующие символизм «связывания», применяя его, помимо прочего, в самых разных и многочисленных областях. Г-н Элиаде справедливо замечает, что эти сходства не обязательно подразумевают «историческую» преемственность, как предполагают сторонники «теории заимствований», и что всё это далеко не сводится исключительно к «магической» или даже «магико-религиозной» интерпретации и связано с целым рядом других символов, таких как «ткань космоса, нить человеческой судьбы, лабиринт, цепь бытия и т. д.», которые в конечном итоге относятся к самой структуре мира и положению человека в нём. Нам кажется особенно важным отметить здесь связь символизма узлов с символизмом ткачества и добавить, что, в сущности, все эти символы более или менее связаны с символом сутратмы, о котором мы часто говорили. Что касается символизма лабиринта, мы напомним нашу статью под названием Encadrements et labyrinthes [Ограждения и лабиринты] (выпуск за октябрь-ноябрь 1947 года) и исследование А. К. Кумарасвами, на которое он ссылался и которое также упоминает г-н Элиаде. Кроме того, возможно, нам ещё придется вернуться к этому вопросу.
– Статья г-на Э. Ламотта о «Легенде о Будде» на самом деле представляет собой изложение противоречивых взглядов, которые высказывались по этому поводу ориенталистами, и, в частности, дискуссий между сторонниками «мифологического» объяснения и сторонниками «рационалистического» объяснения. Судя по тому, что говорится о текущем состоянии вопроса, похоже, что в конечном итоге была признана невозможность отделить подлинно биографические элементы от легендарных. В сущности, это, несомненно, не имеет большого значения, но это должно быть довольно неприятно тем, для кого историческая точка зрения является почти всем. И как можно объяснить этим «критикам», что «мифический» или символический характер некоторых фактов не обязательно исключает их историческую реальность? В лучшем случае они сравнивают тексты, чтобы попытаться выделить «последовательные состояния» легенды и различные факторы, которые, как считается, способствовали её развитию.
– Во втором номере журнала под названием Hind, который, похоже, без разбора принимает совершенно разные тексты (говорится, что это и есть «объективность»), но доминирующая тенденция которого явно очень «модернистская», востоковед г-н Луи Рену опубликовал под названием L’Inde et la France [Индия и Франция] своего рода исторический обзор работ об Индии, выполненных во Франции с XVIII века до наших дней. Очевидно, в целом это не представляет особого интереса с нашей точки зрения. Но в нем есть абзац, который заслуживает того, чтобы привести его полностью (речь идёт о пользе, которую может принести «поддержание определённого контакта с этой анонимной массой читателей, кто-то из которых однажды может обрести призвание», и которая, несомненно, есть не что иное, как то, что обычно называют «широкой публикой»): «однако этот контакт не должен быть установлен в ущерб истине. Всегда есть некоторое злоупотребление властью в том, чтобы решать сложные вопросы на арене, особенно для такой области, как индоведение, где так много проблем ждут своего решения. Но всё дело в мере. Откровенно нечестно использовать Индию и индийскую духовность для построения амбициозных и тщетных теорий для просвещенных людей Запада. Признаем, что из-за обилия систем и необычности некоторых концепций индийская мысль давала здесь определенный соблазн. Именно исходя из индийских понятий и образов, более или менее искаженных, возникли нео-буддийские секты, теософские движения, которые расплодились на Западе. Успех измышлений Рене Генона, этих так называемых откровений о Традиции, хранителем которой он себя считает, достаточно ясно демонстрирует эту опасность. Рядом с официальным или академическим индоведением, которое, как нам говорят, посвящено грамматике, хотят выделить индоведение, в котором человек достигает сути вещей. В действительности, это индоведение поверхностных путешественников, журналистов, а иногда и просто эксплуататоров общественного доверия, которые льстят себе, что просвещают невежественную публику относительно Веданты, Йоги или Тантры». Все, кто хоть немного знаком с нашими работами, смогут по достоинству оценить «честность» приема фразы, в которой речь идёт о нас, и изысканную вежливость, которую можно оценить в полной мере, между упоминанием о теософистах и путешественниках и журналистах. Каким бы непонятливым ни был ориенталист, всё же вряд ли возможно, чтобы он был настолько непонятлив, чтобы не осознавать чудовищности подобных сопоставлений. Мы бы хотели, чтобы г-н Луи Рену или кто-либо из его коллег сделали хотя бы тысячную часть того, что сделали мы, чтобы разоблачить злонамеренность тех, кого он называет «просвещенными людьми Запада»! С другой стороны, у нас определённо нет ничего общего ни с поверхностными, ни с неповерхностными путешественниками или журналистами, и мы никогда, даже эпизодически, не занимались ничем из этого; мы никогда не писали ни одной строчки для «широкой публики», о которой мы вообще не беспокоимся, и мы не думаем, что кто-либо может презирать «популяризацию» больше нас. Добавим, что мы не претендуем быть «обладателями» чего-либо и просто излагаем наилучшим образом то, что узнали напрямую, а не через искажающие «выдумки» ориенталистов; но, очевидно, в их глазах это непростительное преступление – не согласиться пойти в их школу и прежде всего сохранить полную независимость, чтобы иметь возможность «честно» и «искренне» говорить то, что знаешь, не будучи вынужденным искажать сказанное, чтобы приспособить к их светским взглядам и западным предрассудкам. Так мы оказались в «угрожающей» позиции как для «официальных или университетских» ориенталистов, так и для «западных просветленных», теософистов и оккультистов всех категорий. Это констатация, которая, безусловно, может нам только понравиться, поскольку доказывает, что и те и другие чувствуют себя задетыми и боятся, что серьёзно пострадает доверие, которым они до сих пор пользовались у своих «клиентов»... Мы также отметим, что рассматриваемая статья заканчивается похвалой Ромену Роллану, что является весьма показательной чертой в отношении менталитета некоторых; после более нелепой, чем отвратительной атаки, которую г-н Луи Рену счел нужным начать против нас, даже не пытаясь оправдать её тенью хоть какой-то конкретной критики, мы испытываем некоторое удовлетворение, видя, как он заявляет, что «не мог лучше завершить это исследование, чем вызвав в памяти» этого персонажа, чья глупая сентиментальность довольно близка к сентиментальности теософистов и других «неоспиритуалистов» и, кроме того, имеет всё, что нужно, чтобы понравиться «невежественной публике», которая покупается на рассказы журналистов и путешественников. Наконец, действительно забавная деталь: статья сопровождается в качестве иллюстрации фотографией фрагмента рукописи на санскрите, которая была помещена вверх ногами; это, несомненно, просто оплошность при вёрстке, но в некотором роде это имеет символическое значение, поскольку востоковеды слишком часто интерпретируют тексты наоборот!
– В Atlantis (№ за сентябрь 1948 г.) г-н Поль Ле Кур (на этот раз он решил подписаться «нормальным» образом), начинает исследование с мнимого изложения брахманизма, которое, как и следовало ожидать от него, на самом деле является лишь отвратительной карикатурой; помимо обычных фантазий о «арийской» или «арганской» расе и об Аор-Агни, ошибок там примерно столько, сколько слов, и есть даже такие, которые не относятся к брахманизму, например, поистине чудовищное утверждение, что «суфии являются приверженцами маздеизма»! Главная цель этой «прекрасной» работы, похоже, состоит не только в том, чтобы в очередной раз очернить Индию, но и, в частности, убедить своих читателей в том, что она всё заимствовала у Запада, особенно у Греции и... несторианского христианства: очевидно, что ему не привыкать к анахронизмам. Всё это, безусловно, не заслуживает подробного рассмотрения, и было бы откровенно смешно, если бы в глубине души не было грустно видеть, как проявляется столь полное ненависти непонимание. Что касается нас, мы должны констатировать, что, несмотря на все наши исправления, он упорно приписывает нам, может быть, в двадцатый раз, одну и ту же фразу, которую мы никогда не писали; в этих условиях возможно ли ещё допустить, что он делает это с полной добросовестностью? Кроме того, мы должны ещё раз прямо заявить ему, что мы никогда не намеревались быть «распространителями» чего-либо и что у нас никогда не было «учеников». В насмешливом обзоре книги нашего коллеги Ф. Шуона (он снова, по своему обыкновению, развлекался подсчетом слов в некоторых предложениях) он высказал утверждение, которое следует записать: он пишет, что «интеллектуальная интуиция – это изобретательность, техника, инстинкт насекомых, бобров» (куда уж «интеллектуальнее»!), что равносильно тому, чтобы сказать, что, несмотря на все наши точные объяснения, он просто-напросто путает её с бергсоновской интуицией или что он путает сверхрациональное с инфрарациональным; разве этого недостаточно, чтобы довольно точно определить меру его понимания? Вот человек, действительно хорошо подходящий на роль разоблачителя мнимых «ошибок» у других... которые являются таковыми только для тех, кто, как и он, совершенно не знает истинного смысла традиционных учений!
– В Atlantis г-н Поль Ле Кур, начал изложение того, что ему нравится называть «объективным исследованием», с жалкой тирады против брахманизма, о которой мы говорили в своё время (см. номер от января-февраля 1949 года), и продолжил, занявшись буддизмом. Мы не знаем номера, который он посвятил буддизму в целом, только следующий (номер от января 1949 года), в котором более конкретно рассматривается ламаизм; естественно, в нём встречается большинство мнений, которые бродят повсюду на Западе: декламации против «грубой и суеверной практики», что в основном относится к тантре; смешение, заставляющее принимать мантры за «магические формулы»; приписывание «мистического» характера тому, что на самом деле является совсем иным, вплоть до разговоров о «мистической инициации», которую, кстати, нужно отличать от «эзотерической инициации», единственной целью которой является «получение силы»! Оставим это примечательное смешение и просто отметим, что автор торжественно заявляет в своих выводах, что ламаизм «восходит лишь к VII веку нашей эры», как будто кто-то когда-либо утверждал обратное; правда, это позволяет предположить без особой неправдоподобности, что он был «под влиянием христианства», что объясняет его удовлетворение; кроме этого, мы едва ли находим что-либо, достойное внимания, кроме забавного упрека буддизму в том, что он «не заботится о демиурге»! Что касается нас, то г-н Поль Ле Кур снова называет нас «пропагандистом индуизма»; поэтому мы должны ещё раз заявить ему, что мы никогда не были «пропагандистами» чего бы то ни было, и что, учитывая всё, что мы написали как можно более ясно против пропаганды во всех её формах, это утверждение представляет собой клевету.
P. S. – Нам сообщили, что в Histoire de la Littérature française [Истории французской литературы], недавно опубликованной г-ном Анри Клуаром, есть отрывок, касающийся нас; мы были этому очень удивлены, потому что наши работы, безусловно, ни в коем случае не имеют ничего общего с литературой. Тем не менее, это оказалось правдой, и этот отрывок, кстати, свидетельствует о довольно заметном непонимании! Поскольку он не очень длинный, мы воспроизводим его полностью, чтобы наши читатели могли судить сами: «Рене Генон, ученый автор Введения в изучение индусских учений (1921), считающий, что нашёл на Востоке Тагора и даже Ганди единственное возможное убежище для бескорыстного и чистого интеллекта («Восток и Запад», 1924), построил в Множественных состояниях существа метафизику восхождения к Богу посредством ряда очищений, что равносильно длительному мистическому опыту. Читатель вправе задаться вопросом, является ли Бог Генона чем-то иным, кроме субъективного состояния безмятежности; в любом случае он соглашается рассматривать Науку и Прогресс как опасных идолов; он позволяет научить себя философии отрешенности. Но он вспоминает со скептицизмом и меланхолией те первые годы между двумя мировыми войнами, когда все слушали побежденную Германию, пророчествующую об упадке Запада, когда перевод английской книги Фернанда (sic) Оссендовского Звери, люди и боги (1924) пользовался бешеным успехом, и когда Европа, казалось, поддалась пагубным призывам родовых стран Азии, столь верных себе, столь загадочных и откуда всегда может снова появиться Чингисхан». – Во-первых, мы всегда занимались только традиционным Востоком, который, безусловно, очень далек от «востока Тагора и Ганди»; последний нас нисколько не интересует, и ни в одном из наших трудов нет на него ни малейшего намёка. Во-вторых, мы не очень понимаем, что может означать «метафизика восхождения к Богу» и как то, что является метафизическим, может быть равносильно «мистическому опыту»; кроме того, мы ничего не «строили», поскольку всегда ограничивались тем, что как можно лучше излагали традиционные учения. Что касается Бога, который был бы «субъективным состоянием», то это нам кажется совершенно бессмысленным; после того, как мы так часто объясняли, что всё «субъективное» или «абстрактное» для нас не имеет абсолютно никакой ценности, как нам могут приписывать такую нелепость? Мы не знаем, к чему в конечном итоге стремятся сближения в конце, но мы хорошо знаем, что они ни на чём не основаны; все это несерьёзно… Наконец, мы задаемся вопросом, что определило выбор трёх книг, которые упоминаются в первую очередь, если только это не единственные книги, которые г-н Клуар имел возможность прочитать; в любом случае, любители «литературы», которые будут полагаться на него, теперь будут действительно хорошо осведомлены!