Année 1937
C. Kerneiz. Le Hatha-Yoga ou l’art de vivre selon l’Inde mystérieuse. (Éditions Jules Tallandier, Paris). – Ce livre est plus « sensé » que ne le sont généralement les publications occidentales qui prétendent traiter du même sujet : il contient des réflexions très justes sur l’inutile agitation de la vie moderne ; les exercices qu’il indique sont de ceux qui tout au moins ne présentent aucun danger sérieux, et, sur des questions comme celle du régime alimentaire, il fait preuve d’une modération qui contraste heureusement avec certaines outrances anglo-saxonnes… Mais tout cela n’est point le Hatha-Yoga ; c’est, si l’on veut, quelque chose qui s’inspire de ses méthodes jusqu’à un certain point, mais pour les appliquer à des fins entièrement différentes. Le Hatha-Yoga, en effet, n’est pas du tout un « art de vivre » ; il est un des modes de préparation au véritable Yoga, c’est-à-dire à la réalisation métaphysique, et, s’il peut produire certains effets d’ordre physiologique, il ne s’y attache pas plus qu’il ne vise, comme d’autres l’ont imaginé, à provoquer le développement de « pouvoirs » psychiques ; tout cela n’est qu’« accidents » au sens le plus exact du mot. C’est dire qu’il ne saurait nullement être considéré comme une sorte de « thérapeutique » ; et, d’ailleurs, la meilleure preuve en est qu’une des conditions rigoureusement exigées de ceux qui veulent en entreprendre la pratique, c’est d’être en parfait état de santé. Nous remarquons d’ailleurs ici, à ce propos, une méprise sur la signification même du mot hatha : il veut bien dire « force », mais dans le sens d’« effort » et même de « violence », dans une acception comparable à celle de la parole évangélique : « Le Royaume des Cieux appartient aux violents » ; et il contient encore bien d’autres choses, car, symboliquement, ha est le Soleil et tha est la Lune, avec toutes leurs correspondances ; nous voilà certes bien loin de la physiologie, de l’hygiène et de la thérapeutique… Et c’est encore une autre erreur de penser que le Hatha-Yoga, tel qu’il est réellement, peut s’adresser à ceux qui ne sont rattachés en aucune façon à la tradition hindoue ; là comme en tout ce qui ne s’en tient pas à la simple théorie, il y a une question de transmission régulière qui joue un rôle essentiel. Bien entendu, cette question n’a pas à intervenir quand on n’a en vue, comme c’est le cas ici, que des buts tout à fait étrangers à la connaissance traditionnelle, mais, encore une fois, ce n’est plus de Hatha-Yoga qu’il s’agit alors, et il ne faudrait pas s’illusionner à ce sujet ; nous ne voulons pas y insister davantage, mais il nous a semblé que ces quelques précisions ne seraient pas inutiles pour remettre un peu les choses au point.
E. Techoueyres. À la recherche de l’Unité, essais de philosophie médicale et scientifique. (Librairie J. -B. Baillière et Fils, Paris). – Le premier « essai » qui donne son titre au volume, porte ce sous-titre assez significatif : Les aspirations de l’âme hindoue et les tendances de la science occidentale contemporaine ; il s’agit donc là d’une de ces tentatives de rapprochement dont nous avons dit souvent combien elles sont illusoires. Ici, d’ailleurs, cette tentative implique une méprise complète sur la nature des doctrines hindoues : l’auteur n’y voit que « philosophie », que « recherche » et « pensée » purement humaine, dont il croit qu’elles tendent aux mêmes fins que la science profane ; il faut dire qu’il paraît avoir été induit en erreur, à cet égard, par ce qu’il appelle la « pensée moderne et syncrétique de l’Inde », c’est-à-dire par les écrits de quelques auteurs affectés par les idées occidentales et qui n’ont guère d’hindou que leur origine. Il y a là-dedans beaucoup de confusions, dont certaines sont assez étranges, comme celles qui consistent à prendre le « mental » pour « l’esprit », à croire que le « cœur » représente le sentiment pour les Hindous comme pour les Occidentaux modernes, et, chose encore plus grave, à voir dans l’Inde une « philosophie du devenir » qui « communie étroitement avec les idées directrices de William James et de Bergson » ! Des autres « essais » qui sont consacrés surtout à des questions de « méthodologie » scientifique, nous ne dirons que peu de chose : ils sont, dans leur ensemble, d’inspiration très « bergsonnienne » ; ce n’est certes pas en confondant tout qu’on atteint l’unité ; il faut au contraire savoir mettre chaque chose à sa place, et les « antagonismes » eux-mêmes ne sont point une « erreur », pourvu qu’on en limite la portée au domaine où ils s’appliquent réellement ; mais, comment pourrait-on comprendre l’unité véritable quand on ne conçoit rien au-delà du « devenir » ?
Paul Brunton. A Hermit in the Himalaya. (Leonard and Co., London). – Ce nouveau livre de Mr Paul Brunton est en quelque sorte le journal d’une « retraite » qu’il fit dans l’Himâlaya, près de la frontière indo-thibétaine, après avoir vainement essayé d’obtenir l’autorisation de séjourner au Thibet même. Il ne faudrait pas s’attendre à y trouver une unité quelconque : les descriptions de la région et les récits d’incidents divers et d’entretiens avec quelques rares visiteurs s’y mêlent à des réflexions sur les sujets les plus variés ; le tout se lit d’ailleurs agréablement. Ce qu’il y a peut-être de plus curieux là-dedans, c’est l’opposition qu’on sent constamment entre certaines aspirations de l’auteur et sa volonté de rester malgré tout « un homme du XXe siècle » (et nous pourrions ajouter un Occidental) ; il la résout tant bien que mal en se faisant du « Yoga », pour son propre usage, une conception qu’il qualifie lui-même d’« hétérodoxe » et en bornant toute son ambition, dans l’ordre spirituel, à l’obtention d’un état de calme et d’équilibre intérieur qui est assurément, en lui-même, une chose fort appréciable, mais qui est encore bien éloigné de toute véritable réalisation métaphysique !
Henri-L. Mieville. Vers une Philosophie de l’Esprit ou de la Totalité. (Éditions des Trois Collines, Lausanne, Librairie Félix Alcan, Paris). – Nous aurions certainement ignoré la publication de ce gros livre de philosophie protestante si l’on ne nous avait signalé que l’auteur avait jugé bon de faire une incursion sur un terrain fort éloigné du sien, pour s’en prendre à la tradition brâhmanique… et à nous-même ; incursion plutôt malheureuse, disons-le tout de suite, mais qui mérite tout de même quelques mots de mise au point. Ce qu’il y a de plus frappant, c’est que les critiques qu’il formule reposent presque entièrement sur de fausses interprétations des termes que nous employons : ainsi, il ne veut pas admettre qu’on puisse « confiner la pensée rationnelle dans l’individuel » parce que, dit-il, elle « vaut en principe pour tout être qui pense » ; mais, hélas, « tout être qui pense », c’est bien là précisément, pour nous, quelque chose qui appartient au domaine purement individuel, et il nous semble avoir pris assez de précautions pour l’expliquer sans laisser place à aucune équivoque. Le « non-dualisme » est pour lui la « doctrine de la non-dualité de l’esprit et de la matière », alors que nous avons eu grand soin de préciser qu’il ne s’agissait nullement de cela, et que d’ailleurs la notion même de « matière » ne se rencontrait nulle part dans la doctrine hindoue. La métaphysique brâhmanique, ou même la métaphysique sans épithète, ne « consiste » certes point en « propositions affirmant des relations entre des concepts » ; elle est absolument indépendante de toute « imagination verbale », aussi bien que de toute « pensée discursive » ; il confond manifestement avec la pseudo-métaphysique des philosophes ! Qu’il soit incapable de concevoir le Non-Être au-delà de l’Être, ou l’unité sans la multiplicité, ou encore « l’intuition intellectuelle totalement distincte de la raison », nous l’admettons bien volontiers, et d’ailleurs nous n’y pouvons rien ; mais que, du moins, il veuille bien ne pas prétendre nous imposer ses propres limitations. Qu’il lui plaise de donner aux mots un autre sens que nous, c’est encore admissible ; mais ce qui ne l’est pas du tout, c’est qu’il leur attribue encore ce sens quand il veut exposer ce que nous-même avons dit, si bien qu’il en arrive à donner tout simplement l’impression de quelqu’un qui ne sait pas lire… Ce qui est franchement amusant, c’est le reproche final de « n’être jamais là où l’adversaire voudrait engager le combat » ; s’imagine-t-il donc que la doctrine traditionnelle consent à se reconnaître des « adversaires » et qu’elle peut s’abaisser à des « combats » ou à des discussions quelconques ? Ce sont là d’étranges illusions : dans ce domaine, disons-le nettement, on comprend où on ne comprend pas, et c’est tout ; c’est peut-être très regrettable pour les philosophes et autres profanes, mais c’est ainsi. Dans ces conditions, il est bien évident que le soi-disant « adversaire » ne pourra jamais faire autre chose que de se débattre dans le vide, et que tous ses arguments porteront inévitablement à faux ; il ne nous déplaît certes pas qu’on nous ait donné l’occasion de le constater encore une fois de plus.
Shrî Aurobindo. Aperçus et Pensées. Traduits de l’anglais avec préface de Jean Herbert (Union des Imprimeries, Frameries, Belgique). – Ce petit livre est la première œuvre de Shrî Aurobindo Ghose qui soit publiée en français : c’est un recueil d’aphorismes et de courts fragments sur des sujets divers, tels que le but réel de l’existence, la nature de l’homme et sa relation avec le monde et avec Dieu, les « chaînes » qui empêchent l’être d’atteindre à la libération, et d’autres encore ; tout cela, qu’il est évidemment impossible de résumer, est à lire et surtout à méditer. Il faut espérer que cette traduction sera suivie de celle d’ouvrages plus importants d’un homme qui, bien qu’il présente parfois la doctrine sous une forme un peu trop « modernisée » peut-être, n’en a pas moins, incontestablement, une haute valeur spirituelle ; mais nous ne pensons certes pas qu’il soit souhaitable, comme le dit l’auteur de la préface, qu’il trouve un Romain Rolland pour écrire sa biographie… et pour le défigurer par sa sentimentalité incompréhensive et bien occidentale !
Jean Herbert. Quelques grands penseurs de l’Inde moderne. Causeries faites à « Radio-Genève » en juin 1937 (Union des Imprimeries, Frameries, Belgique). – Les conférences réunies dans ce petit volume, évidemment destinées « au grand public », peuvent faire craindre chez leur auteur une certaine tendance à la « vulgarisation » ; et celle-ci impose nécessairement des simplifications excessives, dont certains sujets ne s’accommodent guère. Ainsi, est-il bien exact de présenter comme des « penseurs », au sens que ce mot a en Occident, Shrî Râmakrishna, Shrî Ramana Maharshi, Shrî Aurobindo, dont il est question ici, ou, ne sont-ils pas plutôt, les deux premiers surtout, quelque chose de tout différent, dont il n’est assurément guère possible de donner une idée « au grand public » européen ? Ainsi encore, il est erroné de dire que Shrî Râmakrishna « abandonna l’hindouisme » à un certain moment, et qu’il se « fit chrétien », puis musulman ; la vérité est tout autre, ainsi que M. Ananda K. Coomaraswamy l’a expliqué ici même ; mais il serait certes bien difficile de faire comprendre ce qu’il en est à des auditeurs non préparés. Nous n’y insisterons donc pas davantage, et nous ferons seulement encore une autre remarque : au sujet de Shrî Ramana Maharshi, M. Herbert dit que son enseignement « offre cette particularité remarquable de prétendre n’apporter absolument rien de nouveau » ; or, ceci, bien loin d’être une « particularité », est au contraire la seule attitude normale et valable dans toute civilisation traditionnelle ; et, ajouterons-nous, c’est précisément pour cela qu’il ne peut y avoir là de « penseurs » ni surtout d’inventeurs de systèmes philosophiques, c’est-à-dire d’hommes qui mettent l’originalité individuelle au-dessus de la vérité.
Jean Marquès-Rivière. L’Inde secrète et sa magie. (Les Œuvres Françaises, Paris.) – Ce petit volume se présente comme un récit de voyage, non pas uniquement descriptif, mais accompagné d’aperçus doctrinaux, et auquel, à vrai dire, on a parfois l’impression que l’auteur a dû mêler quelque peu le souvenir de ses lectures. Ce qui provoque cette remarque, ce n’est pas tant qu’il y a, dans l’ensemble, quelque chose qui rappelle l’« allure » du livre de M. Paul Brunton, dont nous avons rendu compte en son temps, et qui se trouve justement avoir été traduit en français sous le titre un peu trop semblable de L’Inde secrète ; c’est surtout qu’on rencontre çà et là, dans les propos attribués à divers interlocuteurs, des formules ou des phrases déjà vues ailleurs. Il y a même aussi quelques invraisemblances : ainsi, une certaine histoire de « Rose-Croix d’Asie », qui nous remet en mémoire au moins deux affaires plus que suspectes, dont nous savons que précisément l’auteur a eu également connaissance ; une correspondance astrologique des différentes traditions, indiquée dans le même chapitre, et où il n’y a pas une seule attribution correcte. Il n’y en a pas moins à côté de cela, d’autres choses qui sont excellentes, par exemple, les réflexions sur l’impossibilité où se mettent en général les Européens, par leur attitude même, de pénétrer quoique ce soit de l’Orient, sur le sens réel des rites hindous, sur le caractère erroné des opinions qui ont cours en Occident à l’égard du Tantrisme, ou encore sur la nature du seul véritable secret, qui réside dans l’« incommunicable », ce qui n’a assurément rien à voir avec les prétendus « secrets occultes » dont il a été question plus haut. Cependant, quand on songe aux précédentes « variations » de l’auteur on ne peut se défendre de quelque inquiétude en présence de la sympathie qu’il témoigne de nouveau à l’Orient et à ses doctrines ; ce retour sera-t-il durable ? Pour tout dire franchement, quelques confusions un peu « tendancieuses » comme celle qui consiste à parler du « mysticisme » là où il s’agit réellement de tout autre chose, et que nous n’avons déjà rencontrée que trop souvent, font penser involontairement à d’autres sympathies, aussi inattendues que peu désintéressées, qui se sont manifestées dans certains milieux en ces dernières années, et dont nous avons eu à parler en diverses occasions ; souhaitons pourtant que celle-ci soit d’une meilleure qualité, et qu’il n’y subsiste rien des arrière-pensées « missionnaires » qui perçaient en certains passages du Bouddhisme au Thibet… Quoi qu’il en soit n’oublions pas, à propos de confusions, de signaler une comparaison assez fâcheuse des méthodes hindoues de développement spirituel avec les méthodes psychologiques modernes (encore une fausse assimilation qui paraît décidément se répandre de plus en plus), et aussi la curieuse méprise qui fait regarder des facultés essentiellement psychiques comme des « possibilités du corps humain » ; à côté des vues très justes que nous notions tout à l’heure, des choses comme celle-là mettent une note étrangement discordante ; mais du moins est-il heureux que de magie en dépit du titre, il ne soit pas beaucoup question.
1937
К. Кернейз, Le Hatha-Yoga ou l'art de vivre selon l'Inde mystérieuse [Хатха-йога или искусство жизни согласно таинственной Индии] (Издательство Éditions Jules Tallandier, Париж). – Эта книга более «осмысленна», чем большинство западных изданий, претендующих на рассмотрение той же темы: она содержит очень справедливые рассуждения о бесполезном беспокойстве современной жизни; упражнения, которые она предлагает, относятся к тем, которые, по крайней мере, не представляют серьёзной опасности, а в таких вопросах, как диета, она демонстрирует умеренность, которая удачно контрастирует с некоторыми англосаксонскими перегибами... Но всё это – ни в коей мере не хатха-йога; это, если угодно, нечто, что до определённой степени вдохновляется её методами, но только лишь с той целью, чтобы применить их в абсолютно иной области. Хатха-йога вовсе не является «искусством жизни»; это один из способов подготовки к истинной йоге, то есть к метафизической реализации, и, хотя она может производить определённые эффекты физиологического характера, она не занимается этим, и не ставит своей целью, как думают другие, вызвать развитие психических «сил»; всё это лишь «условности» [accidents] в самом точном смысле этого слова. Это означает, что её ни в коем случае нельзя рассматривать как разновидность «терапии»; также лучшим доказательством этого является то, что одним из условий, неукоснительно требуемых от желающих приступить к практике, является безупречное здоровье. В связи с этим отметим непонимание самого значения слова «хатха»: оно действительно означает «сила», но в смысле «усилие» и даже «насилие», в смысле, сопоставимом с евангельским: «Царство Небесное силою берётся»; и в нем содержится многое другое, потому что символически ha – это Солнце, а ṭha – Луна, со всеми их соответствиями; что, конечно, очень далеко от физиологии, гигиены и терапии... Ещё одна ошибка – думать, что хатха-йога, какова она есть в своей сути, может быть адресована тем, кто никак не связан с индусской традицией; здесь, как и во всём, что выходит за рамки простой теории, существенную роль играет вопрос регулярной передачи. Конечно, этот вопрос не стоит, если, как в данном случае, подразумеваются только цели, полностью чуждые традиционному знанию, но, опять-таки, тогда речь уже перестаёт идти о уже не вопрос хатха-йоге, и не следует заблуждаться на этот счёт; мы не хотим останавливаться на этом подробнее но считаем, что эти разъяснения не бесполезны для некоторого прояснения ситуации.
E. Тешуэр, À la recherche de l’Unité, essais de philosophie médicale et scientifique [В поисках единства, эссе по медицинской и научной философии] (Издательство Librairie J.-B. Baillière et Fils, Париж). – Первое «эссе», давшее название книге, носит довольно показательный подзаголовок: Устремления индусстской души и тенденции современной западной науки; мы видим здесь одну из тех попыток уподобления, об иллюзорности которых мы часто говорили. Более того, здесь эта попытка подразумевает полное непонимание природы индусских учений: автор видит в них только «философию», чисто человеческие «исследования» и «мысль», которые, по его мнению, стремятся к тем же целям, что и профаническая наука; надо сказать, что в этом отношении он, похоже, был введён в заблуждение тем, что он называет «современной и синкретической мыслью Индии», то есть трудами некоторых авторов, подверженных влиянию западных идей и имеющих в себе из индусского почти ничего кроме происхождения. Здесь много смешений, некоторые из которых довольно странные, например, путается «ментальное» и «дух», полагается, что «сердце» для индусов означает сентиментальное, как и для современных западных людей, и, что ещё более серьёзно, в Индии находят «философию осуществления», которая «тесно связана с руководящими идеями Уильяма Джеймса и Бергсона»! О других «эссе», посвящённых в основном вопросам научной «методологии», мы скажем лишь несколько слов: в целом они очень вдохновлены «бергсонизмом»; разумеется, не запутывая все вещи, мы достигаем единства; но мы должны знать, как поставить их свои места, а сами «антагонизмы» не являются «ошибкой», если мы ограничиваем их сферу действия областью, где они применимы; но как мы можем понять истинное единство, если не представляем себе ничего за пределами «становления»?
Пол Брантон, A Hermit in the Himalayas [Отшельник в Гималаях] (Издательство Leonard and Co., Лондон). – Эта новая книга мистера Пола Брантона – своего рода дневник его «отшельничества» в Гималаях, недалеко от индо-тибетской границы, после тщетных попыток получить разрешение на пребывание в самом Тибете. Не стоит ожидать, что в ней можно найти какое-то единство: описания местности, рассказы о различных происшествиях и интервью с редкими посетителями перемежаются с размышлениями на самые разные темы; но в целом книга читается приятно. Пожалуй, самое любопытное в ней – постоянное противоречие между некоторыми стремлениями автора и его желанием оставаться, несмотря ни на что, «человеком XX века» (и, надо сказать, западным человеком); он разрешает его как может, принимая для себя концепцию «йоги», которую сам называет «гетеродоксальной», и ограничивая свои амбиции в духовной сфере достижением состояния спокойствия и внутреннего равновесия, что, конечно, очень ценно, но и очень далеко от настоящей метафизической реализации!
Анри-Л. Мьевиль, Vers une Philosophie de l’Esprit ou de la Totalité [К философии духа или тотальности]. (Издательство Éditions des Trois Collines, Лозанна, Librairie Félix Alcan, Париж). – Мы, конечно, проигнорировали публикацию этой большой книги по протестантской философии, если бы нам не сообщили, что автор счёл нужным вторгнуться на территорию, далекую от его собственной, чтобы напасть на брахманическую традицию... и на нас самих; скажем сразу, атака получилась довольно неудачной, но всё же заслуживающей некоторых пояснений. Самое поразительное, что его критика почти полностью основана на неверном толковании применяемых нами терминов: например, он не хочет признавать, что «рациональное мышление ограничено индивидом», потому что, по его словам, оно «в принципе применимо к каждому мыслящему существу»; но, увы, именно «каждое мыслящее существо» для нас относится именно к чисто индивидуальной области, и нам кажется, что мы приняли достаточно мер предосторожности, чтобы объяснить это без каких-либо двусмысленностей. Для автора «недвойственность» – это «учение о недвойственности духа и материи», в то время как мы постарались показать, что имеется в виду совсем не это, и что само понятие «материя» нигде не встречается в индусском учении. Брахманическая метафизика, или даже метафизика без специального определения, конечно же, не «состоит» из «утверждений об отношениях между понятиями»; она абсолютно независима от какого-либо «словесного воображения», равно как и от какого-либо «дискурсивного мышления»; автор явно путает её с псевдо-метафизикой философов! Неспособность представить себе Не-существование вне Существования, или единство без множественности, или «интеллектуальную интуицию, полностью отличную от разума», мы вполне допускаем, и более того, мы ничего не можем с этим поделать; но пусть автор хотя бы воздержится от претензий навязать нам свои собственные ограничения. То, что ему нравится придавать словам значение, отличное от нашего, ещё допустимо; но что совсем не допустимо, так это то, что он продолжает придавать им это значение, когда хочет объяснить то, что мы сами сказали, так что в итоге автор просто производит впечатление человека, который не умеет читать... Откровенно забавен последний упрек автора в том, что мы «никогда не оказываемся там, где противник хотел бы вступить в бой»; неужели автор воображает, что традиционное учение признаёт наличие у себя «противников» и что оно может опуститься до «боя» или дискуссии любого рода? Это странные иллюзии: в этой области, скажем прямо, люди либо имеют понимание либо не имеют, и это так; возможно, это очень прискорбно для философов и других профанов, но это так. В этих условиях совершенно очевидно, что так называемый «оппонент» никогда не сможет сделать ничего кроме нанесения ударов в пустоту, и все его аргументы неизбежно будут ошибочными; мы, конечно, не против того, чтобы нам дали возможность убедиться в этом ещё раз.
Шри Ауробиндо, Aperçus et Pensées [Озарения и размышления]. Перевод с английского с предисловием Жана Эрбера (Издательство Union des Imprimeries, Фрамри, Бельгия). – Эта небольшая книга – первая работа Шри Ауробиндо Гхоша, опубликованная на французском языке: она представляет собой сборник цитат и заметок на различные темы, такие как истинная цель бытия, природа человека и его отношения с миром и Богом, «цепи» мешающие существам достичь освобождения, и прочее; всё это, что, очевидно, невозможно обобщить, но работа стоит того, чтобы её прочесть, и, прежде всего, размышлять над содержанием. Остаётся надеяться, что за этим переводом последуют более значительные работы автора, который, хотя иногда и представляет учение в слишком «модернизированной» форме, несомненно, обладает высокой духовной значимостью; но мы, конечно, не думаем, что было бы желательно, как говорит автор предисловия, чтобы он нашёл Ромена Роллана для написания своей биографии... чтобы тот изуродовал её своей невразумительной и крайне западной сентиментальностью!
Жан Гербер, Quelques grands penseurs de l’Inde moderne. Causeries faites à « Radio-Genève » en juin 1937 [Некоторые из великих мыслителей современной Индии. Беседы, прочитанные на «Радио-Женевьев» в июне 1937 года] (Издательство Union des Imprimeries, Фрамри, Бельгия). – Содержащиеся в этом небольшом томе лекции, явно предназначенные для «широкой публики», могут вызвать опасения, что их автор склонен к «популяризации» [vulgarisation]; что неизбежно приводит к чрезмерным упрощениям, которое полностью недопустимо для некоторых вопросов. Например, действительно ли правильно представлять Шри Рамакришну, Шри Раману Махарши и Шри Ауробиндо как «мыслителей» в том смысле, который придается этому слову на Западе, или же они, особенно двое первых, представляют собой нечто совершенно иное, о чём, конечно, вряд ли возможно дать представление «широкой публике» в Европе? Опять же, неверно говорить, что Шри Рамакришна «оставил индуизм» в определенный момент и «стал христианином», а затем мусульманином; правда совсем другая, как объяснил г-н Ананда К. Кумарасвами; но неподготовленным слушателям, конечно, будет очень трудно это понять. Мы не будем останавливаться на этом дальше и сделаем лишь ещё одно замечание: о Шри Рамане Махарши г-н Гербер говорит, что его учение, «имеет примечательную особенность утверждать, что не предлагает абсолютно ничего нового». Это отнюдь не «особенность», а, напротив, единственно нормальное и правильное отношение в любой традиционной цивилизации; и, добавим мы, именно по этой причине не может быть «мыслителей» или, прежде всего, изобретателей философских систем, то есть людей, которые ставят индивидуальную оригинальность выше истины.
Жан Маркез-Ривьер, L'Inde secrète et sa magie [Тайная Индия и её магия]. (Издательство Les Œuvres Françaises, Париж.) – Этот небольшой том представлен в виде путевого очерка, не только описательного, но и сопровождаемого доктринальными замечаниями, которые, по правде говоря, иногда создают впечатление, что автор добавил что-то из прочитанных им книг. Причина этого замечания не столько в том, что в целом в книге есть что-то напоминающее «обороты» книги Поля Брантона, которую мы в своё время рецензировали и которая, как оказалось, была переведена на французский под очень похожим названием L'Inde secrète [Тайная Индия]; а, прежде всего в том, что то здесь, то там в словах, приписываемых различным собеседникам, мы наталкиваемся на формулировки или фразы, уже встречавшиеся в других местах. Есть даже некоторые неправдоподобные вещи: например, некий рассказ о «Розенкрейцерах Азии», который заставляет вспомнить по крайней мере два более чем подозрительных случая, о которых, как мы знаем, автор также был осведомлен; астрологическое соответствие между различными традициями, описанное в той же главе, в которой нет ни одного правильного соотнесения. Тем не менее наряду с этим есть и другие, довольно ценные замечания, например, размышления о невозможности для европейцев в целом, в силу самой их позиции, проникнуть во что-либо Восточное, о подлинном смысле индусских обрядов, об ошибочном характере мнений, распространённых на Западе в отношении тантры, или о природе единственной истинной тайны, которая заключается в «непередаваемом», что, конечно, не имеет ничего общего с так называемыми «оккультными тайнами», о которых говорилось выше. Однако, вспоминая предыдущие «вариации» автора, мы не можем не испытывать некоторого беспокойства по поводу того, что он вновь проявляет симпатию к Востоку и его учениям, породит ли возвращение автора к этой теме что-то действительно стоящее? Говоря прямо, некоторые «тенденциозные» смешения, вроде желания находить «мистицизм» там, где на самом деле речь совсем о другом, с которыми мы уже слишком часто сталкивались, невольно заставляют думать о других симпатиях, столь же неожиданных, сколь и не очень бескорыстных, которые проявились в определённых кругах в последние годы, и о которых нам приходилось говорить в разных случаях; будем надеяться, однако, что такое возвращение автора будет лучшего качества и не будет содержать скрытых «миссионерских» мотивов, очевидных в некоторых отрывках «Буддизма в Тибете»... В любом случае, говоря о смешении, не забудем упомянуть о довольно неудачном сравнении индусских методов духовного развития с современными психологическими методами (ещё одно ложное уподобление, которое, кажется, распространяется все шире), а также о любопытном недоразумении, которое подразумевает рассмотрение психических способностей как «возможностей человеческого тела»; рядом с очень верными взглядами, которые мы только что отметили, такие вещи вносят странно диссонирующую ноту; по крайней мере, хорошо, что, несмотря на название книги, в ней мало говорится о магии.