Année 1935
Hari Prasad Shastri. Teachings from the Bhagawadgita: translation, introduction and comments. (Luzac and Co., London). – Il existe déjà de nombreuses traductions de la Bhagavad-Gitâ dans les diverses langues occidentales ; celle-ci est incomplète, son auteur ayant supprimé les passages qui lui paraissent se rapporter à des conditions plus particulières à l’Inde, pour ne garder que ce qu’il estime avoir la valeur d’un enseignement « universel » ; nous pensons, pour notre part, que cette mutilation est plutôt regrettable. De plus, dominé par une idée de « simplicité » excessive, il ne donne qu’un sens assez extérieur, qui ne laisse rien transparaître des significations plus profondes ; et ses commentaires se réduisent en somme à assez peu de chose. On pourrait aussi relever des défauts de terminologie qui ne sont pas toujours sans importance ; contentons-nous de signaler, à cet égard, une confusion entre « non-dualisme » et « monisme ». Ce livre n’apportera certainement rien de nouveau à ceux qui connaissent déjà tant soit peu les doctrines hindoues ; mais peut-être pourra-t-il du moins contribuer à amener à leur étude quelques-uns de ceux qui ne les connaissent pas encore.
Hari Prasad Shastri. The Avadhut Gita : translation and introduction. (Chez l’auteur, 30, Landsdowne Crescent, London, W. II). – Ce petit volume est beaucoup plus intéressant que le précédent, car il s’agit ici d’un texte peu connu ; le mot avadhut est à peu près synonyme de jîvanmukta, de sorte que le titre pourrait se traduire par « Chant du Délivré », l’auteur est appelé Dattatreya, mais aucun autre écrit ne lui est attribué, et on ne sait pas exactement où ni quand il a vécu. En l’absence du texte, nous ne pouvons naturellement vérifier l’exactitude de la traduction dans le détail ; nous pouvons tout au moins relever une erreur en ce qui concerne âkâsha qui est en réalité l’« éther », et non point l’« espace » (en sanscrit dish) ; et nous nous demandons pourquoi Brahma, dans ce livre comme dans l’autre, est constamment orthographié Brhama. Mais, bien que nous ne voyions pas comment le traducteur a pu trouver une idée d’« amour » dans ce qui est une œuvre de pure « Connaissance », l’esprit du texte est, d’une façon générale, visiblement bien conservé et bien rendu dans la traduction. C’est là un très remarquable exposé de doctrine adwaita, qui, ainsi qu’il est dit dans l’introduction, « respire le plus pur esprit des Upanishads et de Shrî Shankarâchârya » et qui rappelle notamment l’Âtmâ-Bodha de celui-ci ; aussi la lecture ne saurait-elle en être trop recommandée.
Paul Brunton. A Search in secret India. (Rider and Co., London). – Ce récit d’un voyage dans l’Inde, et de rencontres avec des personnages de caractère fort varié, est intéressant et agréable à lire, quoique le ton, au début surtout, nous rappelle peut-être un peu trop que l’auteur est un journaliste de profession. Contrairement à ce qui a lieu trop souvent dans les ouvrages occidentaux de ce genre, les histoires de « phénomènes » n’y tiennent pas une place excessive ; l’auteur nous assure d’ailleurs que ce n’est pas là ce qui l’intéresse spécialement, et sans doute est-ce pour cette raison qu’il lui a été possible d’entrer en contact avec certaines choses d’un autre ordre, en dépit d’un « esprit critique » qui, poussé à un tel point, semble assez difficilement conciliable avec de profondes aspirations spirituelles. Il y a là quelque chose qui est assez curieux comme exemple de réactions spécifiquement occidentales, et même plus proprement anglo-saxonnes, en présence de l’Orient ; notamment, la difficulté d’admettre l’existence et la valeur d’une « activité non-agissante » est tout à fait caractéristique à cet égard. Ces résistances, avec les luttes et les hésitations qu’elles entraînent, durent jusqu’au jour où elles sont enfin vaincues par l’influence du mystérieux personnage qu’on surnomme le « Maharishee » ; les pages consacrées à ce dernier sont certainement les plus remarquables de tout le livre, que nous ne pouvons songer à résumer, mais qui vaut sûrement mieux, dans son ensemble, que beaucoup d’autres ouvrages d’allure plus prétentieuse, et qui ne peut que contribuer à éveiller chez ses lecteurs une sympathie pour la spiritualité orientale, et peut-être, chez quelques-uns d’entre eux, un intérêt d’ordre plus profond.
Hari Prasad Shastri. Book of Ram, The Bible of India by Mahâtma Tulsidas rendered into English. (Luzac and Co., London). – Ce « livre de Râma », écrit en hindi au XVIe siècle de l’ère chrétienne, ne doit pas être confondu avec l’antique Râmâyana sanscrit de Vâlmiki ; bien qu’il soit dit avoir été inspiré à Tulsidas par Râma lui-même, l’appellation de « Bible de l’Inde » est assez impropre, car, évidemment, elle s’appliquerait beaucoup mieux au Vêda. Dans ce livre, la voie de bhakti est surtout préconisée, ainsi qu’il convient d’ailleurs dans un écrit qui s’adresse au plus grand nombre ; cependant, l’enseignement en est incontestablement « non-dualiste » et indique nettement l’« Identité Suprême » comme le but ultime de toute « réalisation ». La traduction ne comporte que des extraits, mais choisis de façon à donner l’essentiel au point de vue doctrinal ; les notes qui l’accompagnent sont généralement claires, bien que l’on puisse y relever quelques confusions, notamment en ce qui concerne les périodes cycliques. Il est regrettable, d’autre part, qu’on ait voulu traduire tous les termes, même ceux qui, n’ayant pas d’équivalent réel dans les langues occidentales, devraient être conservés tels quels en y joignant une explication ; il en résulte parfois d’assez étranges assimilations : faut-il faire remarquer, par exemple, que la Trimûrti est tout à fait autre chose que la « Sainte Trinité » ?
Ananda K. Coomaraswamy. The Darker Side of Dawn. (Smithsonian Miscellaneous Collections, Washington). – Cette brochure contient de fort intéressantes remarques sur les dualités cosmogoniques, principalement en tant qu’elles sont représentées par une opposition entre « lumière » et « ténèbres » et sur certaines questions connexes, entre autres le symbolisme du serpent. Notons aussi un rapprochement fort curieux entre le sujet du Mahâbhârata et le conflit vêdique des Dêvas et des Asuras, qui pourrait évoquer également des similitudes avec ce qui se rencontre dans d’autres formes traditionnelles, de même d’ailleurs que ce qui concerne la couleur noire comme symbole du non-manifesté. Il est seulement à regretter que l’auteur se soit borné à indiquer toutes ces considérations d’une façon un peu trop succincte, en une vingtaine de pages à peine, et nous ne pouvons que souhaiter qu’il ait l’occasion d’y revenir et de les développer davantage dans des travaux ultérieurs.
Ananda K. Coomaraswamy. The Rig-Veda as Land-Náma-Bók. (Luzac and Co., London). – Ce titre fait allusion à un ancien livre islandais, littéralement « Livre de la prise de la terre », considéré ici comme comparable au Rig-Vêda sous certains rapports : il ne s’agit pas simplement d’une prise de possession par des conquérants, mais la thèse de l’auteur, qui nous semble parfaitement juste, est que, dans tous les écrits traditionnels de cette sorte, ce qui est décrit en réalité est la manifestation même des êtres à l’origine et leur établissement dans un monde désigné symboliquement comme une « terre », de sorte que les allusions géographiques et historiques, s’il y en a, n’ont elles-mêmes qu’une valeur de symbole et d’analogie, comme tout événement peut l’avoir effectivement en raison des correspondances macrocosmiques et microcosmiques. Ces vues sont appuyées par l’examen de la signification d’un certain nombre de termes fréquents et caractéristiques ce qui donne lieu à des considérations fort intéressantes touchant maints points doctrinaux ; nous sommes ici bien loin des interprétations grossièrement matérielles des orientalistes ; ceux-ci consentiront-ils du moins à y réfléchir un peu ?
Sri Ramana Maharshi. Five Hymns to Sri Arunachala. (Sri Ramanasramam, Tiruvannamalai, South India). – L’auteur de ces hymnes n’est autre que le « Maharishee » dont parle M. Paul Brunton dans son livre, A Search in secret India, dont nous avons rendu compte ici il y a quelque temps. Arunachala est le nom d’une montagne considérée comme lieu sacré et symbole du « Cœur du Monde » ; il représente l’immanence de la « Conscience Suprême » dans tous les êtres. Ces hymnes respirent une incontestable spiritualité ; au début, on pourrait croire qu’il s’agit seulement d’une voie de bhakti, mais le dernier englobe toutes les voies diverses, mais nullement exclusives, dans l’unité d’une synthèse procédant d’un point de vue vraiment universel. Dans la préface de cette traduction, M. Grant Duff oppose d’heureuse façon la spiritualité orientale à la philosophie occidentale ; il n’est que trop vrai que les subtilités de la dialectique ne servent guère qu’à faire perdre du temps !
1935
Хари Прасад Шастри, Teachings from the Bhagawadgita: translation, introduction and comments [Наствления Бхагавадгиты: перевод, введение и комментарии] (Издательство Luzac and Co., Лондон). – Существует уже много переводов Бхагавад-Гиты на различные западные языки; этот перевод является неполным, поскольку автор удалил те фрагменты, которые, как ему кажется, относятся к условиям, более свойственным Индии, чтобы сохранить только то, что, по его мнению, имеет ценность «универсального» учения; со своей стороны, мы считаем, что такое коверкание оригинального текста весьма прискорбно. Кроме того, руководствуясь идеей чрезмерной «простоты», он дает только внешнее значение, которое не раскрывает ничего из более глубоких смыслов; и его комментарии сводятся к минимуму. Есть и терминологические ошибки, не всегда несущественные; в этой связи отметим лишь смешение между «не-дуализмом» и «монизмом». Эта книга, конечно, не принесет ничего нового тем, кто уже немного знаком с индуисскими учениями; но, возможно, она поможет привлечь к их изучению тех, кто с ними ещё не знаком.
Хари Прасад Шастри, Avadhut Gita: translation and introduction [Авадхута Гита: перевод и введение] (От автора, 30 Landsdowne Crescent, Лондон, W. II). – Этот небольшой том гораздо интереснее предыдущего, поскольку посвящен малоизвестному тексту; слово avadhūta является более или менее полным синонимом дживанмукты, так что название можно перевести как «Песнь освобождённого», имя автора – Даттатрея, но ему не приписывают никаких других сочинений, и точно неизвестно, где и когда он жил. В отсутствие текста мы, конечно, не можем детально проверить точность перевода; мы можем, по крайней мере, отметить ошибку в отношении ākāśa, которое на самом деле является «эфиром», а не «пространством» (на санскрите diś); и мы задаемся вопросом, почему Брахма в этой книге, как и в других, постоянно пишется как Brhama. Но хотя мы не понимаем, как переводчик мог найти идею «любви» в том, что является вопросом чистого «Знания», дух текста, в целом, заметно хорошо сохранен и хорошо передан в переводе. Это очень замечательное изложение учения Адвайты, которое, как и говорится во введении, «дышит чистейшим духом Упанишад и Шри Шанкарачарьи», и которое, в частности, напоминает «Атма-Бодху» последнего; поэтому его нельзя не рекомендовать к прочтению.
Пол Брантон, A Search in secret India [Искания в тайной Индии] (издательство Rider and Co., Лондон). – Этот рассказ о путешествии по Индии и о встречах с персонажами самого разного характера – интересное и приятное чтение, хотя тон, особенно в начале, пожалуй, слишком напоминает о профессии журналиста автора. В отличие от того, что слишком часто случается в западных работах такого рода, рассказам о «феноменах» не придаётся чрезмерного значения; более того, автор уверяет, что это не то, что его особенно интересует, и, несомненно, именно по этой причине ему удалось соприкоснуться с некоторыми вещами другого порядка, несмотря на «критический дух», который, будучи доведенным до такой степени, кажется довольно трудно совместимым с глубокими духовными устремлениями. Здесь есть нечто весьма любопытное в качестве примера специфически западной и даже, скорее, англосаксонской реакции на Восток; в частности, трудность признания существования и ценности «деятельности недеяния» в этом отношении весьма показательна. Это сопротивление, сопряженное с борьбой и колебаниями, продолжалось пока не было окончательно преодолено влиянием таинственной фигуры, известной как «Махариши»; страницы, посвященные Махариши, безусловно, являются самыми примечательными во всей книге, которую мы даже не думаем обобщать, но которая в целом, несомненно, лучше многих других, более претенциозных работ, и которая может только помочь пробудить в своих читателях симпатию к восточной духовности, а возможно, в некоторых из них, и интерес более глубокого характера.
Хари Прасад Шастри, Book of Ram, The Bible of India by Mahâtma Tulsidas rendered into English [Книга Рамы, Библия Индии Махатмы Тулсидаса, переданная на английском языке] (Издательство Luzac and Co., Лондон). – Эту «Книгу Рамы», написанную на хинди в XVI веке н. э., не следует путать с древней санскритской «Рамаяной» Вальмики; хотя утверждается, что на её создание Тулсидаса вдохновил сам Рама, название «Библия Индии» довольно неуместно, поскольку оно, очевидно, гораздо лучше подходит к Ведам. В этой книге прежде всего раскрывается путь бхакти, что вполне уместно в тексте, адресованном широкому кругу людей; однако изложенное в ней учение несомненно «недвойственно» и чётко указывает на «Высшее Тождество» как конечную цель всей «реализации». Сам перевод содержит лишь части текста, но их выбор сделан с учётом намерения передать сущностную составляющую доктринальной точки зрения. Сопровождающие их примечания в целом ясны, хотя оставляют несколько вопросов, особенно в отношении циклических периодов. С другой стороны, вызывает сожаление попытка перевести все термины, даже те, которые, не имея реального эквивалента в западных языках, следует оставить как есть, добавив пояснение; это иногда приводит к довольно странным уподоблениям: следует указать, например, что Тримурти – это совершенно не «Святая Троица».
Ананда K. Кумарасвами, The Darker Side of Dawn [Тёмная сторона зари] (Издательство Smithsonian Miscellaneous Collections, Вашингтон). – В этой брошюре содержится несколько очень интересных замечаний о космогонических дуальностях, главным образом представленных оппозицией «светом» и «тьмы», и о некоторых связанных с ними вопросах, включая символизм змеи. Любопытна также связь между сюжетом «Махабхараты» и ведическим конфликтом дэвов и асуров, что может вызывать аналогии с тем, что можно встретить в других традиционных формах, а также с чёрным цветом как символом непроявленного. Остается только сожалеть, что автор ограничился слишком лаконичным изложением этих соображений едва ли на двадцати страницах, и мы можем лишь надеяться, что у него будет возможность вернуться к ним и развить их в последующих работах.
Ананда К. Кумарасвами, The Rig-Veda as Land-Náma-Bók (Издательство Luzac and Co., Лондон). – Это название относится к древнеисландской книге, буквально «Книге о захвате земли», которая рассматривается здесь как сопоставимая с Ригведой в некоторых отношениях: речь идёт не просто о захвате завоевателями, но о тезисе автора, который кажется нам совершенно верным, что во всех традиционных текстах такого рода на самом деле описывается ничто иное, как само проявление изначальных существ и их утверждение в мире, символически обозначаемом как «земля». Так что географические и исторические аллюзии, если они там и есть, сами по себе имеют лишь значение символа и аналогии, как и любое событие может иметь значимость только из-за соответствий макрокосмического и микрокосмического. Эти взгляды подкрепляются изучением значения ряда часто встречающихся и характерных терминов, что порождает некоторые очень интересные соображения, затрагивающие многие доктринальные моменты; здесь мы далеки от грубых материальных интерпретаций востоковедов; согласятся ли они хотя бы немного подумать над этим?
Шри Рамана Махарши, Five Hymns to Sri Arunachala [Пять гимнов Шри Аруначалы] (Издательство Sri Ramanasramam, Тируваннамалай, Южная Индия). – Автор этих гимнов – не кто иной, как «Махариши», о котором упоминает г-н Пол Брантон в своей книге A Search in secret India, о которой мы сообщали здесь некоторое время назад. Аруначала – это название горы, которая считается священным местом и символом «Сердца мира»; она олицетворяет имманентность «Высшего знания» во всех существах. Эти гимны излучают несомненную духовность; сначала можно подумать, что они относятся только к одному пути бхакти, но последний из них охватывает все возможные пути, ни в коем случае не исключающие друг друга в единстве синтеза, исходящего из поистине универсальной точки зрения. В предисловии к этому переводу г-н Грант Дафф с удовольствием противопоставляет восточную духовность и западную философию; что очень и очень верно, тонкости диалектики действительно служат лишь для того, чтобы тратить время!