Juin 1932
– Dans le Symbolisme (n° d’avril), Oswald Wirth, sous le titre Babel et Maçonnerie, déplore la diversité chaotique des rituels, dans laquelle il voit, non sans quelque raison, une marque d’ignorance de la vraie tradition : il se demande « comment en sortir », mais ne trouve finalement aucun remède bien défini à proposer, et nous ne saurions nous en étonner, car le « travail d’approfondissement » dont il parle en termes plutôt vagues n’est guère à la portée des « rationalistes », dont les aptitudes à « sonder le mystère » nous semblent plus que douteuses. – Armand Bédarride parle de La Religion et la Maçonnerie ; il faudrait tout d’abord s’entendre sur le sens précis à donner au mot « religion », et ce ne sont pas les définitions des philosophes profanes, dont la plupart confondent plus ou moins « religion », avec « religiosité », qui peuvent beaucoup contribuer à éclaircir la question. Il y aurait bien à dire aussi sur ce mystérieux « noachisme », qui vient assurément de fort loin, et dont les Maçons actuels ne semblent guère connaître la signification ; mais déjà ceux du XVIIIe siècle, lorsqu’ils se servirent de ce mot, en savaient-ils beaucoup plus long là-dessus ?
– Dans la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, le numéro du 1er mars (« partie occultiste ») est occupé presque en entier par la traduction d’extraits de l’ouvrage du « Maître Therion », alias Aleister Crowley, sur La Magie en théorie et en pratique, et des Constitutions de l’O.T.O. Vient ensuite une courte note intitulée Précisions, qui a la prétention d’être une mise au point de l’infâme article des Nouvelles critiques d’Ordre reproduit dans le numéro précédent ; pourquoi n’a-t-elle pas été placée immédiatement à la suite dudit article, si ce n’est qu’il fallait tout d’abord laisser à la calomnie le temps de faire son chemin, sans risquer de l’affaiblir si peu que ce soit ? D’ailleurs, à vrai dire, on ne rectifie pas grand’chose, en ce qui nous concerne du moins, car, par contre, la direction de certaine librairie reçoit toute satisfaction, ce qui ne nous surprend point ; on veut bien cependant reconnaître que nous ne « voyageons » pas… Quant aux « appuis » qu’on nous prête, nous ne nous arrêterons pas à relever des insinuations auxquelles nous nous reconnaissons incapable de comprendre quoi que ce soit ; nous admirerons seulement que ces gens puissent nous croire assez… naïf pour avoir été leur fournir une « clef », en toutes lettres, dans la dédicace d’un de nos livres ; c’est le comble du grotesque ! – Dans le numéro du 1er avril (« partie occultiste » également), suite des extraits d’Aleister Crowley, dont l’intérêt n’apparaît pas très clairement, et article sur L’Efficience morale nouvelle, sorte d’entreprise « mystico-commerciale » comme il en naît tous les jours en Amérique. La revue et la bibliographie fournissent encore l’occasion de quelques attaques contre nous, mais d’une si lamentable pauvreté que nous n’y perdrons pas notre temps : faut-il être à court d’arguments pour borner le compte rendu des États multiples de l’être à la reproduction d’une phrase par laquelle un universitaire manifestait sa parfaite incompréhension du Symbolisme de la Croix ! Pour ce qui est du reste, nous n’avons pas l’habitude de répondre à des grossièretés ; ajoutons seulement qu’il est bien imprudent d’évoquer le souvenir de l’Élue du Dragon : s’il y a lieu de revenir un jour sur ces « diableries », ce ne sont pas certaines disparitions qui nous en empêcheront… – Est-il vrai que le « Dr G. Mariani » ait trouvé une mort tragique, vers la fin de décembre dernier, dans un accident d’aviation ? S’il en est bien ainsi, ce serait donc à lui-même, et non pas à M. de Guillebert comme nous l’avions pensé, que se rapporterait la mention placée à la fin de son article publié dans le numéro du 1er février ; mais alors comment se fait-il que la R.I.S.S. n’ait pas annoncé clairement cette nouvelle, ni consacré la moindre note nécrologique à ce « regretté collaborateur » ? Craindrait-elle que la sombre atmosphère de drame dont elle est entourée n’impressionne fâcheusement ses lecteurs ? Quel est encore ce nouveau mystère ?
Il y a bien, dans le numéro du 1er avril, une phrase où il est parlé de « Mariani » au passé, mais cela ne saurait suffire ; nous ne voulons pourtant pas supposer qu’il ne s’agisse que d’une mort simulée… à la manière du pseudo-suicide d’Aleister Crowley ! Nous attendons des explications sur cette étrange affaire ; et, si elles tardent trop à venir, nous pourrions bien apporter nous-même des précisions en citant nos sources, ce qui ne serait sans doute pas du goût de tout le monde. Quoi qu’il en soit cette « disparition » a suivi de bien près celle de M. de Guillebert ; mais, au fait, pourquoi celui-ci, devenu subitement silencieux à la suite de nos allusions à l’affaire Le Chartier, n’a-t-il attendu que notre article sur Sheth pour mourir ?... Comprendra-t-on enfin, à la rédaction de la R.I.S.S. et ailleurs, qu’il est des choses auxquelles on ne touche pas impunément ?
Июнь 1932 г.
(перевод на русский язык отсутствует)