Mai 1932
– Dans le Symbolisme (n° de février), article d’Oswald Wirth sur Le Rosicrucisme (on dit habituellement « Rosicrucianisme ») : explications enfantines sur le symbolisme de la rose, de la croix et des nombres ; à vrai dire, ce n’est même plus du symbolisme, c’est tout au plus de l’allégorie ; et l’auteur donne de l’« initiation chrétienne » une idée… qui n’a rien d’initiatique. – Dans un autre article intitulé L’Église maçonnique anglaise et signé Diogène Gondeau, nous trouvons une étrange méprise : les Old Charges sont confondues avec les Constitutions de 1723, dont les auteurs s’appliquèrent précisément, tant qu’ils le purent, à faire disparaître les dites Old Charges, c’est-à-dire les documents de l’ancienne « Maçonnerie opérative ». Il est vrai que, dans un récent ouvrage antimaçonnique, dont l’auteur est pourtant un ex-Maçon, les mêmes Constitutions sont non moins curieusement identifiées aux landmarks, lesquels ont au contraire pour caractère essentiel d’être des règles qui ne furent jamais écrites et auxquelles on ne peut assigner aucune origine historique définie. – Dans le numéro de mars, Oswald Wirth parle de La conception initiatique de Goethe, à l’occasion du centenaire de la mort de celui-ci : de certaines citations de Wilhelm Meister, il semble résulter que Goethe a quelque peu méconnu la valeur du rituel ; mais nous voulons croire qu’il est tout de même allé plus loin qu’un « rationalisme humanitaire ». – Armand Bédarride traite de L’étude de la morale ; il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, notamment en ce qui concerne la connexion de la dégénérescence « moraliste » avec les influences protestantes qui se sont exercées à l’origine de la Maçonnerie moderne ; si vraiment il ne devait s’agir que de morale, à quoi bon le symbolisme ? Nous nous bornerons à remarquer une fois de plus combien il est regrettable qu’une notion insuffisamment nette de la « régularité » initiatique conduise à un « éclectisme » qui met tout sur le même plan, et qui fait aux conceptions profanes une place tout à fait illégitime.
– Dans le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (n° de janvier), suite de l’étude sur la construction du Temple de Salomon. – Dans le numéro de février, étude sur « la pierre angulaire et la clef de voûte », qui font partie du symbolisme de la Maçonnerie de Royale Arche.
– La Flèche a reparu après une éclipse de quelques mois ; nous y retrouvons, sans aucun changement, les tendances plus que suspectes que nous avons déjà signalées précédemment. Le numéro du 15 février contient une réponse au « Dr G. Mariani » (qualifié d’ailleurs de « distingué critique » !) ; on y lit, au sujet du « chef spirituel » qui aurait inspiré l’« action magique » dont cette publication se déclare l’organe, une histoire fort étrange, mais à laquelle nous sommes peu tenté d’ajouter foi jusqu’à plus ample informé. – À propos de La Flèche, nous avons constaté que l’article déjà reproduit par les Cahiers de l’Ordre (n° d’octobre) l’avait été également dans l’ouvrage antimaçonnique auquel nous faisions allusion tout à l’heure ; mais cette fois, au lieu d’en indiquer clairement la provenance, on le déclare seulement « extrait d’une revue à petit tirage d’un groupe luciférien très fermé, d’origine caucasienne ». Il faut sans doute grossir l’importance de l’adversaire et l’envelopper de mystère pour se donner à soi-même une raison d’être ; mais, franchement, les antimaçons qui emploient de tels procédés sont-ils bien qualifiés pour blâmer le charlatanisme de certains pseudo-ésotéristes ?
– Dans la Revue Internationale des Sociétés Secrètes (n° du 1er février, « partie occultiste »), le premier article s’intitule gracieusement Les poisons de l’Orient ; il est signé cette fois des seules initiales G. M., que précède cette mention quelque peu énigmatique : « Rédigé, ce 28 mai (sic) 1923, en la Saint Charlemagne, d’après les notes de notre regretté collaborateur » (s’agit-il de M. de Guillebert ?). Après avoir présenté comme un « parfait Français » le pangermaniste Gobineau, ce qui n’est pas une idée des plus heureuses, l’auteur y expose une caricature des doctrines orientales où le grotesque le dispute à l’odieux ; il y a là à peu près autant d’erreurs que de mots, sans oublier la rengaine du « panthéisme » qui est décidément la grande ressource de tous ces gens-là ; n’insistons pas davantage… Mais tout cela se termine par un aveu des plus précieux : « Devant les poisons de l’Orient, je me sens solidaire du Huguenot » ; et, après avoir cité notre allusion à l’« unité de front » (nous avions écrit « union sacrée ») pour la « défense de l’Occident », on ajoute : « Nous souhaiterions qu’il fût effectivement bon prophète ». Le « Dr G. Mariani » (car, ici tout au moins, c’est bien certainement lui qui parle, et, par un « synchronisme » bon à noter, il se réfère dans le même paragraphe au livre du P. Allo) n’est décidément pas de force à jouer son rôle : c’est là, très exactement, ce que nous avions voulu lui faire dire ! Et, quant à nous, nous lui répondrons nettement et sans la moindre ketmah, en lui retournant sa phrase : devant les poisons de l’Occident moderne, nous nous sentons solidaire de l’Orient tout entier ! – Après cet article viennent quelques « diableries » sans importance puis un autre article intitulé Les « Grands Serviteurs intellectuels » occultes ou une esquisse des positions de M. René Guénon, reproduit d’après certaines Nouvelles critiques d’Ordre que nous ne connaissons pas, mais qui sont, paraît-il, une annexe des Cahiers de l’Ordre. Cet écrit, dont l’ignominie dépasse tout ce qu’on peut imaginer, a toutes les allures d’une note policière de la plus basse catégorie ; son rédacteur anonyme est d’ailleurs assez mal informé, et, sur certains points, il fait preuve d’une imagination si délirante que nous nous demandons s’il n’aurait pas été inspiré par quelque « voyante »… très peu lucide ! Ainsi, chacun sait que notre œuvre n’est nullement « philosophique », et encore moins « historico-sociale » ; mais, pour la présenter comme telle sans que l’invraisemblance éclate aux yeux des moins avertis, on a bien soin de ne citer que les titres de quelques-uns de nos ouvrages en passant les autres sous silence, et, pour l’un d’eux, on va jusqu’à faire état d’une étiquette qui lui avait été imposée contre notre gré par son premier éditeur, soucieux, pour des raisons purement commerciales, de le faire rentrer tant bien que mal dans une « collection » avec laquelle il n’avait aucun rapport. D’autre part, on croit nous gêner en évoquant de vieilles histoires, dont on voudrait bien donner l’impression qu’elles se rapportent au présent (nous avons déjà eu l’occasion de noter ce procédé frauduleux), et qui nous sont aussi parfaitement indifférentes que si elles ne nous concernaient en rien ; nous n’en aurions pas fini si nous devions attacher une importance quelconque à tous les grades ou titres dont nous gratifièrent jadis de multiples organisations, parmi lesquelles il en est qui n’existèrent probablement jamais que sur le papier ; et, pour celle qui est nommément désignée en la circonstance, nous l’avons nous-même caractérisée dans un de nos livres en les termes les moins flatteurs (Le Théosophisme, p. 244) ; c’est donc nous qui avons le droit de dire : « Alors qui trompe-t-on ? ».
Si nous avons dû, à une certaine époque, pénétrer dans tels ou tels milieux, c’est pour des raisons qui ne regardent que nous seul ; et de plus, actuellement, pour d’autres raisons dont nous n’avons pas davantage à rendre compte, nous ne sommes membres d’aucune organisation occidentale, de quelque nature qu’elle soit, et nous mettons quiconque au défi d’apporter à l’assertion contraire la moindre justification. Si nous avons répondu favorablement à certaines demandes de collaboration (demandes expresses à nous adressées, et non pas « infiltrations » de notre part, ce qui serait absolument incompatible avec notre caractère), de quelque côté qu’elles soient venues, cela est encore exclusivement notre affaire ; et, quelles que soient les publications où aient paru des articles de nous, que ce soit « en même temps » ou non, nous y avons toujours exposé exactement les mêmes idées, sur lesquelles nous n’avons jamais varié. Nous ne saurions tolérer qu’on dise que nous avons « combattu en apparence » le spiritisme et le théosophisme, dont les partisans semblent bien, en réalité, ne redouter nul autre que nous ; et nous mettons le policier anonyme au défi de citer les « écrits catholiques orthodoxes » dont nous aurions rendu compte dans le Voile d’Isis (revue non pas « occultiste », mais entièrement indépendante) avec des « sarcasmes d’idées et de principes » (sic), car nous ne supposons tout de même pas qu’il puisse s’agir des élucubrations de ses confrères de la R.I.S.S. ! Au surplus, nous ne sommes le « serviteur » de personne ni de rien, si ce n’est de la Vérité ; nous ne demandons rien à qui que ce soit, nous ne travaillons « pour le compte » de personne, et nous nous passons de tout « appui » ; nous avons donc le droit absolu de vivre comme bon nous semble et de résider où il nous convient, sans que nul ait rien à y voir, et nous ne sommes aucunement disposé à admettre la moindre ingérence dans ce domaine. Notre œuvre est d’ailleurs rigoureusement indépendante de toute considération individuelle, et n’a par conséquent rien à faire avec ces choses qui ne peuvent véritablement intéresser personne ; et nous ajoutons même que nous ne voyons pas du tout pourquoi nous serions obligé de vivre toujours dans la peau d’un même personnage, qu’il s’appelle « René Guénon » ou autrement… Quant aux autres assertions contenues dans le rapport de police en question, nous ignorons totalement si telle librairie « abrite un groupement philosophique et métaphysique à tendances ésotériques et théosophiques » ; la seule chose que nous sachions, c’est que, si ce groupement existe vraiment, il ne peut que nous être des plus hostiles ; mais cette insinuation, fondée ou non, aura tout au moins l’utilité de prouver à certains que le mensonge et la trahison ne profitent pas toujours à leurs auteurs… Enfin, nous avons eu la stupéfaction d’apprendre que nous avions « de nombreux amis », en Allemagne ; nous étions loin de nous en douter, car ils ont toujours négligé de se faire connaître à nous, et il se trouve justement que c’est un des rares pays où nous n’ayons aucune relation ; notre policier ne pouvait plus mal tomber ! D’ailleurs, même si cela était, ce ne serait nullement là une raison pour « nous orienter vers l’Allemagne », (ce qui serait plutôt nous « occidenter », comme dit l’autre), car elle ne nous intéresse pas plus que toute autre nation européenne ; d’abord la politique n’est point notre fait, et puis, vus de l’Orient, les peuples occidentaux se ressemblent tous terriblement… Maintenant, pour parler nettement, il n’y a que deux mots qui conviennent pour qualifier de si monstrueuses infamies, ce sont ceux de calomnie et de diffamation ; normalement, de telles histoires doivent mener leurs auteurs devant les tribunaux ; il nous a toujours répugné de recourir à ces moyens, mais, en présence de ce flot montant de boue et d’insanités, nous finirons bien, si grande que soit notre patience, par en avoir assez et par prendre toutes les mesures nécessaires pour que, par la force s’il le faut, on nous laisse enfin la paix à laquelle nous avons le droit le plus incontestable ; qu’on se le tienne pour dit !
Май 1932 г.
(перевод на русский язык отсутствует)