Juillet 1932
– Le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (n° de mai) contient des articles sur la « Parole du Maître » (c’est-à-dire la « Parole perdue »), la légende du forgeron et du roi Salomon, et la dédicace du Temple de Salomon.
– Dans le Symbolisme (n° de mai), Oswald Wirth, dans un article intitulé Évolution maçonnique, déclare que « l’ignorance est profonde en Maçonnerie », et que « le remède ne saurait s’offrir que dans l’instruction » ; il estime cependant qu’« une rénovation de la Maçonnerie se prépare », ce qui nous semble bien optimiste, car, à en juger par sa propre revue, nous y voyons moins de traces d’esprit initiatique que jamais. – Armand Bédarride parle de La croyance en Dieu et, dans le numéro de juin, du Grand Architecte de l’Univers ; ces articles appellent les mêmes réserves que les précédents quant à la place excessive qui y est faite aux considérations profanes ; par ailleurs, la question de l’influence de la Kabbale nous paraît un peu trop simplifiée. – Dans le numéro de juin, une note sur Le Niveau, par Robert Tatin, est d’un symbolisme plus que vague ; une autre sur le nom de Thubal-Kaïn, par Marius Lepage, est ingénieuse, mais malheureusement repose pour une bonne part sur une donnée tout à fait inexacte : Thubal et Habel se rattachent en réalité à deux racines toutes différentes et ne peuvent aucunement être assimilés. – Dans ce même numéro de juin, l’article d’Oswald Wirth, intitulé La Métaphysique et le Rêve, nous a causé quelque étonnement : en effet, il commence par parler de nos derniers ouvrages, puis les laisse brusquement de côté pour partir en guerre contre les « raisonneurs », les « discuteurs », les « abstractions » de la philosophie, en quoi il n’a certes pas tort, car nous en pensons encore beaucoup plus de mal que lui ; mais c’est assez curieux de la part de quelqu’un qui affiche volontiers un esprit plutôt « rationaliste ». Quoi qu’il en soit, la métaphysique, en réalité, n’a rien à voir avec tout cela, pas plus que le symbolisme, science éminemment « exacte », avec le rêve ou la rêverie, qui n’ont absolument rien d’initiatique ; et, quand on reconnaît explicitement qu’on ne comprend rien à la métaphysique, on devrait bien s’abstenir d’en parler : Ne, sutor, ultra crepidam !
– La Revue Internationale des Sociétés Secrètes (n° du 1er mai, « partie occultiste ») continue à publier des extraits d’Aleister Crowley, et reproduit un article d’un journal canadien, intitulé Querelles françaises à propos du mouvement féministe des Adorateurs du Démon, qui a tout l’air d’une fumisterie un peu forte : cela nous rappelle une photographie de soi-disant Devil-worshippers parisiens publiée il y a quelques années dans une revue anglaise, et qui était tout simplement celle d’une réunion de joueurs de cor de chasse dans une cave ! – La « revue des revues », signée maintenant Raymond Dulac, contient encore, à notre adresse, quelques-unes des aménités habituelles ; faut-il répéter une fois de plus que le Voile d’Isis n’est nullement une « revue occultiste », et préciser aussi que nous n’avons pas la moindre sympathie pour les modernes tentatives de constitution d’une « religion universelle » ? Ce que nous affirmons, au contraire, c’est que la Tradition une existe depuis l’origine du monde, et c’est là ce que tendent à montrer les rapprochements que nous établissons ; mais il paraît que « les lois du langage s’opposent » à ces rapprochements quand ils gênent certains, alors qu’elles ne s’y opposent pas dans le cas contraire… Quant aux « critères » et aux « garants » de la Tradition, ce sont là des choses dont nous n’éprouvons nullement le besoin d’instruire ces Messieurs ; ce n’est pas à eux que s’adresse notre enseignement ! Pour le surplus, nous ne nous abaisserons pas à relever leurs misérables calembours ; nous leur dirons seulement qu’il n’y a aucun intérêt à s’occuper d’un nom qui ne représente pour nous rien de plus qu’une… signature, et auquel nous donnons tout juste autant d’importance qu’au vêtement que nous portons ou à la plume avec laquelle nous écrivons ; c’est exactement du même ordre, et cela ne nous touche pas davantage. Enfin, ajoutons une dernière observation : les Occidentaux ont un diable qui est bien à eux et que personne ne leur envie ; qu’ils s’arrangent avec lui comme ils veulent ou comme ils peuvent, mais qu’ils s’abstiennent de nous mêler à des histoires qui ne nous concernent en rien : Lakum dinukum wa liya dîni !
– Dans le Symbolisme (n° de juillet), article d’Oswald Wirth intitulé La Propagande initiatique, deux mots qui hurlent de se trouver ainsi accouplés : il paraît que « nous n’en sommes plus aux ères de persécution où le silence s’imposait aux Initiés » ; nous pensons au contraire que ce silence, qui a des raisons bien autrement importantes que la simple prudence, ne s’est jamais imposé aussi fortement que dans les conditions actuelles ; et du reste, pour ce qui est de l’affirmation que « nous avons conquis la liberté de parler », nous avons, quant à nous, d’excellents motifs de la considérer comme une amère plaisanterie… Nous ne voyons d’ailleurs pas à quoi peut conduire la diffusion d’une pseudo-initiation qui ne se rattacherait plus effectivement à rien ; il y a là, au surplus, une incroyable méconnaissance de l’efficacité des rites, et nous citerons seulement cette phrase bien significative : « Les Francs-Maçons ne poussent pas la superstition au point d’attacher une vertu sacramentelle à l’accomplissement de leurs rites ». Précisément, nous les trouvons bien « superstitieux », au sens le plus strictement étymologique, de conserver des rites dont ils ignorent totalement la vertu ; nous nous proposons d’ailleurs de revenir sur cette question dans un prochain article. – Signalons aussi l’analyse d’un article hollandais sur Les deux Colonnes, et une note sur Les anciens Landmarks qui ne témoignent pas d’un grand effort de compréhension.
– The Speculative Freemason (n° de juillet) contient plusieurs articles intéressants ; l’un d’eux est consacré à un livre intitulé Classical Mythology and Arthurian Romance, par le professeur C. B. Lewis, qui prétend assigner des « sources classiques » à la légende du Saint-Graal, dont les origines devraient être cherchées notamment à Dodone et en Crète (ce qui, à vrai dire, serait plutôt « préclassique ») ; nous pensons, comme l’auteur de l’article, qu’il ne s’agit nullement là d’emprunts, mais que les similitudes très réelles qui sont signalées dans ce livre doivent être interprétées tout autrement, comme des marques de l’origine commune des traditions. – Un autre article, sur les changements apportés au rituel par la Maçonnerie moderne, contient, à l’égard de l’ancienne Maçonnerie opérative et de ses rapports avec la Maçonnerie spéculative, des vues dont certaines sont contestables, mais qui peuvent fournir matière à d’utiles réflexions.
– Sous le titre Biblioteca « Las Sectas », une nouvelle publication antimaçonnique a commencé à paraître à Barcelone sous la forme de volumes trimestriels ; comme ce titre le donne tout de suite à penser, on y retrouve, quant à l’emploi du mot « sectes », les habituelles confusions que nous signalions ici dans un récent article ; mais, cette réserve faite, nous devons reconnaître que le premier volume est, dans son ensemble, d’une tenue bien supérieure à celle des publications françaises du même ordre. Ce qui est curieux, c’est l’étonnante et naïve confiance dont la plupart des rédacteurs font preuve à l’égard des théories de la science moderne, et spécialement de la psychologie ; le premier article, très significatif sous ce rapport, invoque la « psychologie des peuples primitifs » (il est vraiment étrange qu’un écrivain catholique n’aperçoive pas ce qui se cache sous cette façon de désigner les sauvages) et la « psychologie infantile » pour ramener la lutte des « sectes » et du Christianisme à une lutte entre le « mythe » et la « science », ce qui est peut-être ingénieux, mais n’est sûrement rien de plus. Vient ensuite le début d’une longue étude sur le spiritisme ; cette première partie se rapporte d’ailleurs surtout à la « métapsychique », et contient, en ce qui concerne les rapports réels, quoique dissimulés, de celle-ci avec le spiritisme, quelques réflexions qui ne sont pas dépourvues de justesse. Nous noterons encore une étude « psychiâtrique » sur Luther, dont on veut prouver « scientifiquement » la folie ; ce n’est certes pas nous qui serons tentés de prendre la défense de ce peu intéressant personnage, mais nous ne pouvons nous empêcher de faire une simple remarque : parmi les arguments invoqués figurent les manifestations diaboliques, naturellement qualifiées à cette fin d’« hallucinations auditives » ; interpréterait-on de la même façon les faits tout semblables qui se rencontrent dans la vie de certains saints ? Sinon, comme c’est probable (et en cela on aurait raison en dépit de la « science »), ne faut-il pas voir là une certaine partialité qui, par une bizarre ironie des mots, se trouve être une des caractéristiques de ce qu’on appelle l’esprit « sectaire » ?
Июль 1932 г.
(перевод на русский язык отсутствует)