Janvier 1939
G. Persigout. Rosicrucisme et Cartésianisme : « X Novembris 1619 », Essai d’exégèse hermétique du Songe cartésien. (Éditions « La Paix », Paris). – Cette brochure, qui ne représente d’ailleurs qu’un fragment d’un travail plus étendu, se rapporte à une question dont nous avons eu déjà l’occasion de parler, il y a un certain temps (n° d’avril 1938, pp. 155-156), à propos d’un article d’un autre auteur paru dans le Mercure de France ; nous n’avons donc pas besoin de redire ici toutes les raisons qui rendent inadmissible l’hypothèse d’une initiation rosicrucienne de Descartes. L’auteur de la présente étude n’est d’ailleurs pas aussi affirmatif que certains autres ; parfois, il parle même seulement d’une « ambiance rosicrucienne » qui existait en Allemagne à cette époque et par laquelle Descartes aurait pu être influencé à un certain moment, celui même où il eut son fameux songe ; réduite à ces proportions, la chose est assurément beaucoup moins invraisemblable, surtout si l’on ajoute que cette influence n’aurait été en somme que passagère, donc très superficielle. Cependant, cela n’expliquerait pas que les différentes phases du songe correspondent aux épreuves initiatiques, car ce sont là des choses qui ne peuvent pas se découvrir par la simple imagination, sauf dans les rêveries des occultistes ; mais une telle correspondance existe-t-elle bien réellement ? En dépit de toute l’ingéniosité dont l’auteur fait preuve dans ses interprétations, nous devons dire qu’elle n’est pas très frappante, et qu’elle présente même une fâcheuse lacune, car, avec la meilleure volonté du monde, on ne voit vraiment pas bien en quoi la présentation d’un melon peut tenir lieu de l’épreuve de l’eau… Il est bien peu probable, d’autre part, que ce songe ne soit qu’une fiction, ce qui au fond serait plus intéressant, car cela montrerait tout au moins chez Descartes une intention symbolique consciente, si imparfaitement qu’il l’ait exprimée ; en ce cas, il aurait pu tenter sous cette forme une description déguisée d’épreuves initiatiques ; mais encore de quelle initiation s’agirait-il alors ? Tout ce qu’il serait possible d’admettre à la rigueur, c’est qu’il ait été reçu, comme le fut plus tard Leibnitz, dans quelque organisation d’inspiration plus ou moins rosicrucienne, dont il se serait d’ailleurs retiré par la suite (et la rupture, s’il en était ainsi, aurait même dû avoir un caractère plutôt violent, à en juger par le ton de la dédicace de « Polybius le Cosmopolite ») ; encore faudrait-il qu’une telle organisation eût été déjà bien dégénérée pour admettre ainsi à la légère des candidats aussi peu « qualifiés »… Mais, tout bien examiné, et pour les raisons que nous avons déjà exposées, nous continuons à penser que Descartes, qu’il est d’ailleurs vraiment par trop paradoxal de vouloir défendre de l’imputation de « rationalisme », ne connut sans doute, en fait d’idées rosicruciennes, que ce qui pouvait circuler alors dans le monde profane, et que, si certaines influences s’exercèrent sur lui d’une autre façon, consciemment ou plus probablement inconsciemment, la source dont elles émanaient était en réalité tout autre chose qu’une initiation authentique et légitime ; la place même que tient sa philosophie dans l’histoire de la déviation moderne n’est-elle pas un indice amplement suffisant pour justifier un tel soupçon ?
Январь 1939 г.
(перевод на русский язык отсутствует)