Novembre 1938
Oswald Wirth. Qui est régulier ? Le pur Maçonnisme sous le régime des Grandes Loges inauguré en 1717. (Éditions du Symbolisme, Paris). – Ce volume est la réunion d’articles parus précédemment dans le Symbolisme ; nous avons déjà parlé de la plupart de ces articles lors de leur première publication, ce qui nous dispense d’y revenir en détail. Il s’agit de la querelle qui divise la Maçonnerie anglo-saxonne et la Maçonnerie dite « latine », et plus particulièrement française ; l’auteur reproche à la première de n’être pas restée fidèle au « pur Maçonnisme », de sorte que l’accusation d’« irrégularité » qu’elle porte contre la seconde devrait se retourner contre elle. Ce « pur Maçonnisme », pour lui, est comme on le sait, représenté essentiellement par les Constitutions d’Anderson ; mais c’est précisément là ce qu’il y aurait lieu de contester si l’on voulait placer la question sur son véritable terrain : l’authentique expression du « pur Maçonnisme », ce ne peuvent être que les Old Charges de la Maçonnerie opérative, dont les Constitutions d’Anderson s’écartaient fort. Que la Grande Loge d’Angleterre s’en soit, par la suite, rapprochée dans une certaine mesure, cela ne semble pas douteux ; mais on ne saurait faire grief à quelqu’un de réparer une erreur, fût-ce partiellement et tardivement (que d’ailleurs cette erreur ait été volontaire ou involontaire, ou plutôt en partie l’un et l’autre, peu importe ici). Seulement, la Maçonnerie française, de son côté, n’a fait au contraire qu’accentuer davantage la même erreur ; ainsi, partis du même point, les deux adversaires actuels sont allés toujours en divergeant de plus en plus, ce qui leur rend évidemment bien difficile de s’entendre. Au fond, le seul tort de la Grande Loge d’Angleterre, en la circonstance, est de ne pas reconnaître nettement sa véritable position présente vis-à-vis des Constitutions d’Anderson, ce qui couperait court à toute discussion en faisant tomber l’unique argument qu’on lui oppose avec quelque apparence de fondement ; mais le pourrait-elle sans avouer par là même son propre défaut originel, qui est en fait celui de tout le régime des Grandes Loges, c’est-à-dire de la Maçonnerie spéculative elle-même ? Et cet aveu, si elle s’y résignait quelque jour, devrait logiquement l’amener à envisager une restauration intégrale de l’ancienne tradition opérative ; mais où sont ceux qui actuellement seraient capables d’accomplir une telle restauration ? Ces quelques réflexions, assurément fort éloignées du point de vue de l’auteur du livre qui en est l’occasion, montrent suffisamment toute la difficulté de la question, difficulté qui, en somme, vient surtout de ce qu’aucune des deux parties en présence ne peut dire où est réellement le « pur maçonnisme », soit parce qu’elle l’ignore, soit parce que ce serait se condamner elle-même en même temps que la partie adverse, ou s’obliger à entreprendre une tâche probablement impossible. En tout cas, tant qu’on s’obstinera à ne pas vouloir remonter au-delà de 1717 pour retrouver les véritables principes, il est bien certain qu’on ne pourra jamais arriver à une solution satisfaisante ; il resterait d’ailleurs à savoir s’il se trouve quelqu’un qui veuille vraiment y arriver, et, malheureusement, les préoccupations assez étrangères au point de vue initiatique qui se font jour en tout cela permettent d’en douter…
Ноябрь 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)